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Washington et Ankara, alliés au sein de l'OTAN, opposés en Syrie

Analyse

"Nos relations sont parvenues à un stade critique, a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères. Soit nous renforçons nos liens, soit ils se détérioreront complètement."

OLJ/Reuters
13/02/2018

Amères depuis le coup d'État manqué de juillet 2016 en Turquie, les relations entre les États-Unis et la Turquie ne cessent de se détériorer. Et la récente intervention militaire turque dans la nord de la Syrie a fait apparaître une nouvelle fracture entre les deux pays, pourtant alliés au sein de l'OTAN.

Ankara reproche notamment à Washington de soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS) visées par l'offensive conduite depuis le 19 janvier dans l'enclave kurde d'Afrine. Majoritairement constituées des milices kurdes YPG (Unités de protection du peuple), les FDS sont perçues à Washington comme des forces fiables dans le cadre de la lutte contre le groupe État islamique (EI). A l'inverse, la Turquie les considère comme le prolongement du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et une organisation terroriste.

La discorde issue de l'intervention turque est venue s'ajouter à des tensions plus anciennes. Cela va des préoccupations exprimées par Washington face à la répression menée en Turquie depuis le coup d'État manqué de 2016, à l'arrestation de membres du personnel consulaire et de citoyens américains ou encore au procès aux États-Unis de cadres d'une banque turque accusée d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran.


(Lire aussi : Syrie : qui réussira à imposer ses lignes rouges ? )


"Conversation difficile"
C'est dans ce contexte que le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, se rend cette semaine en Turquie. Le secrétariat d'État a prévenu qu'il s'attendait à une "conversation difficile".

Parmi les sujets qu'il devrait aborder avec les autorités turques, figure le sort de la ville de Manbij que contrôlent les YPG et où des soldats américains ont été déployés. Ankara menace depuis plusieurs semaines de chasser les combattants kurdes et a recommandé aux forces américaines de ne pas s'y opposer. "Ne vous interposez pas entre les organisations terroristes et nous car nous ne pourrons être tenus pour responsables des conséquences", a prévenu le président Recep Tayyip Erdogan peu avant le lancement de l'opération "Rameau d'olivier". Il avait déjà annoncé que l'armée turque viserait "dès que possible" la ville de Manbij, située à une centaine de kilomètres d'Afrine. Les États-Unis ont prévenu qu'ils n'avaient pas l'intention de retirer leurs forces de Manbij. Deux officiers américains s'y sont rendus la semaine dernière pour appuyer ce message.


(Lire aussi : La guerre de Manbij aura-t-elle lieu ?)      


Rapprochement avec Téhéran et Moscou
Washington a en outre souligné auprès d'Ankara que son offensive dans la poche d'Afrine risquait d'exacerber la crise humanitaire que traverse la Syrie et de déstabiliser une des rares zones du pays restée relativement préservée des sept années de guerre civile

"Nous discuterons de ces questions au cours de la visite de Tillerson, nos relations sont parvenues à un stade critique, a déclaré lundi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Soit nous renforçons nos liens, soit ils se détérioreront complètement."

A mesure que se creuse le fossé entre Washington et Ankara, la Turquie s'efforce de se rapprocher de la Russie et de l'Iran, deux alliés du régime de Damas que le président turc souhaite pourtant voir chuter. Les trois pays ont conclu un plan, dont les effets tardent à se faire sentir, visant à mettre un terme aux combats opposant l'armée gouvernementale syrienne, soutenue par l'armée de l'air russe et par des milices iraniennes, aux jihadistes et aux rebelles soutenus par la Turquie.

Ankara dit avoir obtenu le feu vert de la Russie avant de lancer son offensive dans le nord de la Syrie et reproche aux États-Unis de ne pas avoir honoré plusieurs promesses : celle de cesser de fournir des armes aux YPG, celle de reprendre ces armes et celle de convaincre les kurdes de quitter Manbij.


(Lire aussi : Que peut-on attendre de la tournée de Tillerson au M-O ? )


Les Turcs majoritairement hostiles à Washington
Gülnur Aybet, principale conseillère de Recep Tayyip Erdogan en matière de politique étrangère, a dénoncé la visite organisée la semaine dernière à Manbij par les deux commandants américains
"A un moment où les États-Unis et la Turquie cherchent un terrain d'entente, il n'est pas très avisé pour des généraux américains d'entreprendre cette démarche désinvolte et provocatrice à Manbij au côté de YPG", a-t-elle dit à Reuters avant de déplorer une absence de cohérence entre les prises de position de la Maison Blanche et les actions de l'armée.

A un an des élections présidentielle et législatives, la posture ouvertement hostile aux États-Unis affichée par Recep Tayyip Erdogan est plutôt bien accueillie dans un pays où la méfiance envers les États-Unis est de mise. Selon un sondage publié lundi par le Center for American Progress, 83% de la population turque a une opinion négative des États-Unis et 46% des Turcs pensent que leur gouvernement doit amplifier la confrontation avec Washington.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA TURQUIE SUIT UNE POLITIQUE GENOCIDAIRE BASEE SUR LA REPRESSION DES KURDES CE QUI L,ELOIGNE DE L,U.E. ET DE L,OTAN POUR SES ACTES RACISTES ET CRIMINELS CONTRAIRES AUX DROITS DE L,HOMME...

LA TABLE RONDE

La Turquie avait été admise à l'OTAN pour contrer la Russie justement, à quoi ça servirait qu'ils continuent à en faire partie puisque les americains leurs font la guerre et les russes les emploient.

ENFIN UN ARTICLE QUI SOULIGNENT L'ALLIANCE DE CES 2 FORCES ARMÉES AU SEIN DE L'OTAN, JE NE COMPRENAIS PAS QU'ON EN PARLAIT PAS AVANT ÇA.

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