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Liban

Coup d’envoi aujourd’hui de « l’entente des forts Berry-Aoun »

Hémicycle

Le bloc aouniste a officialisé la candidature d’Élie Ferzli à la vice-présidence de la Chambre et pourrait obtenir également le secrétariat général de son bureau.

23/05/2018

La nouvelle Chambre des députés tient aujourd’hui sa séance inaugurale pour élire son président, Nabih Berry étant seul candidat à sa succession, son vice-président et les membres de son bureau. Le Parlement a été convoqué hier, comme le veut le statut interne, par son doyen, Michel el-Murr.

Les principaux blocs parlementaires ont révélé hier l’orientation de leur vote, au fil de nombreuses réunions de blocs et rencontres qui se sont succédé.  Ainsi s’est tenue la réunion attendue du bloc du Liban fort, regroupant les partisans du Courant patriotique libre, leurs affiliés et des indépendants, pour officialiser le nom – qui n’était plus un secret – de son candidat à la vice-présidence de la Chambre : ce sera Élie Ferzli et non Élias Bou Saab. Le choix de M. Ferzli justifie le maintien de la candidature de son rival, Anis Nassar, issu du bloc des Forces libanaises (FL) – une candidature qui a peu de chance d’aboutir, mais qui est maintenue pour marquer une opposition de principe à l’élection d’un symbole de la période de mainmise syrienne. M. Nassar a rendu hier une visite à Aïn el-Tiné qualifiée de « protocolaire » par les milieux FL.  Pour la présidence de la Chambre toutefois, le bloc présidé par Gebran Bassil a choisi de laisser à ses membres la liberté d’élire le président Nabih Berry ou de voter blanc.


(Lire aussi : Législatives 2018 : Anatomie du vote au Mont-Liban IV)


Package deal Aoun-Berry
Le président de la République, Michel Aoun, et le chef du législatif Nabih Berry sont sur la même longueur d’onde depuis la visite que le second a rendue il y a une semaine à Baabda pour relancer les relations bilatérales quasi rompues depuis la présidentielle. Le premier résultat de cette rencontre a été l’engagement de M. Berry à soutenir à la vice-présidence de la Chambre le candidat que choisirait M. Aoun, le bloc du CPL étant, de son aveu, le plus grand en nombre.

Dans ce contexte, le choix du bloc du CPL de ne pas accorder l’intégralité de ses voix au chef du législatif serait à lire sous l’angle du rapprochement Aoun-Berry, plutôt que d’une démarcation du premier par rapport au second. Certes, le bloc du CPL a voulu garder ne serait-ce qu’une image de cohérence avec lui-même en donnant la liberté à certains de ses membres qui n’auraient pas encore surmonté l’épisode des relations troubles avec Nabih Berry – ni la manière dont il avait parasité la séance d’élection de Michel Aoun en octobre 2016 – de voter blanc. De ceux qui voteront blanc, on ne connaît que les indépendants, Michel Mouawad (qui sera en principe le seul à ne pas élire non plus Élie Ferzli à la vice-présidence de la Chambre) et Nehmat Frem. Leur choix serait un choix de principe, sans lien avec la politique du CPL.
Il est clair en tout cas pour les acteurs politiques que la rencontre entre MM. Aoun et Berry a fourni le cadre d’un package deal entre Aïn el-Tiné et Baabda (inexistant avant la présidentielle) et voué à durer. Parmi ses effets non déclarés, selon une source indépendante, le vote du CPL en faveur de la reconduction de Nabih Berry à la présidence de la Chambre et l’élection du candidat du CPL au secrétariat général du bureau de la Chambre – sachant que le CPL n’avait pas de représentant au sein du bureau de l’ancienne Chambre.

Le candidat du CPL à ce poste est le député Alain Aoun, qui s’est rendu hier à Aïn el-Tiné avec une délégation de son parti, emmenée par le député Ibrahim Kanaan et incluant le député Élias Bou Saab – pressenti pour être le candidat du CPL à la vice-présidence du Conseil des ministres – qui a anticipé sur la réunion du bloc du CPL pour dire aux médias qu’il « (n’a) jamais convoité la vice-présidence de la Chambre (…) et (a) le sentiment de pouvoir être plus utile ailleurs ».

La visite a été placée dans le cadre de « la coopération, trait caractéristique de l’après-législatives », selon les termes de M. Kanaan, qui a ajouté : « Le président de la Chambre a clairement dit que la coopération est plus que nécessaire, et notre disposition ainsi que la sienne sont sérieuses dans ce sens. » Le fait que ces trois députés-clés du CPL se rendent chez Nabih Berry avant la réunion de ce bloc est en soi le signe d’un large appui partisan.


