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Moyen Orient et Monde

Nucléaire iranien : le travail d’Hercule de Macron à Washington

Analyse
23/04/2018
Mettre en avant les sujets de convergence afin de minimiser les désaccords est une technique de base en matière de négociations. Cela permet de donner du crédit à la position de son partenaire sans pour autant renier ses propres convictions. C’est exactement ce qu’est en train de faire Emmanuel Macron avec son homologue américain Donald Trump concernant la question du nucléaire iranien. « Il ne s’agit pas d’aller aux États-Unis pour s’opposer de manière frontale à la politique américaine, cela n’aurait aucun sens. Il ne s’agit pas non plus de partir avec l’idée qu’on va faire changer Washington de position, c’est un espoir vain », résume à L’Orient-Le Jour Joseph Maïla, professeur en relations internationales à l’Essec. En visite d’État aux États-Unis, le président français dispose de trois jours pour convaincre son homologue américain de ne pas déchirer l’accord nucléaire signé le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne et Allemagne).

Paris n’a cessé de rappeler au cours de ces derniers mois qu’il partageait les critiques de Washington sur la politique régionale de l’Iran et sur son activité balistique. Le président français l’a encore répété hier, dans un entretien accordé à la chaîne américaine Fox News. Une façon de marteler que Washington et Paris, qui se fait ici le représentant de la position européenne, sont, sur le fond, sur la même longueur d’onde. Et que leurs divergences concernant la préservation de l’accord nucléaire ne relève finalement que d’une question de méthode. « Est-ce que cet accord est parfait ? Non », a souligné hier Emmanuel Macron sur Fox News. « Mais vous avez une meilleure option ? Je ne la vois pas. Je n’ai aucun plan B pour le nucléaire contre l’Iran. » Autrement dit : malgré tous ces défauts, l’accord reste la moins mauvaise des solutions. « Ma position, c’est de dire : “Ne quittez pas l’accord tant qu’on n’a pas de meilleure option pour le nucléaire et complétons l’accord avec un contrôle de l’activité balistique et politique de l’Iran dans la région” », a ajouté le locataire de l’Élysée. 

C’est ce que tente de faire la France, et dans une plus large mesure l’UE, depuis quelques mois afin de convaincre les États-Unis de rester dans l’accord. Washington n’a pas de problème avec l’accord en lui-même, si ce n’est sa durée de vie, mais avec l’Iran en tant que « puissance déstabilisatrice au Moyen-Orient ». Du côté de Paris, l’idée est ainsi de mettre la pression sur Téhéran pour satisfaire Washington, tout en sanctuarisant l’accord nucléaire. La tâche s’annonce néanmoins des plus compliquées. 




Scénarios-catastrophe
Téhéran n’a aucune intention d’ouvrir des négociations sur ces missiles balistiques ou sur l’encadrement de sa politique régionale. Les représentants iraniens l’ont très bien fait comprendre à Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, lors de sa visite en mars dernier, contrecarrant ainsi les projets d’Emmanuel Macron de se rendre dans un avenir proche à Téhéran. Paris et Berlin essaient désormais de convaincre leurs partenaires au sein de l’UE d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran en rapport avec ces deux sujets. Cela suffira-t-il à convaincre Donald Trump, le 12 mai prochain, de se maintenir dans l’accord ? Rien n’est moins sûr. Les diplomates européens ne cachent pas leur pessimisme, d’autant que le locataire de la Maison- Blanche s’est entouré avec Mike Pompeo au département d’État et John Bolton à la Sécurité nationale, de farouches opposants à l’accord. 

Même si les Européens disent ne pas avoir de plan B en cas de sortie des États-Unis de l’accord, il est évident qu’ils en ont un. L’objectif serait alors que les autres parties s’y maintiennent afin de convaincre Téhéran qu’il n’est pas dans son intérêt d’en sortir. Cela supposerait toutefois que les entreprises européennes ne soient pas sanctionnées par les États-Unis si elles investissent en Iran, ce qui, une nouvelle fois, n’est pas assuré. 

Visiblement marqué par l’intervention américaine en Irak en 2003, Emmanuel Macron craint que cela ne se répète prochainement avec l’Iran, notamment si ce dernier décide de reprendre son enrichissement d’uranium. Un Iran nucléaire ou une guerre avec Téhéran : ce sont les deux scénarios-catastrophe que le président français veut éviter à tout prix. C’est pourtant lui qui, paradoxalement, cherche à convaincre Washington de se maintenir en Syrie après la guerre contre l’État islamique car « si nous partons définitivement et complètement, même sur le plan politique, nous laisserons le terrain au régime iranien, Bachar el-Assad et ses hommes et ils prépareront une nouvelle guerre », a-t-il déclaré à Fox News. Comme pour rappeler à Donald Trump que c’est sur ce dossier-là qu’il est le plus urgent et le plus utile d’imposer des lignes rouges à Téhéran.

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Ils bossent pour la même firme .
Chacun son rôle et le boss décidera plus tard que faire .

Les centrifugeuses iraniennes sont en mode de chauffage .

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