La nanotechnologie permet d’insérer la puce jusqu’à l’intérieur d’un tatouage. Photo d’archives
« Dans votre portable, vous avez infiniment plus de puissance que tout ce qui a été nécessaire pour envoyer l’homme sur la lune », explique Frédéric Schneider-Maunoury, agitant son smartphone. Il est le directeur exécutif de ASML, leader mondial des machines permettant de fabriquer des puces électroniques.
Les frontières de la science et de la technologie sont sans cesse défiées et repoussées par la société néerlandaise. Depuis sa création en 1984, le fabricant de systèmes de lithographie pour l’industrie de microprocesseurs s’est discrètement imposé sur le marché.
L’année dernière, les bénéfices de ASML ont quasiment doublé pour atteindre 2,12 milliards d’euros, avec un chiffre d’affaires record de 9,05 milliards d’euros.
La technologie fomentée dans les usines de cette entreprise est derrière de nombreux réflexes du quotidien : envoyer un message à un ami, réserver un vol, ou flirter sur les applications de rencontres.
« Pourquoi changer un téléphone ? C’est pas pour téléphoner », mais pour « faire des choses que l’ancien appareil ne permettait pas », poursuit M. Schneider-Maunoury, passionné.
Mais c’est un marché compétitif, et si le nouveau téléphone coûte « dix fois plus cher, je ne vais pas l’acheter », ajoute cet ancien vice-président du géant ferroviaire français Alstom, arrivé à ASML en 2010.
Des machines de la taille d’un bus
« Notre problématique est non seulement de trouver des technologies, il faut ensuite les faire contenir dans les produits et le faire de manière économique », souligne Frédéric Schneider-Maunoury, depuis son bureau qui surplombe le site tentaculaire de ASML.
Basée à Veldhoven, près de la frontière belge, la société conçoit des machines de lithographie sophistiquées pour permettre aux plus grands fabricants de puces du monde – Intel, Samsung et Taiwan Semiconductor Manufacturing (TSMC) – de produire les microprocesseurs les plus petits, les plus puissants et les plus rentables de la planète.
Les nouvelles machines du prodige néerlandais utilisent un système d’exposition par ultraviolets extrême (EUV) pour imprimer des circuits sur les puces, à la pointe de ce qui est scientifiquement et technologiquement possible dans l’art de la miniaturisation.
Seuls deux autres groupes dans le monde – les géants japonais Nikon et Canon – fabriquent des machines de lithographie. Mais aucun autre n’a encore développé la technologie EUV.
Après avoir investi des milliards d’euros pendant deux décennies dans la recherche et le développement, ASML a vendu l’année passée ses 12 premières machines EUV, d’une valeur d’environ 120 millions d’euros l’unité. La société prévoit d’en écouler 20 en 2018 et 35 à 40 par an d’ici à 2020.
Paradoxalement, ces machines, qui produisent des puces dont les dimensions infiniment petites ne dépassent pas la dizaine de nanomètres, ont la taille d’un bus. Trois avions du calibre d’un Boeing 747 sont nécessaires pour les expédier au client.
Précision atomique
Le système EUV fonctionne en projetant la lumière à travers un « blueprint ». En utilisant une série d’optiques complexes, réalisées par la société allemande Zeiss, « le motif est réduit et concentré sur une mince tranche de silicium recouverte d’un produit chimique sensible à la lumière », explique-t-on au siège de ASML.
La lumière interagit ensuite avec le produit chimique et imprime le motif sur la plaquette, avec la précision « de la taille d’un atome ». Ceci est répété des douzaines de fois, couche après couche.
La lumière doit être concentrée sous vide pour éviter qu’elle soit absorbée par l’air, une véritable prouesse technologique. Le moindre grain de poussière infiltré dans la machine peut ruiner le processus, laissant des espaces vides imprimés sur les puces.
Considéré comme l’un des précurseurs de l’industrie de la technologie, ASML est cotée à la Bourse d’Amsterdam (l’indice AEX) et au Nasdaq. La société a une capitalisation boursière de 40 milliards d’euros et emploie environ 20 000 personnes, principalement des ingénieurs basés à Veldhoven.
Mais ASML possède également des sites en Asie et aux États-Unis. Son expansion à grande vitesse crée des emplois : quelque 3 000 nouveaux postes ont vu le jour l’année dernière. Il est prévu qu’il en soit de même en 2018.
Source : AFP


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