Le ministre de l’Environnement au cours de sa tournée dans les hauteurs du Kesrouan hier. Photo ANI
Une très vieille histoire, dont les répercussions se poursuivent toutefois, a refait surface hier : l’affaire des barils de déchets toxiques qui avaient été infiltrés au Liban durant les années 80, en pleine guerre. Le ministre de l’Environnement dans le gouvernement d’expédition des affaires courantes, Tarek el-Khatib, a effectué hier une tournée dans les hauteurs du Kesrouan, particulièrement dans les régions de Faraya, Hrajel et Ouyoun el-Simane, où une partie de ces barils aurait été enterrée.
Déjà, le 22 mai dernier, M. Khatib avait réclamé une enquête sur des informations faisant état de la présence de déchets « radioactifs » dans le Kesrouan. Le ministre avait alors adressé un mémorandum au directeur général de la Commission nationale pour l’énergie atomique du CNRS, Bilal Nsouli, et au procureur pour les affaires environnementales au Mont-Liban, leur demandant de s’assurer des informations faisant état de la présence de ces déchets « radioactifs enterrés sur les hauteurs du Kesrouan de manière inappropriée et qui constituent un danger pour la santé et l’environnement ».
Hier, selon le communiqué officiel, le ministre a interrogé des témoins sur leurs informations concernant les lieux où pourraient être enfouis les barils. Un habitant de la famille Khalil a précisé qu’un baril, apparemment en provenance d’Allemagne, avait été enterré puis déterré et emmené dans un dépôt à Zouk. Un berger a attesté de la mort de plusieurs têtes de bétail, et une histoire sur la mort d’un citoyen qui avait utilisé ces matières toxiques comme crème à raser a été rapportée au responsable.
Le ministre de l’Environnement a annoncé hier qu’après le repérage des sites potentiels d’enfouissement de ces barils dans les jurds, il demandera à l’armée et à la Commission pour l’énergie atomique de ratisser les lieux afin de découvrir ces barils et de déterminer si ces matières se sont infiltrées dans le sol, en vue d’un éventuel traitement.
(Pour mémoire : Liban : enquête sur des déchets "radioactifs" dans le Kesrouan)
L’énigme Bourj Hammoud
L’ouverture de ce dossier, ancien et négligé, aboutira-t-elle à un traitement sérieux cette fois, ou y a-t-il d’autres raisons de le soulever aujourd’hui ? Wilson Rizk, spécialiste en géologie, est l’un des experts qui ont suivi ce dossier depuis l’importation de ces déchets en masse en 1986. Il estime que l’intérêt manifesté par le ministre de l’Environnement et sa tournée d’hier sont un pas positif, mais souligne l’importance du suivi. « Ce dossier a souvent été ouvert de manière inopinée puis aussitôt oublié », rappelle-t-il.
Lui-même a été interrogé sur cette affaire récemment par l’équipe du ministère et a communiqué ses données à cette institution. « Dans les années 80, l’importation de barils de déchets toxiques était monnaie courante, explique-t-il. En 1986 très précisément, la quantité de barils infiltrée dans le pays était si importante qu’elle n’est plus passée inaperçue, et qu’elle a été révélée dans les médias. »
Selon lui, cette année-là près de 15 800 barils de matières toxiques avaient été introduits sur le territoire libanais. Vers la fin des années 80, vu la polémique provoquée par les révélations d’alors, l’Italie, qui est l’un des pays d’où étaient issus les barils, en a repris près de 3 500. On peut croire que les autres sont toujours dans la nature, et ils ont été repérés dans plusieurs régions, selon l’expert. Il y a même une certaine partie de ces barils qui aurait été transportée au dépotoir de Bourj Hammoud, fermé en 1997, mais une enquête ordonnée par la justice n’a jamais abouti, ajoute-t-il. Rappelons que l’ancienne décharge est actuellement « traitée », c’est-à-dire pratiquement utilisée pour remblayer la mer, dans le cadre du projet de décharge contrôlée mis en place par le gouvernement, et exécuté par une société privée, à Bourj Hammoud.
Interrogé sur les déchets toxiques que contiennent les barils, M. Rizk parle d’une trentaine de matières différentes, certaines étant possiblement radioactives. « Nous avions à cette époque dressé une liste de ces matières et l’avions communiquée aux autorités puis à l’ambassade d’Italie », explique-t-il. Ces matières sont toutes toxiques, mais leur impact sur l’environnement n’a pas été déterminé avec précision parce qu’aucune étude, avec prélèvement d’échantillons, n’a été effectuée jusque-là, toujours selon lui. Tout ce qu’il est possible d’affirmer à ce stade, c’est qu’après plus de trente ans, certaines de ces matières se sont dégradées dans la nature, d’autres non, dit-il. Des problèmes de santé contractés par des riverains ont été déclarés, et un procès intenté, mais peut-on dire que tous les cas relevant de la présence de ces matières aient été recensés ?
À la question de savoir s’il reste quelque chose à faire après plus de 30 ans, M. Rizk affirme : « Bien sûr, à condition que cette affaire soit abordée avec sérieux. Il faut tout d’abord ôter ces déchets de la nature. Il est même possible de négocier avec les pays d’origine pour un rapatriement des barils. La procédure est difficile mais doit être lancée, elle n’a que trop tardé. »
Pour mémoire


C'est très dangereux ça porte le cancer, je n'ai pas compris comment ils sont entrés au Libanais?
18 h 23, le 03 juin 2018