Radwan el-Sayyed et Farès Souhaid durant la conférence de presse.
« C’est Saad Hariri qui a interdit notre congrès, car il ne veut pas d’une opposition multiconfessionnelle. Une grogne chrétienne ne l’aurait pas dérangé, mais une grogne sunnite, à plus forte raison provinciale, le dérange. » Farès Souhaid, secrétaire général du 14 Mars, ne mâche pas ses mots. Mais il assure que le mouvement dont il est le chef de file, aux côtés d’une personnalité sunnite de poids, Radwan el-Sayyed, ancien conseiller de M. Hariri, se tiendra cette semaine. Le congrès devait se tenir samedi après-midi en présence d’un millier de personnes, selon les organisateurs à l’hôtel Monroe, qui appartient à l’armée mais est géré par le privé. Mais les responsables de l’Initiative nationale ont été avertis vendredi par l’établissement que la réservation de la salle était annulée pour « des raisons de sécurité ».
Lors d’une conférence de presse samedi à Beyrouth, MM. Souhaid et Sayyed ont accusé Baabda et le Grand Sérail d’être derrière cette initiative. « Nous rendons le pouvoir, le président de la République et le Premier ministre responsables de l’interdiction de la réunion », avait déclaré M. Souhaid.
« La réunion a été annulée à la demande des services de renseignements de l’armée », a pour sa part dit M. Sayyed au cours de la conférence de presse. « C’est la première fois que les services de renseignements de l’armée interviennent directement dans une affaire purement politique », a-t-il ajouté, estimant qu’il est « désormais clair que le pouvoir veut réprimer toutes les libertés ».
Réagissant à ces accusations, le bureau de presse de la présidence avait catégoriquement démenti « ces » allégations sans fondement « samedi ». « Nous appelons les médias à ne pas croire ces allégations qui visent à tromper l’opinion publique (…) et s’inscrivent dans le cadre de mensonges programmés de certains qui visent à les utiliser dans leur campagne électorale », a affirmé le communiqué. M. Souhaid a « remercié » sur Twitter le président de la République, estimant que sa réponse était « une preuve de droiture et de courage ».
Le bureau de presse du Premier ministre a également réagi, assurant que « la présidence du Conseil n’est pas intervenue dans cette affaire, ni de près ni de loin, et n’est pas concernée par les allégations faites en ce sens à des fins électorales claires ».
Quelques heures plus tard, le commandement de l’armée publiait un communiqué dans lequel il précisait que l’hôtel Monroe appartient à la troupe, même s’il est géré par le privé. « Le commandement de l’armée tient à souligner que cet hôtel est destiné à abriter des activités à caractère culturel, social et scientifique, et non des activités à caractère politique et électoral », a-t-il ajouté.
(Lire aussi : Une opposition plurielle au Hezbollah « interdite » de réunion à Beyrouth)
Contre la présidence, le gouvernement et le Hezbollah
Les responsables de l’Initiative nationale soulignent cependant qu’ils ont déjà tenu deux réunions préparatoires pour son congrès au cours des derniers mois sans entraves dans ce même hôtel. Et M. Souhaid a accusé dans une déclaration à L’OLJ le chef du gouvernement « d’avoir demandé à l’armée d’interdire le congrès ».
Les deux chefs de file du mouvement de l’Initiative nationale reprochent à Saad Hariri d’avoir dévié des principes du 14 Mars en ayant accepté le compromis qui a permis à Michel Aoun d’accéder à la présidence de la République.
Le mouvement tente de gagner des partisans dans les différentes régions libanaises, notamment au sein de la communauté sunnite, M. Sayyed – proche de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora – disposant d’appuis dans différentes régions du Nord ou de la Békaa, vivier naturel du courant du Futur. L’initiative nationale est à la fois « opposée à la présidence de la République, au gouvernement et au Hezbollah », explique M. Souhaid. Le mouvement est considéré comme proche de l’Arabie saoudite et reproche à Saad Hariri d’avoir, par le compromis qui a permis l’élection de M. Aoun à la tête de l’État, choisi de placer le Liban dans « l’axe iranien ».
Lors de sa conférence de presse, M. Souhaid, qui a présenté sa candidature dans la circonscription de Jbeil-Kesrouan, s’est demandé comment le pouvoir « pourra organiser des élections sur l’ensemble du territoire libanais s’il est incapable d’assurer la sécurité d’un congrès politique pacifique », exprimant la crainte d’une annulation des législatives du 6 mai. « Nous sommes à la veille de réunions importantes de donateurs pour le Liban, qui réclament des réformes, le gouvernement n’a-t-il pas pensé à l’image qu’il va donner au monde en réprimant les libertés ? », s’est-il demandé.
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Les araignées syro-iraniennes continuent de tisser leurs toiles sur les institutions du Liban. Après l’Etat, le gouvernement, les médias , maintenant ce sont les lieux de conférence. Le Hezbollah continue ses intimidations contre tout ce qui va à l´encontre de son projet de faire du Liban un espace de guerres où Bachar et Khamenei sont les meneurs du jeu.
16 h 55, le 26 février 2018