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Moyen Orient et Monde

La nouvelle quête de légitimité du Hamas

Violences à Gaza

Le mouvement islamiste palestinien tente de redorer son blason en relançant une des revendications principales des Palestiniens : le droit au retour.

04/04/2018

Israël est tombé, la tête basse, dans le piège : celui de prendre le risque de légitimer une fois de plus le mouvement islamiste Hamas à Gaza, qui était en perte de vitesse.

L’armée israélienne a ouvert le feu vendredi dernier sur des manifestants qui s’étaient approchés à quelques centaines de mètres de la clôture séparant Israël de la bande de Gaza. Des milliers de Palestiniens s’étaient rassemblés au premier jour de « la marche du retour ». Ces protestations, qui devraient durer six semaines jusqu’au 15 mai (jour de la commémoration de la Nakba), visent à réclamer « le droit au retour » des Palestiniens. Dix-sept personnes ont été tuées et plus de 1 400 blessées. Hier, un Palestinien a encore été tué par des tirs de soldats israéliens à la frontière.

La réaction disproportionnée d’Israël a été critiquée aussi bien à l’intérieur du pays qu’à travers le monde. Un projet de déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU appelant « toutes les parties à la retenue et à prévenir toute escalade supplémentaire », et demandant une enquête sur les violences a toutefois été bloqué par les États-Unis.

En patronnant ce nouveau mouvement de protestation palestinien, le Hamas, qui dirige la bande de Gaza depuis 2007 après avoir chassé l’Autorité palestinienne, a remis la cause palestinienne sur le devant de la scène. Le mouvement avait justement besoin de se renflouer pour se repositionner sur la scène interne face à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et alors qu’il est mis au ban de la communauté internationale et des pays arabes.


(Lire aussi : À Gaza, les prochaines semaines s’annoncent violentes)


Position intenable
La position du Hamas à Gaza est devenue intenable. Soumis au blocus d’Israël et de l’Égypte d’une part, et aux sanctions économiques imposées par l’Autorité palestinienne sur Gaza d’autre part, le mouvement islamiste est par ailleurs sous pression de plusieurs pays arabes, dont notamment l’Égypte et les Émirats arabes unis, qui voient en lui une ramification des Frères musulmans, une organisation considérée comme terroriste par ces régimes. En plus, le Hamas ne peut plus compter sur le soutien de l’Iran, avec qui les relations se sont dégradées depuis le début de la crise syrienne.

Parallèlement, il semble que le Hamas a pris conscience de la limite de son combat armé face à l’État hébreu. Les tirs de roquettes ont sensiblement diminué dernièrement, et, même après les violences de vendredi dernier, aucun missile n’a été tiré vers les territoires israéliens. Toute confrontation militaire qui risque ainsi de déclencher une énième guerre avec Israël n’est donc plus à l’ordre du jour du mouvement.

Après l’attentat raté contre le convoi du Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, le 13 mars dernier à Gaza, et les accusations de M. Abbas contre le Hamas, les derniers espoirs de l’accord de réconciliation entre les frères ennemis signé au Caire en octobre 2017 ont été également emportés.

Acculé de tous les côtés, le Hamas semble donc vouloir sortir de son isolement et reprendre l’initiative. D’abord face à l’Autorité palestinienne et l’OLP considérées comme les seuls représentants du peuple palestinien. Ensuite face aux acteurs régionaux et arabes qui tentent de l’affaiblir et de le faire plier.



Jérusalem
Suite à la crise engendrée par la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade des États-Unis, l’Autorité de Mahmoud Abbas, elle aussi affaiblie par des problèmes de succession, de corruption et par un manque d’avancée tangible concernant le processus de paix avec Israël, a obtenu un second souffle en lançant une vaste offensive diplomatique visant à défendre les droits des Palestiniens sur Jérusalem-Est annexée par Israël.

Le Hamas s’est alors rattrapé en remettant sur le tapis un autre point de crispation avec les Israéliens : le « droit au retour ». Celui-ci est une des revendications fondamentales des Palestiniens, et ce depuis le début du conflit. C’est aussi l’une des plus problématiques, puisqu’Israël refuse le retour sur son territoire des Palestiniens ayant fui leur terre suite à la guerre de 1948. Leurs descendants se chiffrent aujourd’hui à plus de 4 millions de personnes.

Les Palestiniens s’appuient principalement sur la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies adoptée le 11 décembre 1948 (qui n’a pas de valeur juridique contraignante) et qui stipule « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leur foyer le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leur foyer (...) ».

Or, au fil des années, pour des raisons pragmatiques et réalistes, cette revendication a perdu de son poids. Du moins pour les pays arabes qui appuient les Palestiniens. Ainsi, la déclaration finale du dernier sommet arabe qui a eu lieu à Sweimeh, sur la mer Morte, appelle à une paix juste et globale fondée sur la déclaration de Beyrouth de 2002, qui « veille à résoudre les questions du statut final, et notamment à régler le problème des réfugiés » palestiniens. L’omission de la mention explicite du « droit au retour », remplacée par « régler le problème des réfugiés », était une première et démontrait une évolution claire dans un sens voulu par Israël.

C’est donc dans cette brèche que le Hamas s’est engouffré en s’appuyant cette fois non pas sur une résistance armée, mais sur des manifestations populaires. Le but étant ainsi de s’affirmer à nouveau comme un acteur légitime fort et de s’imposer comme une alternative crédible à l’OLP.



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