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Washington tente de tourner la page de l'accord nucléaire

Iran

Dans l'administration américaine, certains plaident pour un "scénario nord-coréen" : des sanctions drastiques pour ramener Téhéran à la table des négociations.

OLJ/AFP/Francesco FONTEMAGGI
18/05/2018

Après son retrait de l'accord sur le nucléaire iranien, Washington tente de tourner la page en proposant de bâtir une "coalition" contre "l'ensemble des menaces" posées par l'Iran, mais risque de buter contre des Européens déterminés à sauver le texte de 2015.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo présentera lundi la "nouvelle stratégie" des Etats-Unis pour l'Iran. Et l'administration américaine, silencieuse depuis l'annonce fracassante de Donald Trump le 8 mai, commence à distiller les éléments de sa "feuille de route diplomatique en vue d'une nouvelle architecture de sécurité" et d'un "meilleur accord".

"Les Etats-Unis vont travailler dur pour bâtir une coalition" contre "le régime iranien" et ses "activités déstabilisatrices", a expliqué jeudi la porte-parole du département d'Etat Heather Nauert. Un moyen d'afficher des intentions multilatérales après leur retrait unilatéral.

Le président américain reproche à l'accord conclu par les grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Allemagne et Royaume-Uni) avec l'Iran pour l'empêcher de se doter de la bombe atomique d'être trop laxiste sur l'aspect nucléaire, mais aussi de ne pas s'attaquer aux missiles balistiques de Téhéran et à ses interventions directes ou indirectes dans plusieurs conflits régionaux (Yémen, Syrie...). "Nous avons besoin d'un nouveau cadre qui prenne en compte l'ensemble des menaces iraniennes", a dit vendredi à des journalistes le directeur politique du département d'Etat, Brian Hook.

Les contours de cette stratégie restent flous. Principale inconnue: la possibilité même que les Européens, très déçus par le retrait américain, soient disposés à reprendre rapidement les négociations avec les Etats-Unis. L'Union européenne s'affaire pour l'instant à convaincre l'Iran de rester dans l'accord de 2015.


(Lire aussi : Sanctions américaines contre l'Iran : UE, Russie et Chine contre-attaquent)


Stratégie de la "punition"
Une tâche extrêmement compliquée: le rétablissement total des sanctions américaines levées après la signature de ce texte oblige les entreprises européennes à choisir entre le marché iranien et le marché américain -- un faux choix, tant elle ne peuvent se passer d'un accès aux Etats-Unis. Et sans investissements du Vieux Continent, qui étaient la principale carotte pour qu'il signe l'accord il y a trois ans, l'Iran risque de ne plus vouloir tenir ses propres engagements.

Or, s'ils essaient de décrocher à Washington une certaine flexibilité pour leurs sociétés, les responsables européens se sont jusqu'ici heurtés à un mur. "On nous a dit: +nous voulons que les sanctions fassent mal, il n'y aura pas d'exemptions+", rapporte l'un d'eux, pessimiste.

Dans l'administration américaine, certains plaident en effet pour un "scénario nord-coréen": des sanctions drastiques pour ramener l'Iran à la table des négociations. "En rétablissant les sanctions", "nous allons remettre une pression économique sur l'Iran", a justifié Brian Hook, estimant que c'était déjà cette pression qui avait convaincu la République islamique de négocier avant 2015.

Mais pour Jake Sullivan, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, "l'idée selon laquelle on va reconstruire des sanctions au même niveau" qu'avant 2015, lorsque les Européens jouaient de concert avec les Etats-Unis, "est une fausse idée". "Plus les Américains vont être agressifs à l'encontre des Européens" en matière de sanctions, "plus les Européens vont chercher tous les moyens possibles pour se défendre", a-t-il estimé vendredi lors d'une conférence de ce think tank à Washington.

L'administration américaine tente, elle, de minimiser les divergences avec ses alliés. "Nous avons beaucoup, beaucoup plus de points d'accord avec les Européens que nous n'avons de désaccords", a assuré Brian Hook. Il a invoqué les "nombreux progrès" réalisés lors des négociations avec Paris, Londres et Berlin pour trouver des solutions aux inquiétudes de Donald Trump, ainsi que la proposition du président français Emmanuel Macron d'un "nouvel accord" dont le texte de 2015 serait le premier de quatre piliers censés offrir une stratégie plus globale. Mais ces négociations et cette proposition datent d'avant le retrait américain.

Sont-elles encore sur la table ? Et comment parvenir à un accord maintenant si c'était impossible il y a dix jours? "Nous attendons davantage de précisions", élude un responsable européen. "Mais s'il s'agit de bâtir une coalition pour un changement de régime en Iran, les Européens ne seront pas d'accord", prévient un autre.

"Je pense qu'on va entrer dans une phase où, au fond, la punition tiendra lieu de stratégie" américaine, a prédit Jake Sullivan. "Presser l'Iran et le garder dans le box des accusés le plus longtemps possible", "dans l'espoir d'un changement de régime ou, à défaut, de son affaiblissement".



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Antoine Sabbagha

Si les grandes puissances osent ainsi tourner la page de l'accord nucléaire comment peut-on demander aux petits pays de respecter leurs paroles .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES DECULOTTAGES EN SERIE VONT COMMENCER DANS UN PROCHE AVENIR ! LES EUROPEENS NE PEUVENT QUE SUIVRE LES ETATS UNIS.

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