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Moyen Orient et Monde

Israël : un soixante-dixième anniversaire sous haute tension

Repère

Israël fête l’anniversaire de sa création dans un contexte régional particulièrement tendu et incertain.

Julie KEBBI | OLJ
20/04/2018

C’est dans un contexte particulier qu’Israël a lancé mercredi le coup d’envoi des festivités pour marquer le 70e anniversaire de la création de l’État hébreu. La proclamation, qui a eu lieu le 14 mai 1948, est célébrée en ce moment en fonction du calendrier hébraïque. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a profité des célébrations pour souligner la force militaire du pays dans une région marquée par une instabilité chronique. « L’indépendance est de pouvoir se défendre », a-t-il déclaré mercredi soir avant de « saluer » les soldats israéliens. La tension était cependant à son comble hier alors que des réservistes israéliens ont reçu, par erreur, un message selon lequel « le rappel d’urgence est activé », avant d’être rapidement annulé.

Tensions à la frontière avec Gaza
L’ambiance est notamment électrique aux frontières de l’État hébreu : chaque vendredi depuis le 30 mars, une « Marche du grand retour », cible d’une violente répression de la part des soldats israéliens, est organisée depuis la bande de Gaza par des Palestiniens pour réclamer leur droit à reprendre les terres qu’ils ont dû fuir lors de la Nakba (la « catastrophe » en arabe), en 1948. Alors que 34 Palestiniens ont déjà été tués et des milliers d’autres blessés par les soldats israéliens dans le cadre de ce mouvement, ce dernier doit culminer le 15 mai.
Le ministère israélien de la Défense a, en outre, annoncé qu’un « puissant engin explosif », apparemment destiné à un attentat lors des fêtes israéliennes, avait été découvert dans un camion palestinien intercepté à un point de passage entre la Cisjordanie occupée et Israël.

Le spectre d’une attaque de l’Iran
Du côté de la frontière avec la Syrie, c’est la présence iranienne qui inquiète Israël. Tel-Aviv craint de voir le croissant chiite que Téhéran s’emploie à instaurer parvenir à ses frontières. Autre cause d’inquiétude pour l’État hébreu, la présence et l’activité, en Syrie et au Liban-Sud, du Hezbollah, protégé de Téhéran. Depuis quelques semaines, Israël multiplie les mises en garde à l’intention de Téhéran. Des mises en garde qui ont pris un tour très concret le 9 avril dernier, avec le bombardement par Israël de la base militaire syrienne T4 dans la province de Homs. Parmi les victimes du bombardement, sept Iraniens membres des gardiens de la révolution.
Mardi, le Wall Street Journal indiquait que le raids contre cette base avaient pour objectif de détruire, outre un système de lancement de drones iraniens, un système de défense anti-aérien iranien Tor, qui aurait été nouvellement installé sur le site après avoir été envoyé de Téhéran.
Israël souhaite également maintenir une zone tampon d’au moins 10 kilomètres dénuée de la présence iranienne dans le Golan, un projet qui pourrait être mis à mal par les opérations de Damas dirigées désormais vers le sud de la Syrie et le Golan.

Depuis le début de la guerre en Syrie, de nombreux raids, visant notamment des convois d’armes destinées au Hezbollah, ont été attribués à Israël. Ces derniers temps, ce sont néanmoins des cibles directement iraniennes qu’Israël vise ou menace de viser. En février dernier, Israël avait ainsi admis pour la première fois avoir frappé des cibles iraniennes après l’intrusion d’un drone iranien dans son espace aérien. Il s’agissait là de la première confrontation ouvertement déclarée entre Israël et l’Iran en Syrie.

Pour tenter de prévenir une escalade, Israël s’est tourné vers la Russie, autre parrain de Bachar el-Assad. Tel-Aviv et Moscou entretiennent des liens qui se sont relativement réchauffés ces derniers temps. Ils maintiennent une relation d’intérêt : la Russie veut garder les canaux de communication ouverts avec les acteurs concernés dans la région, Israël table sur la relation Moscou-Téhéran pour tenter de limiter la présence iranienne en Syrie. Peu de résultats ont été enregistrés sur ce deuxième point pour l’instant. Signe du malaise existant dans les relations bilatérales, l’armée israélienne n’avait pas mis au courant les Russes de ses opérations contre la base T4, ce qui a poussé le président russe, Vladimir Poutine, à demander à son homologue israélien de ne pas attiser les tensions en Syrie lors d’un entretien téléphonique. « Nous n’accepterons aucune limitation en ce qui concerne la défense de nos intérêts sécuritaires », a déclaré lundi Avigdor Lieberman, le ministre israélien de la Défense. « Mais nous ne voulons pas provoquer les Russes, nous avons une ligne de communication ouverte au niveau des officiers supérieurs, les Russes nous comprennent et le fait est que, pendant des années, nous avons réussi à éviter les frictions avec eux » en Syrie, a-t-il ajouté.


(Lire aussi : « Les soldats israéliens blessent les gens pour en faire des handicapés ! »)


Soutien américain
Quant à la relation entre Washington et Israël, son allié traditionnel dans la région, elle est au beau fixe depuis l’entrée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Ce dernier a provoqué un tollé en annonçant, en décembre 2017, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu, ajoutant qu’il comptait y déménager l’ambassade américaine. « Meilleurs vœux au Premier ministre Netanyahu et à tout le peuple d’Israël à l’occasion du 70e anniversaire de votre grande indépendance. Nous n’avons pas de meilleurs amis partout. Au plaisir de déménager notre ambassade à Jérusalem le mois prochain ! » a-t-il écrit sur son compte Twitter mercredi.
Le fait que le dirigeant américain ait déjà fait savoir à plusieurs reprises qu’il souhaitait un retrait des troupes américaines en Syrie, majoritairement stationnées dans le Nord syrien, pourrait néanmoins inquiéter le pouvoir israélien. Cette perspective fait craindre à Israël une escalade du conflit en Syrie, notamment depuis les frappes américaines, françaises et britanniques samedi dernier en réponse à l’attaque chimique présumée de Damas dans la Ghouta orientale.

Un rapprochement avec l’Arabie saoudite
En dépit des tensions dans la région, Israël peut cependant espérer un rapprochement avec l’Arabie saoudite, les deux pays ayant Téhéran comme ennemi juré commun. Le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, s’est montré plus ouvert à l’égard de Tel-Aviv : « Je crois que chaque peuple, n’importe où, a le droit de vivre dans sa nation pacifique, je crois que les Palestiniens et les Israéliens ont le droit d’avoir leur propre terre », a-t-il ainsi affirmé au magasine américain The Atlantic au début du mois. « Mais nous devons avoir un accord de paix pour assurer la stabilité de tout le monde et avoir des relations normales », a-t-il poursuivi, reprenant les termes de l’initiative arabe de paix lancée en 2002 par le royaume et qu’Israël n’a toujours pas acceptée.


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LES EMBRASSADES VONT VENIR... ET LES PLUS CHAUDES SERONT CELLES DES MOUMANA3ISTES A LEURS COLLEGUES LES SIONISTES !

AIGLEPERçANT

70 ans d'usurpation impunie .

Irene Said

"...mais nous devons avoir un accord de paix pour assurer la stabilité de tout le monde et avoir des relations normales..."

Prince Mohammad ben Salmane,
puissent certains dirigeants de cette région qui semblent tellement aimer les confrontations inutiles, commencer à penser comme vous et enfin agir dans le sens de la paix !
Irène Saïd
























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