(Lire aussi : Leçons du passé, promesses d’avenir, l'édito de Michel Touma)


La nouvelle rhétorique du CPL
C’est en faveur de « l’entente des forts » que s’est d’ailleurs prononcé Gebran Bassil à l’issue de la réunion de son bloc au siège du CPL à Sin el-Fil dans l’après-midi.
Il a défendu la consigne du vote libre par conciliation de deux principes : « D’une part, le principe de réciprocité qui tient compte du sentiment des gens que nous représentons (en référence à la séance électorale, NDLR). De l’autre, le principe lié au pacte national – dont nous nous disons être les gardiens (…) et qui a pour fondement le partenariat, et le partenariat entre les forts, c’est-à-dire ceux qui ont été choisis par leurs composantes respectives, et non pas ceux qui nous choisissons à la place de celles-ci. » Le choix de Nabih Berry étant celui des partis représentant la communauté chiite dont il est issu, et dont il est « un homme fort », « il se doit d’être respecté ».

Cette approche rompt avec le discours du CPL qui est toujours parti de la présomption de ne pas être reconnu en tant que « parti chrétien fort ». Pour justifier sa décision de prendre en compte « la force » de Nabih Berry au sein de sa communauté, même si « d’aucuns ne nous ont pas toujours rendu la pareille », Gebran Bassil a joué la carte FL.
 
Les FL : Des choix « de principe »
Le chef des FL, Samir Geagea, avait annoncé la veille que son bloc voterait blanc pour la présidence de la Chambre. Un choix qui serait celui « de la cohérence », ce parti n’ayant jamais voté en faveur de M. Berry, ni en 2005 ni en 2009, à cause de « divergences d’ordre stratégique », disent les milieux FL. Cette position a fait dire à Gebran Bassil que Nabih Berry risque de se retrouver élu, mais sans l’appui des principaux partis chrétiens, d’où l’impératif de sauver « le pacte national » en accordant des votes chrétiens du bloc du CPL pour cautionner « le candidat fort chiite ».

Les milieux FL précisent pour leur part « n’avoir pas fait de choix sur une base communautaire, mais sur la base de principes nationaux ». L’enjeu de la séance étant surtout symbolique, Meerab a voulu ébaucher l’alliance à même de contrebalancer « une consolidation du 8 Mars ».

Détente Futur-PSP
La candidature de M. Nassar a ainsi obtenu le soutien officiel du bloc du Futur à l’issue de sa première réunion hier, qui a également vu l’appui à Nabih Berry. Sachant que le courant haririen avait contribué par défaut à l’élection de Élie Ferzli dans la Békaa-Ouest-Rachaya – non sans se mettre à dos le PSP –, le choix d’appuyer son rival à la vice-présidence de la Chambre n’est pas sans renvoyer le signe d’un réajustement – du moins aux yeux de sa base – de son positionnement stratégique. D’ailleurs, la visite du député Walid Joumblatt à la Maison du Centre hier, préalablement à la réunion du bloc joumblattiste à Clemenceau, a mis un terme à la froideur entre les deux.

Si M. Joumblatt a déclaré l’appui de son bloc à l’élection de Nabih Berry, au nom de leur « amitié historique », c’est aussi au nom de cette amitié qu’il lui « a promis d’appuyer son choix » à Élie Ferzli. « Je sais que certains disent qu’Élie Ferzli est prosyrien », a-t-il précisé toutefois, comme pour le rappeler. Et d’annoncer que « je demanderai à certains camarades de voter pour Élie Ferzli et laisserai le choix à d’autres de faire ce qu’ils veulent ».



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Irene Said

"...l'entente des forts BERRY-AOUN" c'est à dire l'entente de ceux qui ont vendu leur pays à la Syrie, à l'Iran et son servant le Hezbollah que l'on nomme pompeusement l'axe de la résistance...
Merci à tous les syro-iraniens que l'on ose qualifier de vertueux !
Il paraît aussi que l'on ne pardonne rien aux dieux, ils sont même plusieurs...
Irène Saïd

Yves Prevost

Une Assemblée dominée par les anti-souverainistes, est-ce ainsi que l'on va construire un "Liban fort"?

LA TABLE RONDE

Le Liban nouveau en marche , regardez les surprises à venir d'une union de l'axe vertueux de la résistance libanaise.

Pour une fois on verra l'intelligence au travail , avec en bonus la force d'un pays qui se respecte .
Tous les népotiques ne feront que de la figuration .

gaby sioufi


""3 petits tours et puis ils reviennent ""

ca n'a pas tarde , pas du tout leur retour, salue par je ne sais quel bazar au cours des 2-3 dernieres reunions du conseil des ministres

Pierre Hadjigeorgiou

Une fois de plus les plus conséquents avec eux même sont les FL. Les autres vivent encore au rythme des années -X.

Remy Martin

L'entente des forts ? En effet, très forts à foutre le Liban en l'air.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES COMPROMIS... RIEN QUE DES COMPROMIS !

Wlek Sanferlou

Berry hariri ferzli bousaab Alain geagea wa haluma jarra... Plus ça bouge moins ça change,
Heureusement qu'on a eu des élections proportionnelles pour évaluer la proportion de retard dans notre quotidien...
Allah...etc

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