Reconstruction en Syrie : quel impact sur le secteur des carrières au Liban ?

Sur cette photo de Wadi Bou Mizan, la taille des tracteurs donne une idée de l’ampleur du site. Photo Live Love Beirut

Le scandale des carrières au Liban
20/03/2018

Les carrières répondent à un besoin de matières premières, un marché interne conséquent, sachant que l’importation de certaines de matières premières, comme le sable ou la pierre, n’est pas autorisée actuellement. D’un autre côté, la dégradation environnementale a elle aussi un coût, non seulement celui de l’impact sur les ressources qui est difficilement quantifiable, mais aussi celui relevant de paramètres collatéraux comme les prix des terrains aux alentours des carrières. Chiffrer, avec précision, l’économie d’un secteur dont la majeure partie est clandestine est quasi impossible. Mais des estimations existent, ainsi qu’une vision d’une politique économique qui permettrait de limiter les dégâts.


Une étude intitulée « Utiliser les instruments fiscaux pour contrôler la prolifération des carrières », publiée en octobre 2016 dans le cadre du soutien de l’Union européenne aux réformes dans le domaine de la gouvernance environnementale, s’appuie sur des données obtenues auprès du ministère de l’Environnement et d’autres sources pour faire le point sur la production du secteur des carrières. « La production actuelle est estimée à environ 15 millions de mètres cubes, dont 11,3 millions de gravier et de rochers et 3,7 millions de sable, selon cette étude. La demande est estimée à partir des industries de la construction et de la construction routière, avec 7,32 millions de mètres cubes pour les bâtiments et 3,74 millions pour les routes. La différence entre l’offre et la demande s’explique probablement par la consommation dans le cadre de constructions sans permis, l’utilisation de matériaux pour l’entretien et la rénovation, et les infrastructures autres que les routes. »


Il existe aussi une autre utilisation des matières premières extraites des carrières, à laquelle fait référence le Mouvement écologique libanais (LEM) dans un post récent sur les réseaux sociaux : le remblaiement de la mer dans le cadre de la gestion des décharges côtières à Costa Brava et Bourj Hammoud, qui nécessite de grandes quantités de sable pour recouvrir les déchets. Le LEM affirme ainsi avoir recensé l’ouverture de nouvelles carrières visibles le long de la nouvelle autoroute du Metn, lesquelles, selon l’enquête menée par le regroupement d’associations, desservent les deux décharges.


Le plus inquiétant, dans l’étude précédemment citée, est la projection faite par les auteurs jusqu’en 2030, qui tient non seulement compte de la demande au Liban, mais aussi de la reconstruction à venir de la Syrie. La demande intérieure serait de 15 millions de mètres cubes, soit 35,6 % de plus qu’aujourd’hui, ce qui « ne semble pas devoir générer une pression significative sur l’exploitation de nouvelles carrières », selon le texte. Mais si la reconstruction de la Syrie entre en jeu, le pronostic est bien différent : « Tenant compte des statistiques des Nations unies sur le nombre et l’emplacement des bâtiments démolis, l’étude estime que jusqu’à 34 millions de mètres cubes de produits de carrière pourraient être excavés pour répondre à la demande syrienne. Même si une petite partie seulement de ces projections se matérialise, cela suffirait à avoir un effet dévastateur sur l’environnement libanais. Des mesures strictes seront donc nécessaires pour éviter un tel impact. »
Le document explore deux instruments fiscaux pour limiter l’effet d’une hausse de production : l’instauration d’une taxe d’accise (qui porte sur une quantité et non sur la valeur) sur le produit vendu au pays, et d’une taxe sur les exportations, qui servirait servirait à financer la réhabilitation des carrières abandonnées. Alors qu’une taxe d’accise n’aurait qu’un effet limité sur le secteur de la construction, selon un modèle construit par les chercheurs, une taxe sur les exportations rationaliserait grandement la réponse à la demande venant de Syrie.




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