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Nos lecteurs ont la parole - Par Tania Khalil

Elle était belle, elle était forte et elle sentait le gardénia

Antoinette, ma grand-mère que je retrouve chaque année, au même rendez-vous, aux premiers jours du mois de mai, quand, mine de rien, les premiers bourgeons de gardénia se font remarquer.
Et puis, soudain, ils sont partout.
En colliers dans les parkings, suspendus aux rétroviseurs des voitures, dans les poches des pantalons ou enfouis dans un kleenex au fin fond des sacs à main. Mais ceux que je préfère sont ceux que je retrouve sur les branches de l’arbre qui longe le sentier menant à la maison de mes grands-parents. Celui que mon grand-père a fait planter et que ma grand-mère a fidèlement entretenu après sa mort.
« C’est les gardénias de Jeddo Akl ! » disait-elle.
 Ceux qu’on emportait avec nous chaque lundi à l’école, bien mouillés dans du papier aluminium, pour décorer le recueil de la Sainte Vierge qu’il y avait au coin de chaque classe durant le mois de mai. À bas les grands bouquets que nos camarades achetaient ; nous, on avait des gardénias fraîchement cueillis la veille, et pas n’importe lesquels ; mais plutôt ceux que Jeddo Akl avait lui-même plantés pour les jolis yeux de Téta Antoinette. Et ceux-là ne s’achetaient pas ! On ne les trouvait jamais en colliers dans les parkings, ou enfouis dans des vieux jeans. Ceux-là faisaient pleurer ma grand-mère comme une chanson triste de Nina Simone. Ces fleurs lui rappelaient son amour, son amour qu’elle ne reverra plus, et c’est cet amour-là qui faisait notre fierté quand, gamins, on sortait nos cahiers mouillés par l’eau du papier aluminium qui enfermait notre offrande hebdomadaire à la Sainte Vierge.
Aujourd’hui, quatre ans après sa mort, quand on me voit, on me dit toujours : « On dirait Antoinette », et tout en retenant mes larmes, je me dis que c’est plutôt drôle de savoir que c’est ce qui restera de cette grande femme aux mille bracelets : son amour inconditionnel de ses petits-enfants, sa générosité et les gardénias.

Antoinette, ma grand-mère que je retrouve chaque année, au même rendez-vous, aux premiers jours du mois de mai, quand, mine de rien, les premiers bourgeons de gardénia se font remarquer. Et puis, soudain, ils sont partout. En colliers dans les parkings, suspendus aux rétroviseurs des voitures, dans les poches des pantalons ou enfouis dans un kleenex au fin fond des sacs à main. Mais ceux que je préfère sont ceux que je retrouve sur les branches de l’arbre qui longe le sentier menant à la maison de mes grands-parents. Celui que mon grand-père a fait planter et que ma grand-mère a fidèlement entretenu après sa mort. « C’est les gardénias de Jeddo Akl ! » disait-elle. Ceux qu’on emportait avec nous chaque lundi à l’école, bien mouillés dans du papier aluminium, pour décorer le recueil de la Sainte...
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