Spécial Orientation professionnelle / Édition 3

Dans le pétrole, des spécialisations plus diverses qu’on ne le croit

27/03/2018

Avec la récente signature des contrats pour l’exploitation de deux blocs en mer en vue du forage de gaz et de pétrole au large des côtes libanaises, l’un des réflexes des futurs étudiants serait de s’orienter vers des métiers directement en relation avec ce secteur, plus prometteurs que les filières saturées. Mais des professionnels bien informés et bien avisés travaillant dans ce domaine (et ayant requis l’anonymat) mettent en garde contre le risque d’une saturation précoce du marché de l’emploi sur ce plan, d’autant que les besoins de ce nouveau marché ne sont pas encore bien connus.  

Toujours selon ces professionnels, les emplois créés à la faveur du lancement du forage ne sont pas tous en rapport direct avec le secteur, loin de là : en fait, il est estimé que pour tout poste directement lié au forage, onze postes sont créés dans des secteurs divers comme l’agriculture, l’industrie, le secteur bancaire… Pour toutes les spécialisations, donc, cette future activité pourrait avoir un effet positif sur le marché.

Pour ce qui est des spécialisations directement liées au forage, les deux principales sont celles de géologue et d’ingénieur réservoir, le premier pour l’étude de la roche et la localisation des ressources, et le second pour optimiser la production d’un puits de pétrole et extraire la plus grande quantité possible de ressources sans incidents… Ces deux spécialisations sont enseignées dans plusieurs universités au Liban.

Toutefois, sur le terrain, on n’a pas seulement besoin d’ingénieurs. Des techniciens très qualifiés sont indispensables pour la bonne marche du travail. À titre d’exemple, des soudeurs seront demandés, mais ils devront avoir suivi des formations supplémentaires pour exercer leur métier dans des situations extrêmes, comme travailler sous l’eau. Avis donc aux écoles techniques qui pourraient développer de telles spécialisations pointues.

Dans tous les cas, il faut rester vigilant : ce secteur comporte de larges parts d’incertitudes. Comme le souligne une source, Chypre a commencé le forage depuis plusieurs années sans pour autant découvrir les ressources nécessaires pour se lancer dans la production. Il n’y aura donc pas d’idée précise sur le nombre d’ingénieurs spécialisés qui sera nécessaire tant que le travail n’a pas été lancé. Ce qui attend le Liban, c’est le forage de quatre à cinq puits dans les cinq à six années à venir. Durant cette période, il n’y aura pas beaucoup de postes à pourvoir. Toutefois, si des ressources sont découvertes, il faudra commencer la construction de l’infrastructure, et à ce stade, la présence de techniciens hautement qualifiés, de diverses spécialisations, sera très appréciée sur les chantiers.


80 % de postes aux Libanais

Est-ce à dire qu’il faut éviter de se spécialiser dans cette filière ? Ce n’est certainement pas le cas, d’autant qu’il y a des avantages au métier de génie réservoir, qui est apprécié à travers le monde. L’ingénieur fraîchement diplômé pourra essayer de postuler pour d’autres pays. Mais le plus pratique pour lui serait d’acquérir d’abord de l’expérience dans son pays, afin de renforcer son CV au cas où il voudrait remplir des demandes d’emploi.

Pour s’orienter vers cette carrière tout en restant prudent, il y a, selon les professionnels interrogés, une solution médiane à ne pas négliger. Afin d’éviter de tomber dans le piège de la sursaturation et du chômage, l’étudiant pourrait envisager de se spécialiser dans une autre filière du génie, comme le génie mécanique par exemple, et puis suivre un master plus spécifique. De cette manière, il serait prêt à des solutions de rechange en cas de demande accrue dans le secteur du pétrole, en étant paré à toutes les éventualités pour trouver un emploi dans d’autres domaines.

Enfin, il convient de rappeler que le contrat de l’État avec des compagnies étrangères pour le forage ne signifie pas que les Libanais seront privés de ces postes : en effet, dans le contrat, il est précisé que 80 % des postes devront être accordés à des Libanais. À moins, bien sûr, qu’il n’y ait des exigences précises comme, par exemple, une expérience de trente ans dans un domaine particulier.

En d’autres termes, se préparer à une si grande activité nécessite un dosage savant : ne pas produire trop de spécialistes dans un seul domaine, mais avoir quand même la main-d’œuvre qualifiée suffisante pour se lancer dans un tel chantier.

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