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Le tour du monde en 75 débatteurs

FRANCOPHONIE

Soixante-quinze jeunes venus de douze pays ont participé, du 11 au 17 mars, à la troisième édition du championnat international de débat francophone organisé par le Service de la vie étudiante de l’USJ, en partenariat avec l’AUF et avec le soutien de l’Institut français du Liban et de l’ambassade de Suisse.

24/03/2018

« C’est l’histoire de princes et de princesses qui, le cœur léger ou l’estomac noué, quittent leur pays, malgré visas et frontières qui ne furent pas toujours tendres avec eux. » C’est ainsi que commence le discours prononcé par Carl Keyrouz, étudiant en deuxième année de médecine à l’USJ et président du Club libanais de débat, lors de la finale du championnat de débat organisée à la Résidence des Pins le 16 mars. Enchaînant avec la métaphore empruntée au livre-culte d’Antoine de Saint-Exupéry, le jeune homme mentionne dans son discours « serpents, baobabs, volcans, épines (qui) n’ont rendu à personne la tâche facile ».

Car avant d’être une compétition, le championnat de débat est surtout une aventure, certes commune, mais qui est vécue différemment par chacun. Ce championnat a rassemblé des dizaines de jeunes en provenance des quatre coins de la planète : France, Belgique, Suisse, Cameroun, Bénin, Mali, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, Tunisie, Vietnam, et naturellement du Liban, et la finale a été remportée par le Français Noé Panvier-Servais qui a convaincu le jury par la justesse de son argumentation, son éloquence et la pertinence des questions qu’il a posées.


(Lire aussi : Hervé Sabourin : La francophonie a tous les potentiels pour répondre aux aspirations des jeunes d’aujourd’hui)


TÉMOIGNAGES



Thao Hoang, 23 ans, étudiante en relations internationales, Vietnam.

« Chez nous, au Vietnam, on ne débat pas, on est d’accord. On ne veut pas mettre les autres en colère, on veut leur faire plaisir. C’est très dur pour moi d’être là et de voir les autres défendre leur point de vue avec ardeur. Mais j’observe, j’admire et j’apprends. Le format adopté durant les compétitions au Vietnam est plutôt basé sur l’éloquence : nous avons dix minutes de parole durant lesquelles personne n’a le droit d’intervenir. Quoi qu’il en soit, les exercices d’éloquence en tout genre me permettent de sortir de moi-même et de dépasser mes limites. Il faut savoir que je suis née dans une famille traditionnelle vietnamienne dans laquelle les enfants n’ont pas le droit de parler. Personne ne les écoute. Quand on grandit, on n’a pas l’habitude de discuter ou de s’exprimer. On a juste des idées en tête qu’on n’ose pas dire. À l’université, j’ai choisi des études dans le domaine diplomatique et j’ai appris qu’il est important de savoir parler et de convaincre les autres. Ce championnat a donc été une excellente opportunité pour que je m’améliore. »


François-Guillaume Eggermont, 22 ans, étudiant en droit, Belgique.

« En venant ici, j’ai surtout découvert deux choses : d’abord le Liban, un pays qui m’émerveille par son climat, son ambiance, ses saveurs et l’esprit accueillant de ses habitants. La seconde grande découverte que j’ai faite est la francophonie, un concept qui m’échappait jusque-là. Je pensais qu’à l’heure de la mondialisation, nous avons la chance de voyager, de rencontrer des jeunes du monde entier, qu’on peut trouver des gens qui parlent français, comme l’anglais, un peu partout. Mais ce que j’ai réalisé durant cette semaine, c’est qu’on a beau venir du Vietnam, du Mali, de la France, de Belgique et du Liban, il y a quelque chose de plus fort que la langue qui nous rassemble, une culture commune : nous formons ainsi une véritable communauté francophone.
Par ailleurs, j’ai tout de suite remarqué qu’il y a plus de ressemblances que de différences entre le format de débat adopté par la Conférence Olivaint de Belgique, dont je suis le président, et le Club libanais de débat de l’USJ. En effet, l’importance accordée au fond du discours est significative pour les deux organisations. Il est vrai que, sans la forme, le message risque de ne pas passer, mais sans le fond, le discours devient carrément dangereux, peut mener au populisme et au déclin de notre société. »


(Lire aussi : L’Unesco célèbre la francophonie en musique)



Eldaa Koama, 24 ans, étudiante en médecine et en génie logiciel, Burkina Faso.

 « J’ai eu la chance de figurer parmi les finalistes de cette troisième édition du championnat, après que ma compatriote, Salimata Traoré, eut remporté la victoire lors de l’édition précédente. Certaines personnes se demandent si les clubs de débat en Afrique sont développés… Un événement comme le championnat international de débat est l’occasion pour nous de parler de ce qu’on fait. Peu de gens savent que nous organisons des compétitions de débat inter-Afrique, par exemple. Timide de nature, les exercices d’art oratoire me permettent de m’exprimer. La confrontation et l’échange d’idées sont d’ailleurs au cœur de ma vie quotidienne. En effet, outre mon travail dans un incubateur de projets dans le domaine du numérique, j’ai créé un regroupement de jeunes, un réseau baptisé YOCO Work (Youth Community Work), visant à instaurer des activités de développement communautaire, ce qui n’est pas dans les habitudes des Burkinabés. Le bon mot m’aide également à m’imposer en tant que femme dans une société patriarcale – j’ai quand même été appelée Monsieur Eldaa dans le cadre d’une compétition où j’étais la seule femme ! Le bon mot oui, mais aussi beaucoup d’actions ! »


Maria Daher, 19 ans, étudiante en sciences politiques, Liban.

« Membre du Club libanais de débat de l’USJ, participer au championnat est un passage obligatoire ! L’expérience était enrichissante : non seulement je suis plus à l’aise en public, mais les débats en eux-mêmes étaient très instructifs. Un des sujets m’a particulièrement touchée : le gouvernement interdirait le mariage civil. Je devais être dans l’opposition (on ne choisit pas sa position dans les débats) : durant l’heure de préparation et de recherche qui nous est accordée avant de commencer, j’ai trouvé d’innombrables arguments en faveur du mariage civil. J’ai réalisé à quel point on en avait besoin au Liban. La seule chose qui me désole est qu’on n’a pas assez de participants libanais, bien que le championnat ait lieu au Liban. Peut-être faut-il les attirer par un prix. Pour les étrangers, le titre de champion de débat suffit, alors que cela ne motive pas nécessairement les jeunes Libanais. Je pense qu’ils ne peuvent pas concevoir l’idée d’un débat structuré, civilisé et cohérent : c’est toute une culture qu’il faudra leur inculquer. Je les encourage donc à participer à de telles manifestations qui nous initient à la vie citoyenne. »


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