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Moyen Orient et Monde

« À Gaza, l’économie et la société civile sont littéralement étouffées par le blocus israélien »

Entretien
30/05/2018

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a annoncé, le 17 mai dernier, l’ouverture exceptionnelle du point de passage de Rafah vers l’Égypte, seul point de passage de la bande de Gaza vers le monde qui ne soit pas contrôlé par Israël. Objectif affiché : « Alléger le fardeau des frères de la bande de Gaza » à l’occasion du mois de ramadan, et ce trois jours après la répression israélienne meurtrière des manifestations organisées dans la bande de Gaza pour dénoncer l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem. Répression qui avait causé la mort de plus de 60 Palestiniens. Fermé depuis l’arrivée du Hamas au pouvoir en 2007, Rafah n’est ouvert que quelques semaines par an, Le Caire invoquant des menaces sécuritaires. Alors que les conditions de vie dans l’enclave, sous blocus israélien, ne cessent d’empirer, l’armée israélienne a arraisonné mardi au large de la bande de Gaza un bateau de protestataires palestiniens, qui avait pris la mer dans le cadre de la « Marche du retour » pour dénoncer le blocus israélien. Sari Bashi, directrice de plaidoyer au sujet d’Israël et de la Palestine au sein de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG Human Rights Watch, fait le point pour L’Orient-Le Jour sur la situation dans la bande de Gaza.

L’ouverture du point de passage de Rafah a-t-elle un impact sur le quotidien des habitants de Gaza ?
C’est mieux que rien. Beaucoup de personnes souhaitent voyager, c’est utile pour eux d’avoir cette option, mais ils ne sont pas assez à pouvoir le faire. L’autre problème, c’est que les Gazaouis ne sont pas autorisés à voyager vers Israël et la Cisjordanie alors qu’environ un tiers des habitants de Gaza y ont de la famille.

Qui est autorisé à voyager vers l’Égypte ?
Le point de passage de Rafah est ouvert en fonction des priorités. Les patients qui nécessitent des soins, les pèlerins, ceux qui sont en possession d’un visa pour travailler à l’étranger peuvent circuler. Mais le nombre de personnes par jour autorisées à passer par Rafah est limité, donc même si on appartient à l’une de ces catégories, il est possible que l’on soit refoulé. Du 12 mai au 21 mai, 4 388 personnes ont quitté Gaza et 527 sont rentrées depuis l’Égypte. C’est peu en comparaison avec les ouvertures précédentes, où 40 000 personnes transitaient par mois en moyenne.

Pourquoi avoir ouvert le point de passage de Rafah ?
L’Égypte et Israël coordonnent au niveau de la sécurité. Si la situation à Gaza devient trop explosive, l’un des deux pays doit relâcher la pression au niveau des frontières et c’est vraisemblablement ce qui s’est passé. De plus, le point de passage de Kerem-Shalom à la frontière entre Gaza et Israël a été endommagé par des manifestants il y a quelques semaines (le 12 mai dernier, NDLR) et ne fonctionne toujours pas. L’Égypte veut maintenir la situation sous contrôle.

Les ONG ont-elles du mal à travailler dans ces conditions ?
C’est très difficile pour les ONG car leurs représentants ne peuvent pas organiser de meetings et d’événements en Cisjordanie. De nombreuses ONG palestiniennes ont des branches à Gaza et en Cisjordanie, et ne peuvent pas voyager à l’étranger ni accueillir des intervenants externes.

En quoi le blocus exercé par Israël sur la bande de Gaza affecte les conditions de vie de ses habitants ?
Gaza dépend économiquement, socialement, culturellement d’Israël et de la Cisjordanie. Le blocus empêche l’accès à l’éducation, aux soins médicaux, aux opportunités professionnelles et il sépare des familles. L’acheminement des matériaux de construction est également limité. C’est pourquoi le taux de chômage à Gaza s’élève à 49 %, et à 65 % parmi les jeunes. Plus des deux tiers des Gazaouis dépendant de l’aide humanitaire. L’économie et la société civile sont littéralement étouffées par ce blocus et la plupart des jeunes n’ont jamais pu quitter Gaza.

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