Spécial Orientation professionnelle / Édition 3

L’Université La Sagesse : des cursus couvrant des domaines spécialisés ou ouverts sur l’avenir

La faculté d’ingénierie à Beyrouth. Photo DR

27/03/2018

Fondée en 1875 par l’archevêque Youssef Debs, l’Université La Sagesse (ULS) a su conserver une marque de valeur dans le paysage universitaire du Liban et du Moyen-Orient. Aujourd’hui encore, elle dépend de l’archidiocèse maronite de Beyrouth. Si elle doit sa renommée à l’excellence de son école de droit, la première créée dans la région du Moyen-Orient, l’université a également su répondre aux nouveaux défis de la société en élargissant ses domaines d’enseignement. Hôtellerie, ingénierie, santé ou encore sciences politiques se sont ainsi ajoutées au panel des principales formations.

Les piliers de l’ULS : dialogue et ouverture d’esprit
Implantée dans une région cosmopolite qui regroupe une myriade d’appartenances différentes, l’ULS offre la possibilité à chacun d’accéder au monde du travail sans aucune discrimination. « Nous nous fixons une mission éducative spéciale », explique Carole Choueifaty, responsable des admissions, de l’orientation et de la communication de l’établissement, qui rappelle que la situation géographique du campus n’a pas été choisie à la légère : situé à Furn el-Chebback, le campus principal est en effet un point de croisement dans la capitale. « Notre but est de constituer un lieu de rencontre entre tous les jeunes Libanais, d’où qu’ils viennent, afin qu’ils unissent la richesse de leur diversité », souligne Mme Choueifaty. Promotion d’un esprit d’ouverture et de dialogue, telle est la particularité des sagessiens.


Une université traditionnelle  tournée vers l’avenir
Si l’université met en valeur son ouverture d’esprit, elle croit aussi fermement en sa capacité d’offrir aux jeunes générations les meilleures formations du monde de demain. « Les métiers d’avenir, c’est d’abord la robotique », indique Mme Choueifaty. Pour cette raison, l’école a ouvert en septembre 2017 un cursus de robotique. Biomédecine, bioalimentation et mécatronique font aussi partie des cursus d’avenir proposés récemment. Parmi les cursus innovants, elle évoque également celui de l’industrie alimentaire, «un métier d’avenir pour un pays comme le Liban tourné vers l’agriculture ».
L’Université La Sagesse a aussi su s’imposer dans de nombreux domaines. En plus de sa faculté de droit reconnue dans la région, l’établissement propose une formation dans l’hôtellerie en partenariat avec Lausanne, mais aussi un parcours d’ingénierie au sein de Polytechnique qui fait partie du réseau Polytech France. La faculté de gestion est la plus grande du pays. Quant à la faculté de sciences politiques et de relations internationales, elle propose un master de spécialisation dans les organisations non gouvernementales (ONG), le seul au Liban.
L’université possède enfin un domaine ecclésiastique développé avec une spécialisation en droit canonique. Elle espère pouvoir développer prochainement un cursus en diététique.

Ouverture à l’international
« Ouvrir nos étudiants à l’international fait également partie de nos priorités », poursuit Mme Choueifaty. « Notre parcours d’ingénierie en lien avec Polytech donne par exemple la possibilité aux étudiants d’étudier un an en France », explique-t-elle. De la même façon, l’université a signé de nombreux partenariats avec des universités françaises, telles que les universités de Tours pour le master en politiques environnementales, de Lille 2 pour la santé publique ou encore de Bordeaux pour l’informatique, la comptabilité, la finance et la gestion. Des partenariats existent également avec l’Université pontificale du Latran, en Italie, pour le droit canonique.

