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À La Une - Russie

Plébiscité dans les urnes, Poutine confirmé au Kremlin jusqu'en 2024

Une élection dénoncée comme émaillée de fraude par l'opposition.


Un portrait de Poutine brandi lors d'un rassemblement à Moscou. AFP / Mladen ANTONOV

Vladimir Poutine a été triomphalement réélu dimanche pour un quatrième mandat à la tête de la Russie, au terme d'une élection aux allures de plébiscite dénoncée par l'opposition comme émaillée de fraudes.

Avec un score largement au-delà des prévisions, selon les sondages de sortie des urnes, il est conforté comme l'homme fort incontournable du pays, qu'il a replacé ces dernières années au premier rang sur la scène internationale, au prix d'un climat de Guerre froide encore accentué depuis l'empoisonnement d'un ex-espion russe au Royaume-Uni.

Vladimir Poutine devrait rester au Kremlin jusqu'en 2024, année où il fêtera ses 72 ans, 25 ans après avoir été désigné comme dauphin par un Boris Eltsine vieillissant en 1999.

Après la fermeture des derniers bureaux de vote dans l'enclave russe de Kaliningrad en Europe, le premier sondage de sortie des urnes de l'institut officiel VTSiOM a donné au président russe 73,9% des suffrages. Bien plus que les 63,6% obtenus en 2012. Il devance le candidat du Parti communiste Pavel Groudinine, qui ne récolterait que 11,2% des voix, devant l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski (6,7%) et la journaliste proche de l'opposition libérale, Ksénia Sobtchak (2,5%).

Les premiers résultats partiels (30% des bulletins dépouillés) donnaient 73,1% des voix à Vladimir Poutine, contre 14,9% à Pavel Groudinine. Les premiers résultats significatifs devraient être connus dans la nuit, a indiqué la Commission électorale centrale (CEC). Le taux de participation était de presque 60% à 15H00 GMT, trois heures avant la fermeture des bureaux de vote, selon la même Commission.

Le Kremlin avait fait de la participation son principal objectif afin de légitimer cette élection dont l'issue ne faisait aucun doute. Mais l'opposition, et en premier lieu l'adversaire le plus acharné du pouvoir Alexeï Navalny, interdit de participation et qui avait appelé au boycott, ont accusé les autorités d'avoir gonflé le taux de participation grâce à de nombreuses fraudes, en bourrant les urnes ou en organisant le transport massif d'électeurs vers les bureaux de vote.

"Ils ont besoin de participation. Le résultat, c'est que la victoire de Poutine avec plus de 70% (des voix) a été décidée d'avance", a expliqué à la presse l'opposant, qui a prévenu qu'il continuerait à appeler à des manifestations, "seul moyen de mener une lutte politique en Russie".

Après le vote, son coordinateur de campagne, Ivan Jdanov, a estimé que le boycott auquel il avait appelé "a eu du succès. Le taux de participation est plus bas que la dernière fois en dépit de tout ce qu'ils ont fait".

L'ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, a dressé sur son site internet une carte des fraudes faisant état de plus de 2.700 irrégularités, tels que bourrages d'urnes, votes multiples ou entraves au travail des observateurs.

La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a estimé pour sa part que les irrégularités constatées "ont été relativement modestes", ajoutant que la CEC "n'a rien à cacher" et que le scrutin avait été transparent. "Il y a eu moins de problèmes à cette élection qu'à la précédente, c'est un fait. Il y a eu moins d'irrégularités grossières", a de son côté commenté Ksénia Sobtchak.


(Lire aussi : La longévité de Poutine au pouvoir encore loin des records mondiaux)


Provocations

En Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie il y a quatre ans, Vladimir Poutine a obtenu près de 92% des voix tandis que son score dépasse les 93% en Tchétchénie, république russe du Caucase tenue d'une main de fer par Ramzan Kadirov, selon des chiffres préliminaires.

Pour encourager les électeurs à participer au scrutin, les autorités ont mené des campagnes massives d'information et d'incitation, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, en faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller voter.

Des militants de l'opposition ont notamment fait état dimanche d'électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réduction pour des produits alimentaires distribués aux Russes se rendant aux urnes.


Vote bloqué en Ukraine

Si la campagne électorale a été atone, sa dernière semaine a été marquée par un regain de tension entre Moscou et les Occidentaux après l'empoisonnement en Angleterre de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille.

Cette affaire, sur laquelle M. Poutine est resté silencieux, a encore renforcé le climat de quasi Guerre froide qui s'est installé pendant son dernier mandat, sur fond de soutien au régime syrien, de crise ukrainienne et d'accusations d'ingérence russe dans la présidentielle américaine.

Symboliquement, le scrutin se tenait en outre quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la Crimée, décidé à l'issue dune opération militaire et d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

Plus de 1.200 bureaux de vote avaient ouvert en Crimée mais beaucoup de Tatars, une communauté musulmane qui s'est largement opposée à l'annexion, ne comptaient pas se rendre aux urnes.

En représailles à la tenue de la présidentielle en Crimée, Kiev a empêché le vote des Russes résidant en Ukraine. Des dizaines de policiers, ainsi que des militants nationalistes, ont bloqué dimanche l'accès aux consulats russes dans plusieurs grandes villes.


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