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Économie

Électricité : le Liban réamorce sa transition vers le gaz

Infrastructures

L’appel d’offres pour l’importation de trois unités flottantes de stockage et de transformation du gaz liquéfié (FSRU) a été lancé hier, après la validation du cahier des charges mercredi en Conseil des ministres.

19/05/2018

Le ministre de l’Énergie, César Abi Khalil, a annoncé hier lors d’une conférence de presse le lancement effectif de l’appel d’offres pour l’importation de trois unités flottantes de stockage et de transformation du gaz liquéfié (Floating Storage and Regazification Unit – FSRU – en anglais), après que le Conseil des ministres a approuvé mercredi le cahier des charges amendé de l’adjudication. Installées à Selaata, Zahrani et Deir Ammar, ces unités seront reliées par des gazoducs aux centrales les plus proches, pour une enveloppe totale estimée à près de 199 millions de dollars. Le gouvernement avait donné son feu vert au lancement de l’appel d’offres pour attribuer ce marché en octobre dernier. « Les trois centrales devraient être équipées des FSRU dès 2020 », a assuré César Abi Khalil.


Des économies budgétaires substantielles
Le projet d’approvisionnement du Liban en gaz pour alimenter les principales centrales électriques du pays devrait permettre à l’État de faire des économies budgétaires substantielles pour le Trésor public, dont les transferts à Électricité du Liban (EDL) constituent toujours le troisième plus important poste des dépenses publiques globales, après celui du service de la dette et des salaires. « En important du gaz, l’un des carburants les moins chers, EDL pourra réaliser des économies estimées à près de 460 millions de dollars, si l’on se base sur les cours actuels du pétrole », a affirmé César Abi Khalil. Ce choix a aussi des avantages écologiques, puisque le gaz est l’énergie fossile la plus propre.

M. Abi Khalil a ensuite indiqué que le cabinet international Poten & Partners accompagnera le ministère de l’Énergie dans le processus de présélection des compagnies qui feront le choix de récupérer le cahier des charges. « Ces dernières auront 120 jours pour l’étudier avant de déposer leurs candidatures. Il y aura potentiellement plusieurs vainqueurs et non un seul », a-t-il précisé. Poten & Partners avait déjà épaulé le ministère de l’Énergie lors du premier appel d’offres avorté sur l’acheminement de FSRU au Liban. « Trente consortiums avaient candidaté, et treize d’entre eux avaient été jugés éligibles pour déposer leurs offres en 2014 », a rappelé M. Abi Khalil. Le processus a cependant été interrompu par la formation d’un nouvel exécutif dirigé par Tammam Salam début 2014. Le dossier a été « victime comme d’autres de l’instrumentalisation des institutions par une oligarchie très soucieuse d’obtenir des parts juteuses du gâteau des adjudications publiques », écrivait Le Commerce du Levant dans son édition de mars 2016.

« Ce blocage a eu pour conséquence d’accélérer l’accumulation des pertes d’EDL, qui s’élèvent à 27 milliards de dollars des années 1990 à maintenant », s’est insurgé le ministre. « D’autant plus que les deux principales centrales du pays (construites au milieu des années 1990) ont été conçues pour fonctionner au gaz, à Deir Ammar et Zahrani (470 mégawatts chacune) », soit près de la moitié de la capacité de production installée du Liban, a-t-il poursuivi. À défaut de pouvoir importer du gaz, « ces installations ont fonctionné au gasoil (mazout), le carburant le plus coûteux du marché et le plus polluant », a martelé César Abi Khalil. « Une grande partie du déficit d’Électricité du Liban est imputable à ce différentiel de coût de combustible, sachant qu’il n’a jamais été répercuté sur le prix de vente de l’électricité produite. L’évaluation de ce surcoût est fonction de l’évolution des cours du brut. Plus ils sont élevés, plus la perte induite par l’usage du gasoil à la place du gaz est grande », expliquait Le Commerce du Levant, toujours dans son édition de mars 2016.

Rôle de la SFI
Par ailleurs, le ministre de l’Énergie avait signé la veille un contrat avec la Société financière internationale (SFI), bras privé du groupe Banque mondiale, qui assurera le rôle de transactionnal advisor. L’institution sera impliquée dans l’ensemble du processus d’attribution des licences à des producteurs d’électricité indépendants (Independent Power Producers (IPP) en anglais), qui auront pour mission de construire de nouvelles centrales à Zahrani et Selaata. Les IPP vendraient l’électricité produite à Électricité du Liban (EDL) sur une période de vingt ans ou plus. Ces centrales, dotées de turbines à gaz à cycle combiné, devraient en priorité fonctionner au gaz naturel. C’est notamment pour cette raison que la SFI aurait dans un premier temps suggéré au ministère de l’Énergie que ce soit les IPP qui prennent en charge les appels d’offres des FSRU, selon le principe du « gas to power ». Interrogé à ce sujet par L’Orient-Le Jour, César Abi Khalil admet que des discussions officieuses ont bien eu lieu sur cette option. « Néanmoins, nous avons déjà des centrales qui sont conçues pour fonctionner au gaz, et nous avons fait le choix de ne pas attendre que les nouvelles centrales de Zahrani et Selaata soient construites pour importer des FSRU. Autrement, cela aurait représenté une perte supplémentaire d’un milliard de dollars pour le Liban », a-t-il justifié. Le ministre rappelle ensuite que le Liban avait déjà tenté d’alimenter la centrale de Deir Ammar par le gazoduc terrestre venant de Syrie, avant que cette option ne soit abandonnée successivement par la détérioration des relations avec Damas après 2005, les attentats contre le gazoduc égyptien dans le Sinaï en 2011, puis la guerre en Syrie. « L’alimentation avait duré 11 mois seulement, et cela avait permis au Liban de réaliser une économie de 235 millions de dollars d’économies », a-t-il illustré.


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Antoine Sabbagha

Électricité ce cercle vicieux ou on s'endette pour ne rien avoir .

Le Faucon Pèlerin

Le contenu d'un livre est dans son titre. L'Etat "fort" débute par les combines juteuses de l'électricité par FSRU ou par bateaux turcs-centrales électriques ou par des norias sur le fleuve el-Aassi (le rebelle), peu importe, l'essentiel est que chacun obtienne sa part du gâteau.

Sarkis Serge Tateossian

C'est bien. Mais quand le Liban disposera de sa propre méga centrale assurant son auto-suffisance ? Quel

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