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Culture

Quand les sexes d’Armin Abedi se confondent outrageusement...

Exposition

L’artiste iranien présente ses images hyperréalistes, où le sexe est sur la sellette pour une dialectique du genre. Aux confins des chimères et des distorsions de Francis Bacon...

12/03/2018

Sept peintures exclusivement à l’huile, grand format en diptyque ou triptyque, et quatre sketches au fusain signés de l’Iranien Armin Abedi sont accrochés aux cimaises de la galerie Artlab.
Vingt-sept ans et fils de Téhéran, où son pinceau a de la difficulté à émerger. Et pour cause : sa peinture et sa démarche artistique, originales et audacieuses, sont loin d’être compatibles avec les normes et les formatages de masse du pays des mollahs. Armin Abedi est de ces artistes qui défient les normes et les conventions, et dont les interrogations sont sinon irrévérencieuses, du moins dérangeantes dans leur insolence et son insistance…
Peinture léchée jusqu’aux bout des pinceaux où la nudité est à la fois éclatante, clinique et répugnante. Les détails épousent une hallucinante précision anatomique, mais l’image est rendue dans une déformation totale qui désarçonne et secoue le spectateur tel un prunier pris dans un vent. C’est effectivement dur comme un coup de poing au regard, abasourdi et médusé à la fois. Il n’y a pas de place à l’indifférence, parfois une étincelle de curieuse beauté, mais peut-être à un rejet, à une répulsion, tant la complexité du projet déboussole, détonne et inquiète. Et ce n’est pas un hasard si l’exposition s’appelle Totem tabou. Ici, le tabou a le cou tordu par la force agressive des images.
Auriez-vous jamais imaginé le David de Michel-Ange au visage masqué comme pour un carnaval avec un sexe de femme à la fourrure pubienne qui magnétise, comme celle de L’origine du monde de Courbet, mais au corps toujours masculin et sculpté canon ? Un affrontement chimérique de l’esprit et du corps, une scission de l’entendement où les sexes se confondent outrageusement, s’imbriquent maladivement, et ont des aboiements de chien enragé.

Jardin infernal
Mais la théorie freudienne explique que les esprits de nos ancêtres sont les totems gardiens de notre société actuelle. Les artistes de la Renaissance ont érigé ces totems comme de larges statues à la plus parfaite représentation du corps humain. Cette notion de perfection, que nous trouvons toujours actuellement dans les médias de masse, opposée à la réalité de la condition humaine, entraîne à une crise sexuelle pour dessiner et cerner le tracé de la physionomie.
Armin Abedi interprète, à sa façon, complexe et corsée, mais avec un talent de peintre au-dessus de tout soupçon devant cet incarnat, ces viscères, ces protubérances, ces sexes de femme béants comme des coquilles, ces torses d’hommes durs comme des cuirasses, ces têtes aux cervelets en bouillie, la persona la plus intime de l’homme moderne. À travers des bribes et des parts du corps humain, comme sous les couteaux et les machettes d’un étal de boucher… Nudité absolue pour ces membres décomposés, comme des textes de réflexions, sous les influences sociétales qui (trans)percent les zones les plus secrètes et les plus profondes de l’être.
Dans ce jardin infernal, non de délices comme chez Bosch, mais de chimères, de fantasmes et de fantasmagories, on croise le mythe d’Adam et d’Ève. Et c’est Ève, recroquevillée et fesses en l’air, qui est épinglée sur l’arbre comme une pomme ou comme la toison de Jason (tentation, désir refoulé ou trophée ?), tandis qu’Adam cache pudiquement sa nudité… Il y a aussi ce corps d’homme tatoué en une superbe calligraphie persane d’un talisman iranien, ainsi qu’un Mickey Mouse, intrusion de la civilisation étrangère accentuant tous les paradoxes. Ce papier aluminium qui revient comme des draps froissés n’est là que pour un reflet défiguré, car le vrai miroir a perdu son pouvoir de vérité…
Des images chocs pour une peinture qui n’ose pas affronter les regards en Iran. Les tabous, ici, sont malmenés, mais restent vivaces. Les totems restent bien droits, comme un phare au rayonnement évident. Une exposition aux allures de thérapie et de dénonciation qui bouscule sans ménagement.

Galerie Artlab
Gemmayzé, jusqu’au 17 mars 2018.


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