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Santé

Le cancer colorectal peut être prévenu, traité et vaincu

Gastro-entérologie

Une stratégie nationale pour la sensibilisation et le dépistage précoce de la maladie a récemment été annoncée. Elle pave la voie à une campagne nationale qui devra être officiellement lancée en mars 2019.

Nada MERHI | OLJ
12/05/2018

Une stratégie nationale pour la sensibilisation et le dépistage précoce du cancer colorectal a récemment été annoncée. Développée par le ministère de la Santé, la Société libanaise de gastroentérologie et la Société libanaise d’oncologie, en collaboration avec le bureau de l’Organisation mondiale de la santé et l’ONG Said (Spread Awarness Increase Detection), cette stratégie pave la voie à une campagne nationale qui devrait voir le jour au mois de mars 2019, ce mois étant dédié à l’échelle mondiale à la sensibilisation au cancer colorectal.

« Nous sommes très en retard par rapport aux pays occidentaux, où l’incidence de la maladie commence à baisser parce qu’ils ont commencé le dépistage il y a deux décennies », regrette le Dr Ala’ Sharara, gastroentérologue à l’hôpital du Centre médical de l’Université américaine de Beyrouth et membre du comité de l’Organisation mondiale d’endoscopie pour le dépistage du cancer colorectal. Cela est d’autant plus grave, que cette tumeur est la troisième cause de décès à l’échelle mondiale, faisant chaque année plus de 770 000 morts, d’après les chiffres de l’OMS. En 2012, l’incidence du cancer colorectal était de dix-huit nouveaux cas par 100 000 personnes, selon l’agence onusienne.

Au Liban, d’après le Registre national du cancer, le cancer colorectal est la deuxième tumeur la plus fréquente chez les femmes après le cancer du sein (14,6 à 17 nouveaux cas pour 100 000 femmes) et la troisième tumeur chez les hommes après les cancers du poumon et de la prostate (20 à 30 nouveaux cas pour 100 000 hommes). Toujours selon le Registre national du cancer, en l’espace de deux décennies (entre 1998 et 2007), l’incidence du cancer colorectal a augmenté de 10 % chez les hommes et de 2,5 % chez les femmes.

« Or ce cancer peut être prévenu, traité et vaincu dans plus de 70 % des cas, insiste le Dr Sharara. Nous disposons de tests sûrs et efficaces qui permettent de détecter les polypes précancéreux. Ce qui nous permet d’intervenir avant même la survenue du cancer. »

Les spécialistes disposent en fait de deux moyens de dépistage. La colonoscopie qui est essentiellement pratiquée aux États-Unis et le test des selles qui permet de détecter du sang au microscope. « Ce test, effectué annuellement, est très facile, souligne le Dr Sharara. Il est adopté dans la majorité des pays européens et sera adopté également dans le cadre de la campagne nationale. Si le résultat de ce test est positif, une colonoscopie sera recommandée pour détecter et enlever d’éventuels polypes. Il est important de signaler que la présence de sang dans les selles n’est pas forcément due à un cancer colorectal. D’où l’importance de compléter les tests par une colonoscopie. »


(Lire aussi : L’oncogénétique pour mieux comprendre et prendre en charge les cancers héréditaires)


Maladie asymptomatique
« Le risque de développer un cancer colorectal au cours d’une vie est de 5 à 6 %, selon les chiffres internationaux, soit une personne sur dix-huit à vingt, poursuit le Dr Sharara. D’où l’importance du dépistage qui doit être initié à partir de 50 ans et se poursuivra jusqu’à 75 ans. Chez les personnes qui ont un facteur de risque élevé, c’est-à-dire celles dont la maladie a été détecté chez un proche du premier degré, il est recommandé de commencer le dépistage dix ans plus tôt que l’âge auquel le parent a été diagnostiqué ou à partir de 40 ans. Dans ces cas, une colonoscopie est conseillée. »
Les causes du cancer colorectal ne sont pas encore connues. « Toutefois, nous connaissons les facteurs de risque, précise le Dr Sharara. Il s’agit essentiellement du syndrome métabolique, du tabagisme, de la consommation excessive de viande rouge surtout de la charcuterie, ainsi que de la rectocolite, qui est une inflammation chronique du côlon. Le facteur de risque le plus important reste cependant une histoire familiale. »

Dans la majorité des cas, le cancer colorectal est asymptomatique. « Les symptômes n’apparaissent que lorsque la tumeur est grande, c’est-à-dire qu’elle est à un stade avancé, ou lorsqu’elle est proche de l’anus, explique le Dr Sharara. Cela ne veut pas pour autant dire qu’il est trop tard. Une guérison est toujours possible. Le processus est toutefois plus long. Il est important de savoir que lorsque la tumeur est détectée à un stade précoce, c’est-à-dire au stade 1, les chances de survie à cinq ans est supérieur à 95 %. Si elle est détectée au stade 2, cette chance baisse à 75 %. Au stade 3 de la maladie, les chances de survie à cinq ans sont de 50 %. Au stade 4, les chances de guérison varient entre 20 et 25 %. »

Le traitement du cancer colorectal repose principalement sur la colonoscopie, « si la tumeur est superficielle » et la chirurgie célioscopique, si elle est localisée à l’intérieur du mur du côlon. Selon les cas, une chimiothérapie pourrait être nécessaire. Quid du risque de récidive ? « Plus la tumeur est détectée à un stade avancé, plus le risque est élevé, répond le spécialiste. Mais en général, il est minime dans les stades 1 et 2 de la maladie. »

La prévention du cancer colorectal repose sur un changement du mode de vie, ainsi que sur un bon contrôle des maladies qui élèvent le risque de cette tumeur. Il est donc recommandé d’arrêter le tabac, sous toutes ses formes, de perdre du poids au cas où on affiche une surcharge pondérale ou une obésité, et d’adopter un mode alimentaire sain faible en viande rouge, en charcuterie et en alcool. « L’activité physique est importante pour prévenir le cancer colorectal, mais aussi plusieurs autres maladies, ainsi que le dépistage », constate le Dr Sharara. Et d’insister : « Il est vrai que le cancer colorectal est fréquent, mais sa détection et sa prévention sont faciles. »



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