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Moyen Orient et Monde

« Les soldats israéliens blessent les gens pour en faire des handicapés ! »

Gaza

Trois semaines après le début de la « Marche du retour », une nouvelle journée de manifestations est prévue aujourd’hui à Gaza. Dans les hôpitaux de l’enclave palestinienne, des médecins de MSF sont venus en renfort pour traiter l’afflux de blessés.

20/04/2018

« La clinique est pleine. Pour pouvoir accueillir tout le monde, on est obligé de faire des roulements. On va chercher les gens chez eux, on change leurs pansements, ils restent un peu puis on les ramène à leur domicile. On fait ça plusieurs fois par jour. » Sourire aux lèvres malgré ses traits tirés, Marie-Élisabeth Ingres, chef de mission de l’ONG française Médecins sans Frontières en Palestine, désigne d’un geste la dizaine de jeunes qui regardent la télévision non loin d’elle. Comme les deux autres cliniques de MSF dans l’enclave palestinienne, celle de la ville de Gaza est pleine à craquer. Dans la salle de repos réservée aux hommes, la plupart des patients ont à peine trente ans. Certains ont de simples bandages quand d’autres sont en fauteuil roulant, la jambe ou le bras maintenu par une armature en fer. « Le premier vendredi de la Marche du retour (NDLR : le 30 mars), on a été complètement submergé par le nombre de blessés. On s’attendait à recevoir beaucoup de monde, mais pas à voir autant de blessures causées par des balles réelles », poursuit Marie-Élisabeth Ingres.

La violente répression exercée par l’armée israélienne contre les manifestants palestiniens rassemblés le long de la frontière entre Gaza et l’État hébreu le 30 mars dernier a causé la mort de 17 Palestiniens et fait plus de 1 400 blessés. Il s’agissait là de la journée la plus meurtrière, dans le bande de Gaza, depuis la guerre de 2014. Depuis le début du mouvement de la Marche du retour, 34 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes.


(Lire aussi : Israël : un soixante-dixième anniversaire sous haute tension)


Chirurgien anesthésiste dans un hôpital de la banlieue parisienne, Christophe Denantes est un habitué de Gaza. Tous les six mois, sur son temps libre, lui et son équipe de l’ONG « Palestine Children’s Relief Fund » viennent passer quelques jours à l’hôpital Chifa, l’un des plus grands de l’enclave palestinienne. En temps normal, les médecins soignent en priorité les enfants et les personnes victimes de brûlures ou d’accidents domestiques, mais dans le contexte de la Marche du retour, leur travail est un peu différent. « On a eu énormément de plaies nerveuses, principalement au niveau des jambes. Les soldats israéliens blessent les gens pour en faire des handicapés ! » affirme le médecin en agitant ses mains longues et fines. Lui qui a travaillé à Gaza lors de la dernière guerre de 2014 et qui, coutumier du travail en zone difficile, a appris à soigner avec le strict minimum de matériel, dénonce les conditions de travail de ses collègues palestiniens : « Ce que je fais ici, je ne le ferais pas en France », explique-t-il en faisant allusion au manque de matériel chronique dont souffre la majorité des hôpitaux de Gaza.

Dans la clinique de MSF, Marie-Élisabeth Ingres fait la grimace. Depuis le 30 mars, son équipe et elle ont noté la singularité des blessures causées par les balles israéliennes. « La balle fait un trou net en entrant puis c’est comme si elle éclatait en petits morceaux une fois à l’intérieur du corps », note la chef de mission, qui assure n’avoir jamais vu de telles armes utilisées dans des proportions aussi impressionnantes. « Parfois, les dégâts sont tellement importants que les médecins ont du mal à reconnaître l’anatomie des membres qu’ils doivent opérer. »


(Lire aussi : À Gaza, la question des détenus mobilise toujours la population)


En quatre semaines, près de 427 blessés par balles réelles ont été accueillis dans les cliniques de MSF. Débordées par le travail, les équipes n’ont pas eu d’autre choix que d’embaucher du renfort à la dernière minute. « 25 infirmiers sont en train d’être formés pour venir nous aider. On va également ouvrir un quatrième centre dans les jours qui viennent », commente Marie-Élisabeth Ingres. Car à la clinique de Gaza, la masse des blessés a d’ores et déjà forcé les équipes à s’adapter : une nouvelle salle de consultation a été construite à la va-vite, en lieu et place de l’ancienne salle d’attente réservée aux femmes, ces dernières étant désormais reléguées dans un coin de la cour.

Bien installé sur sa chaise en plastique blanc, Mohammad, 24 ans, regarde la télévision d’un air distrait. De temps en temps, son sourire se transforme en une légère petite grimace de douleur lorsque son bras heurte malencontreusement un obstacle. Blessé à la frontière entre Israël et Gaza le vendredi 13 avril, le jeune homme l’assure : lorsqu’il a été touché, il n’était pas près des barbelés et des soldats, mais à plusieurs centaines de mètres de là, à côté des tentes installées pour permettre aux familles de se réunir et de discuter à l’abri du soleil. « Je savais que c’était dangereux, mais je suis allé manifester pour réclamer la paix. Nous sommes prêts à faire face aux Israéliens car ici la situation est invivable. Nous n’avons plus rien à perdre. »

À quelques mètres du jeune homme, Marie-Élisabeth Ingres soupire. « La plupart des blessés ont besoin de 3 à 6 mois de soins avant d’être totalement remis ! Même si la Marche pour le retour prend fin le 15 mai, le jour de la Nakba, ses conséquences vont se faire sentir encore longtemps. »


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PALESTINIENS DE TOUTES COMMUNAUTES, SUNNITES, CHIITES ET CHRETIENS SONT TRAHIS PAR LEURS CORELIGIONNAIRES REGIONAUX !

Jabry Fadi

Honteux et criminel !

LA TABLE RONDE

Malheureusement les palestiniens de Gaza ne sont pas répertoriés comme " êtres humains " par " la communauté internationale " comme le seraient par exemple les bactéries wahabites de la ghouta ou d' Alep .

Et pourtant ceux de Gaza et la Palestine sunnite et chrétienne USURPÉE sont martyrisés depuis bien plus longtemps.

Wlek Sanferlou

Et ceci s'appelle un pays civilisé???

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