Comment entrer à l’Université La Sagesse ?
L’admission à l’Université La Sagesse se fait par un concours d’entrée, à condition d’être détenteur du baccalauréat libanais ou son équivalent. Le concours porte en premier lieu sur un test de langue au choix (français ou anglais). Les épreuves dépendent ensuite du cursus demandé : il s’agira par exemple d’un test de mathématiques et de physique pour intégrer le cursus de chimie, ou de culture générale si l’étudiant souhaite intégrer la faculté de droit.
Selon les résultats du test de langue, un centre de langues peut accompagner les élèves et leur fournir une mise à niveau. L’université est flexible à ce niveau car elle permet aux étudiants de choisir des cours en anglais, français et arabe.
Les frais de scolarité varient de 200 à 350 dollars selon les facultés. Une aide financière est proposée sur dossier, notamment selon les résultats du bac.

Une université à vocation multiculturelle

Le recteur de l’Université de La Sagesse, le R.P. Khalil Chalfoun, expose la  spécificité historique et la vocation de l’établissement. «Á l’origine, souligne notamment le R.P. Chalfoun, il y a l`École Supérieure de Droit, fondée en 1875 par l’évêque maronite de Beyrouth, Mgr Debs. L’enseignement y était axé sur le droit musulman ottoman, enseigné en arabe. Á cette époque, aucune autre institution, hormis l’université Al-Azhar du Caire, n’enseignait le droit oriental. Le contexte de la création de La Sagesse était complexe».
Et d’ajouter : «Après la guerre de 1860 (qui a principalement opposé Druzes, soutenus par les protestants anglo-saxons, et Maronites soutenus par la France catholique), Mgr Debs ressentait le besoin de créer une université non pas bi-culturelle, comme l’American University of Beirut (fondée par les protestants américains) ou l’USJ (créée par les Jésuites français), mais multiculturelle. Dès ses débuts, La Sagesse se voulait être un lieu de rassemblement et de dialogue, autour des valeurs arabes et libanaises».
Une grande part de l’enseignement à la Sagesse est en français… Le père Chalfoun souligne à ce sujet : «La France a été un grand soutien des Maronites pendant la guerre de 1860. L’intervention décidée par Napoléon III nous a sauvés. Il ne faut pas oublier que Paris était la capitale politique de la Nahda et de l’Indépendance libanaise, et Gibran Khalil Gibran a étudié la littérature arabe chez nous. Nous promouvons un usage raisonné du français et de ses valeurs, sans pour autant s’y soumettre : c’est un outil, pas un but en soi. Pendant l’Indépendance, l’Archevêché maronite a ainsi soutenu la fin du mandat français. Pour nous, le français est une langue de combat et de liberté, et non pas d’oppression. C’est la langue de notre Constitution. Mais nous enseignons également un grand nombre de cours en arabe et en anglais, et nous sommes prêts à utiliser le Chinois si cela nous permettra de mettre en valeur la culture libanaise».
Dans un tel contexte, en quoi La Sagesse reflète-t-elle son ancrage religieux et local ? «Dès 1850, l’Archevêché gérait une école pour prêtres maronites libanais, et l’école de droit fondée en 1875 enseignait le droit islamique ottoman orienté vers le Liban et enseigné en arabe, relève le père Chalfoun. Alors qu’elle a été fermée en 1913 pour des raisons diverses, sa ré-ouverture en 1962 avait pour but de fédérer les familles libanaises divisées par le crise de 1958 autour du droit libanais. En 2000, à la fin de la guerre civile, Mgr Matar a décidé de refonder La Sagesse. L’École de droit a alors été liée aux formations catéchétiques, destinées à former le personnel des écoles privées maronites, et l’école de droit canonique orientale, au service du clergé maronite dans le Levant. Et les nouvelles facultés que nous connaissons aujourd’hui ont été créées afin de rassembler les libanais autour d’autres sujets que le droit et la religion. Mais il est vrai que notre spécialité reste, d’un côté, le droit religieux coranique ou maronite, et de l’autre côté, le droit constitutionnel libanais. Nous préparons les concours du service public libanais, afin que notre université serve le Liban tout entier et mette en avant ses valeurs».

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