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Liban

La grève des enseignants de la MLF, signe du chaos à l’école privée

Éducation

Le mouvement de protestation des enseignants se poursuit aujourd’hui, dans les cinq lycées de la Mission laïque française, à l’IC de Aïn Aar et à l’École évangélique nationale de Nabatiyé.

27/04/2018

La grève ouverte des enseignants des cinq lycées de la Mission laïque française (MLF), d’Achrafieh, Verdun, Nahr Ibrahim, Tripoli et Nabatiyé, ne présage rien de bon pour le secteur de l’école privée. Elle a soudainement été décrétée hier, jeudi 26 avril, après l’annonce par la direction du Lycée franco-libanais de Beyrouth d’un retour aux salaires de septembre 2017 en ce mois d’avril, après une application partielle de la grille des salaires (sans les six échelons exceptionnels) depuis le 20 août 2017 jusqu’à la fin mars. Non seulement cette grève est synonyme d’une nouvelle escalade entre les trois acteurs de l’enseignement privé, les directions d’établissements, les enseignants et les parents d’élèves, prenant carrément en otage les élèves ; mais elle est la preuve du chaos qui règne dans le secteur depuis l’adoption de la loi 46 sur la grille des salaires.

Effet boule de neige
C’est la décision de la juge des référés de Beyrouth, Hala Naja, de geler les hausses des écolages au Grand Lycée franco-libanais d’Achrafieh, suite à un recours du comité de parents d’élèves, qui est le point de départ de cette affaire dont le dernier volet en date est le mouvement de protestation de tous les enseignants des écoles de la MLF. Un mouvement qui a fait boule de neige, après la décision du juge des référés du Metn, Ralph Karkabé, d’ordonner à l’International College de Aïn Aar de geler les augmentations de frais de scolarités. Et ce, alors que le ministre de l’Éducation, Marwan Hamadé, peine à convaincre enseignants, directions d’établissements et gouvernement du bien-fondé de son projet d’amender la loi et d’étaler dans le temps les effets de l’échelle des salaires et de ses six échelons. À l’heure aussi où certaines écoles, comme l’École évangélique nationale de Nabatiyé, sont fermées depuis 10 jours pour les mêmes raisons, comme le révèle le président du syndicat des enseignants, Rodolphe Abboud.
Résultat, non seulement la grève des enseignants de la MLF promet de durer, en l’absence de dialogue ou d’une décision officielle ferme, mais chaque partie campe sur ses positions. Les discours s’enflamment. À la grève des enseignants, devrait s’ajouter aujourd’hui un sit-in des parents d’élèves du Lycée franco-libanais de Nahr Ibrahim, à 10h, devant le siège de l’établissement. Courriels à l’appui, nombre de parents n’hésitent pas à exprimer ouvertement leur colère, accusant la MLF de les monter contre les enseignants.
Le proviseur du Grand Lycée franco-libanais d’Achrafieh, Brice Lethier, était injoignable hier, de même que la direction de la MLF. Le ministre de l’Éducation était lui aussi aux abonnés absents. Seule la présidente du comité des enseignants libanais au Grand Lycée franco-libanais, Ghada Fahed Rached, a confirmé à L’Orient-Le Jour « la grève ouverte, jusqu’à ce que la MLF revienne sur sa décision ». Elle note toutefois que « les élèves des classes d’examens officiels (troisième, première et terminale) pourront terminer leur programme et ne seront donc pas sanctionnés ».

Des salaires amputés
Et de raconter que « les enseignants ont reçu hier matin leurs fiches de paie du mois d’avril, amputées de la grille des salaires ». « Une journée de grève observée en mars a même été déduite », regrette-t-elle, notant que nombre de ses collègues ont comptabilisé des baisses de salaires de plus d’un million de livres. Elle reconnaît que le dialogue est pour l’instant rompu avec la direction. Mais elle rappelle que « l’institution a toujours appliqué la loi libanaise et n’a jamais failli à ses obligations dès lors qu’une loi était publiée dans le Journal officiel »... Sauf cette année, « la direction de l’établissement et les parents étant en profond désaccord sur le pourcentage des hausses d’écolages ».
« C’est inadmissible. C’est le chaos », souligne à son tour Rodolphe Abboud, qui fait part de sa « solidarité avec les enseignants de la MLF » et regrette « les tergiversations du ministre de l’Éducation ». « M. Hamadé n’a pas su taper du poing sur la table pour imposer l’application de la loi 46. Nous ne pouvions qu’en arriver là », soutient-il.
Également contacté par L’OLJ, le juge des référés du Metn, Ralph Karkabé, précise que la décision des juges des référés dans le dossier des écoles privées est temporaire. Elle est aussi applicable au cas par cas. « J’aurais très bien pu trancher. Mais la réponse ne m’appartient pas. C’est aux comités d’arbitrage de prendre la décision adéquate », observe-t-il, regrettant aussi bien la « frilosité » du ministère de l’Éducation que la « pression exercée sur les parents d’élèves par le tandem établissement/enseignants ».


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Helou Albert

L'histoire se répète 27 ans plus tard. Mi-1991,moins d'un an après la fin de la guerre, l'administration du grand lycée Franco-Libanais avait décidé d'augmenter sans préavis les frais de scolarisarion pour faire payer les rénovations et décors superflus de l'ensemble du batiment de l'administration. Le proviseur (Mr. Priami a l'époque) s'est alors retrouvé en pleine confrontation juridique avec le comité des parents qui a refusé l'augmentation et a été renvoyé en France n'ayant servi qu'un an au Liban. La mission laique se fait des profits éxorbitants, entame des projets de constructions aux dépends des parents et du bien-être des élèves. Les parents se voient obligés de payer la facture du réaménagement des lieux (2014-2015). Cette même mission laique envenime la relation entre les parents et les profs et les dresse les uns contre les autres. Les capacités du terrain sur lequel a été construit le lycée en 1961 sont dépassées et hors normes. L'espace en mètres carrés ne peut pas accomoder le nombre d'élèves qui y sont actuellement scolarisés et qui a quintuplé depuis l'édification des locaux en 1961, sans que la superficie du terrain n'augmente d'un centimètre. C'est la quantité des élèves et non plus la qualité d'enseignement qui l'emporte. La mission laique est dorénavant une entreprise lucrative contraire aux principes sur lesquels elle a été érigée. Parents et Profs unis! contre l'administration et que les dossiers montrant les profits soient mis au grand jour!

Antoine Sabbagha

Triste de voir l'éducation au Liban si négligée et le 8 mai prochain on aura certainement des députés plus médiocres pour ne pas trancher cette grille des salaires qui risque de tout bruler

Bustros Mitri

Quels beaux souvenirs, ce cher lycée...

Stes David

Si l'avenir des lycées français à l’étranger est incertain (par le désengagement financier de la France) il faudrait envisager de remplacer ces écoles par un systeme purement libanais ?

yves kerlidou

Quel bordel dans la gestion du dossier des salaires qui démontre une incompétence des politiques mais aussi de l'administration qui a très mal préparé ce dossier il est vrai que travailler 34 h par semaine ne permet pas de réfléchir sérieusement !!

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