L’édito de Michel TOUMA

Leçons du passé, promesses d’avenir

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
22/05/2018

Une page de la vie parlementaire est tournée, pavant la voie à une aventure qui risque d’être quelque peu tumultueuse du fait de l’environnement régional explosif. La nouvelle Assemblée nationale entame ainsi demain mercredi son mandat. Ce Parlement issu des élections du 6 mai est, à n’en point douter, marqué essentiellement par une consolidation de la présence et de l’influence des grands partis et courants politiques qui se partagent l’échiquier local. Ceux que l’on qualifie d’indépendants représentent quant à eux une minorité, et nombre d’entre eux rejoindront d’ailleurs, selon toute vraisemblance, l’un ou l’autre des blocs parlementaires formés par les formations prédominantes.

Un tel profil est aux antipodes de celui qui caractérisait généralement les structures parlementaires d’avant-guerre. Une lecture comparative sur ce plan ne serait pas dépourvue d’intérêt dans le but de dégager les leçons qui s’imposent pour les perspectives d’avenir de l’action législative.

Durant les trois décennies qui ont suivi l’indépendance du Liban, et jusqu’au début des années 70 du siècle dernier – soit avant le déclenchement de la grande crise provoquée par la présence armée palestinienne – les Parlements étaient formés d’une manière générale de députés que rien ne rassemblait au plan politique. Il s’agissait en quelque sorte, pour la plupart, d’électrons libres : des hommes d’affaires, des personnalités fortunées, des notabilités régionales, des chefs féodaux et des grands propriétaires terriens. Le paysage politique avant 1943 et lors de la période post-indépendance était, certes, imprégné du clivage entre le Bloc national et le Destour, mais à l’époque, chacun de ces deux courants était davantage un rassemblement de pôles influents autour d’un leader prépondérant (Émile Eddé et Béchara el-Khoury, respectivement), regroupant des notables et des personnalités qui n’étaient liés entre eux que par des intérêts conjoncturels et électoraux ou des affinités personnelles. Il ne s’agissait donc pas de partis dans le sens moderne du terme, bénéficiant de structures bien établies et bien huilées, tenues par des cadres suffisamment rodés à la chose publique.

Ce schéma se maintiendra dans les années 50 et 60 malgré l’émergence du Parti national libéral, bras politique du très charismatique Camille Chamoun, qui le préservera après son mandat présidentiel. Quant au président réformateur Fouad Chéhab, il appuiera son pouvoir d’une part sur le Second Bureau (Service de renseignements de l’armée), et d’autre part sur ce qui était connu à l’époque sous le nom du « Nahj », regroupement nébuleux de personnalités et de notables venant d’horizons très divers.

Dans ce paysage politique, les Kataëb constituaient durant la période post-indépendance une petite exception, en ce sens qu’ils représentaient un parti doté de structures solides et bénéficiant de l’apport de cadres compétents et dévoués, mais leur rôle restait relativement marginal face à la forte implantation des députés électrons libres.

Un tel profil des Assemblées nationales, basé sur un agglomérat de personnalités indépendantes que peu de choses liaient entre elles, explique dans une large mesure la performance médiocre des pouvoirs qui se sont succédé à la tête de l’État jusqu’au début des années 70. Des parlementaires voguant dans un univers mû par des considérations pour la plupart du temps mercantiles n’adoptaient en effet que des positions conjoncturelles, dictées le plus souvent par des intérêts qui variaient en fonction des circonstances du moment. Il en résultait un manque de planification, une absence de vision d’avenir et de plans de développement cohérents s’inscrivant dans la durée. Rien d’étonnant de ce fait que le pays ait été livré à lui-même, hormis les rares mesures de réformes structurelles initiées par Fouad Chéhab.

Il aura fallu la crise existentielle née des débordements politico-sécuritaires du Second Bureau, dans les années 60, pour que le pays soit le théâtre, en 1968, d’un important affrontement électoral fondé sur de grandes options politiques, opposant le « Helf » (l’alliance tripartite des trois partis chrétiens, PNL, Kataëb et Bloc national) au « Nahj » qui était devenu le bras politique des Renseignements de l’armée. La victoire du « Helf » ne s’est toutefois pas traduite par une politique de gouvernement susceptible de mettre sur pied un État digne de ce nom. La pratique des députés électrons libres devait reprendre, en effet, rapidement le dessus jusqu’au début de la guerre. Au début des années 2000, une poignée de parlementaires indépendants joueront un rôle avant-gardiste face à la marginalisation des partis par l’occupation syrienne.

Au sein du nouveau Parlement, l’équation est aujourd’hui inversée, en ce sens que les grands partis et courants politiques sont omniprésents, nombre d’entre eux bénéficiant de structures équivalentes à celles des partis modernes. Sur le plan du principe, une telle physionomie devrait théoriquement faciliter la mise en place de politiques de redressement économique et de développement soigneusement planifiées. Mais encore faut-il que l’affairisme sauvage et démesuré de certains pôles politiques ne réduise pas, encore une fois, l’exercice du pouvoir en une antithèse de la bonne gouvernance.

À la une

Retour à la page "L'édito"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

gaby sioufi

C beau d'esperer, C meme necessaire.
nous tous attendons les preuves suivantes :

1-refonte des lois aux fins de voir le corps judiciaire REELLEMENT independant pouvant librement JUGER & AUSSI appliquer les sanctions sans distinctions ni exclusions
2-pareil pour ce qui est des diverses institutions de controle
3-en finir avec l'heresie du gouv. d'union nationale- pour avoir une veritable opposition qui controlerait son action .
4-Rajeunir des milliers de lois touchant 100% les domaines de la vie .
5- ENFIN, pas plus facile que ce qui a precede -DECIDER une fois pour toute de la vision de NOTRE LIBAN : pays voue a faire eternellement la guerre a cause d'ideologies abracadabrantes , ou pays de paix , pret a soutenir LA CAUSE.. TOUTE CAUSE a condition d'etre le suiveur des pays "FRERES"et pas LE SEUL a le faire.

Marionet

Très bien vu. Analyse novatrice de la composition du nouveau parlement et qui peut en effet accélérer les réformes et modifier quelque peu les règles du jeu politique.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUT LE SYSTEME POLITIQUE QUI PREVAUT DANS LE PAYS EST L,ANTITHESE DE LA BONNE GOUVERNANCE ET EXACTEMENT L,ANTICHAMBRE DE LA GIGANTESQUE CORRUPTION !

Dernières infos

Les signatures du jour

Les matchs d’aujourd’hui

  • Portugal
    Maroc

    20/06

    15h00 (GMT+3)

  • Uruguay
    Arabie Saoudite

    20/06

    18h00 (GMT+3)

  • Iran
    Espagne

    20/06

    21h00 (GMT+3)

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué