L’édito de Ziyad MAKHOUL

Les écuries de M. Aoun

L’édito
14/05/2018

À quoi sert un président de la République dans un Liban post-Taëf, démembré et en phase quasi terminale de dégénérescence ? À tout faire pour renforcer le bloc parlementaire qu’il présidait avant d’être élu ? À installer ses gendres sur des strapontins de luxe divers et variés, et les amis de ses gendres, ou les siens, aussi incompétents soient-ils, dans les chancelleries les plus prestigieuses ? À contribuer, plus ou moins directement, à la résurrection politique des plus sinistres symboles de l’occupation syrienne et du lahoudisme – il ne manque plus, dans le nouvel hémicycle, que des Adnane Addoum ou des Michel Samaha? À s’employer méticuleusement à pérenniser le concept milicien (et désormais mercenaire) incarné, dans son esprit et dans sa lettre, par le Hezbollah ? À participer à la chasse aux sorcières contre les penseurs, les acteurs, les journalistes, ou contre tous ceux qui pensent encore que la liberté d’expression est, sous l’ensemble de ses formes, encore sacrée dans ce pays qui perd tout, pourtant, à une vitesse vertigineuse ? À attirer contre le Liban toutes les rancœurs des pays donateurs, qu’ils soient arabes ou occidentaux ? À quoi sert le président de la République dans le Liban post-législatives 2018 ?

Ce ne sont rien moins que les douze travaux d’Hercule qui attendent désormais Michel Aoun.

Un : faire en sorte de restimuler la confiance de la communauté internationale dans le Liban et la capacité de ses autorités à gérer les cent et un défis auxquels elles sont hystériquement confrontées.

Deux : rétablir d’excellentes relations avec les pays du Golfe, parce que nous, Libanais, avons infiniment besoin d’eux, ne serait-ce que pour la plus élémentaire des raisons, ces centaines de milliers d’entre nous qui y travaillent et qui envoient régulièrement de l’argent au bercail.

Trois : ne pas se contenter d’effets de manche en programmant pour on ne sait quand une nouvelle saison de cette fameuse et fumeuse table de dialogue. Ni la nommer, pudiquement et hypocritement, stratégie de défense. Mais agir, concrètement, pour empêcher Hassan Nasrallah d’obéir à la moindre injonction iranienne visant à rééditer le scénario de 2006, commencé avec le rapt des deux troufions israéliens. S’il est impossible aujourd’hui d’obtenir de M. Nasrallah une refonte génétique de son Hezb, à commencer par son désarmement, que l’on fasse en sorte, au moins, qu’il ne provoque pas une nouvelle fois morts et destructions au Liban : tout le monde connaît la barbarie des gouvernements israéliens.

Quatre : rétablir l’État de droit – dans toute la plénitude du terme.

Cinq : appliquer, certes, le concept béni de charité bien ordonnée qui commence par soi-même, mais ne pas oublier la légendaire hospitalité des Libanais, qui ont été eux aussi, pendant plus de 15 ans et pour une imposante partie d’entre eux, déplacés aux quatre coins du globe. C’est à mi-chemin entre tout cela que se trouve le début d’une solution aux réfugiés syriens au Liban.

Six : imposer un aggiornamento global sur la pratique politique au Liban, sur la gabegie dans les ministères et les emplois fictifs, et sur la corruption, qui touche 9,9 hommes politiques libanais sur 10.

Sept : convoquer des états généraux sur l’économie, secteur par secteur, en imposant des dates butoirs pour des propositions concrètes, que rédigeraient des technocrates et des experts, loin des propositions cancérigènes de tel ou tel parti politique.

Huit : sanctuariser les libertés, toutes les libertés, rien que les libertés – sous le plafond de la loi, naturellement. Et quand la loi est scélérate, l’amender ou l’annuler.

Neuf : sanctuariser le statut de la citoyenne libanaise; faire en sorte, en légiférant à tout-va, d’aboutir à l’égalité homme-femme, à tous les niveaux. Pour un homme qui a trois filles, cela aurait dû être entamé depuis longtemps.

Dix : organiser de véritables conclaves pour trouver des solutions définitives aux horreurs endurées par les Libanais dans leur quotidien, entre électricité, eau, routes, déchets, hôpitaux, écoles, etc. Si les grosses huiles politiques veulent continuer à se remplir les poches criminellement, qu’elles le fassent avec des trafics en tout genre, armes ou drogues par exemple, mais pas sur le dos des contribuables. Ni noyées dans le pétrole.

Onze : trouver, rationnellement, le moyen de doubler le budget de trois ministères à même de modifier dans la durée, et profondément, l’image que les Libanais et le monde ont de ce pays : le Tourisme, la Culture et la Jeunesse et les Sports. Au passage, faire en sorte que les Affaires étrangères échoient à un disciple de Fouad Boutros. Ce dernier point est d’une importance capitale.

Bien sûr, il sera plus difficile pour Michel Aoun de réaliser tout cela que pour Hercule de tuer le lion de Némée et l’hydre de Lerne, de capturer le sanglier d’Érymanthe, la biche de Cérynie, les bœufs de Géryon, les juments de Diomède et le taureau du roi de Crète, de faire fuir les oiseaux du lac Stymphale, de dompter et ramener le chien Cerbère et de dérober la ceinture d’Hippolyte et les pommes d’or du jardin des Hespérides.

Reste le douzième travail. Réellement herculéen, celui-là. Le nettoyage des écuries d’Augias : le Courant patriotique libre. Et au passage, que Michel Aoun précise à ses compatriotes qui préside réellement aux destinées du Liban : lui ? Son gendre Gebran Bassil ? Sa fille Mireille Aoun Hachem ? Cela leur ferait infiniment plaisir.

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MARIE-JOE PARIS BRAVO BRAVO MERCI MERCI LIBAN JE VOUS AIME

Marie-Jo Abou Jaoude

Excellent

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

D,HERCULE IL MANQUE AVANT TOUT LA STATURE... DE SES TRAVAUX LE VOULOIR ET LE POUVOIR... QUAND AUX ECURIES D,AUGIAS IL Y A CHEZ NOUS LES ETABLES DES PANURGES ET LA GROTTE ALIBABIENNE... HERCULE ET SES REJETONS N,AVAIENT PAS DE TELLES CONNECTIONS !

LA TABLE RONDE

Si je comprends bien c'est donc le COMMANDANTE KHENERAL PHARE AOUN qui , dans ses 12 travaux d'Hercule posséderait des parents , gendre etc.... élu au parlement ?

Svp Mr makhoul s'il avait perdu ces élections, les autres qui auraient gagné ne sont les parents de personne, pas de tante, neveux , EPOUSE , fils de ..... chez les autres ?????

Et il faudrait applaudir de tout côté à ce casting à la tête du client , allons, comme on ......

IMB a SPO

Le Liban est un autobus, conduit par Hassan Nasrallah, avec a la porte Istez Nabeuh qui ouvre et ferme la porte quand il le veut, assis derriere Hassan, il ya Aoun qui ne sait pas ou il va en compagnie de Hariri qui se prend des selfies....Ya haram

Le Faucon Pèlerin

Le 3ème travail d'Hercule et le rapt de deux bidasses israéliens... Dans son entretien au Figaro le 22/9/2017, à la question : Le Hezbollah a déclenché, le 12/7/2006, une guerre contre Israél sans vous consulter, Michel Aoun a répondu : C'est un incident de frontière classique qui a dégénéré. (Le Figaro du 23*24/9/2017 p.11).
Quant à remplacer Gébran Bassil par un disciple de Fouad Boutros... Le Hezbollah ne le permettrait pas.
Conclusion : La République des gendres, des neveux, des cousins, des copains et des coquins, n'est plus la mienne, raison pour laquelle je me suis abstenu de participer à la mascarade des élections des émigrés.

carlos achkar

Vous perdez votre temps Mr Makhoul avec vos 12 travaux d'Hercule.
Ce n'est pas AOUN ou nos politiciens qui changeront quoi que ce soit. Ces sont les Libanais. Mais le problème est que les Libanais sont tous des imbéciles qui s'ils vont aux urnes une fois tous les 10 ans, élisent les mêmes incompétents et crétins.

TYAN Georges

Vous avez omis le treizième cher ami, et le plus important. Revisiter Taef, créer une constitution sur le territoire Libanais et pour les Libanais.

Cet hydre à trois têtes, il faut le mettre hors d'état de nuire, sinon c'est peine perdue, et dans quatre ans vous écrirez le même éditorial.

Le Liban n'est pas une société anonyme qui à la mort du père revient aux enfants et aux apparentés.

C.K

BRAVO ET MERCI pour ce constat salutaire.

Hitti arlette

Focaliser sur les gendres seulement ? Cest votre avis qu'on ne peut que respecter . Mais quid de la planquée des fils ou des cousins de x et y ? vous avez omis les héritiers de RAFIC HARIRI , ils font quoi ceux-là ? Du théâtre ? Le fils saad , ses cousins sa tante vont tous meubler notre prochain hémicycle ainsi que les fils gemayel joumblatt , Frangieh Fatfat etc.. La liste est longue à énumérer . Quoiqu'il en soit cher m. Makhoul j'insiste à répéter qu'une grande partie des journalistes de l'OLJ ne voit la poutre que dans l'œil d'une seule bouille . Et ça interpelle à coup sur vos fidèles lecteurs .

Saade Joe

Bien pensé, bien dit, et tres courageux.

Marionet

En dépit d'un talent certain, ZM va dans excès peu compatibles avec la "vraie vie" et les arcanes de la politique libanaise. M. Aoun n'est pas un monarque absolu - et encore moins Hercule - dans un pays multicéphal au point que l'hydre de Lerne apparaît comme une cible facile. Je partage entièrement son analyse sur le clanisme choquant du président de même que j'aime son parler vrai. Mais il convient d'inviter chacun à balayer devant sa porte et, surtout, surtout, surtout, arrêter de tout casser : non, le Liban n'est pas en phase terminale, il a même réussi à organiser des législatives, et non, on ne peut pas légitimer les "trafics en tout genre armes ou drogue par exemple" pour préserver le bien-être citoyen.

Soeur Yvette

Merci pour cet article cible vrai et clair...

Jean Michael

Saint-Just n'aurait pas ecrit un editorial different! Sans ironie. Helas Mr Makhoul vous exprimez des souhaits impossibles a realiser pour au moins encore les 10 generations a venir. Et je suis optimiste! Les resultats des recentes elections avec leur taux d'abstention record sont la pour nous demontrer que le peuple du Liban ne changera JAMAIS. Le changement le jour ou il viendra ne viendra pas de nos politiciens. Un grand savant l'a bien dit : Les plus imbeciles sont ceux qui font et refont la meme chose en esperant un resultat different! Nous ne sommes pas une nation comme telle. Nous sommes un amalgame d'hommes et femmes et enfants les uns plus m'en foutistes que les autres.

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