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Moyen Orient et Monde

Coup double de Washington à l’est de l’Euphrate

Syrie

Les forces américaines ont tué hier au moins cent combattants pro-Damas suite à une attaque contre les FDS, marquant leur soutien aux Kurdes et leur mécontentement après les bombardements sur la Ghouta.

Julie KEBBI | OLJ
09/02/2018

Le conflit syrien est-il en train de prendre une nouvelle tournure ? La question est dans tous les esprits alors que la coalition internationale antijihadistes menée par les États-Unis a déclaré hier avoir tué au moins cent combattants prorégime dans l’Est syrien. L’opération, qui a eu lieu dans la nuit de mercredi à hier, est une réponse à l’attaque d’obus menée par les alliés de Damas contre les Kurdes dans la région de Kasham, à 500 mètres du quartier général des forces américaines et des Forces démocratiques syriennes. Ces dernières, majoritairement composées de combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), sont un allié de taille pour Washington. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, « les FDS ont répliqué à l’artillerie et aux missiles contre des positions du régime dans la ville de Kasham avant l’intervention des forces de la coalition ».

Le Commandement central des États-Unis (Centcom) a justifié l’attaque dans un communiqué publié mercredi, accusant les forces syriennes d’avoir « lancé une attaque non provoquée » contre les FDS, à huit kilomètres à l’est de la ligne de déconfliction tracée le long de l’Euphrate. Les forces prorégime sont censées se trouver à l’ouest de la rivière tandis que les combattants américains et les FDS doivent être à l’est. « En défense de la coalition et des forces partenaires, la coalition a mené des attaques contre les forces offensives afin de repousser l’agression contre les partenaires engagés dans la coalition internationale ayant la défaite de Daech pour mission (…) et affirme son droit non négociable d’agir en état de légitime défense », poursuit le texte. Les combattants prorégime feraient partie de forces tribales et d’une milice afghane loyale au régime, selon l’OSDH.

Le chef de la diplomatie syrienne a envoyé pour sa part une lettre aux Nations unies dénonçant « un crime de guerre et un crime contre l’humanité, qui confirme les intentions ignobles des Américains à l’égard de la Syrie et de sa souveraineté ». Il y demande la dissolution de la coalition « illégale », rapporte l’agence de presse officielle syrienne SANA. Cette dernière a par ailleurs publié une dépêche qualifiant l’acte américain d’« agression » et faisant état de dix attaques et de graves dommages matériels. L’opération « a visé des forces populaires qui combattaient des terroristes de Daech et des groupes du Qassad dans la province de Deir ez-Zor dans une tentative de soutenir le terrorisme », peut-on y lire.

Le ministère russe de la Défense a également déclaré que « l’agression des forces de la coalition a prouvé une fois de plus que l’objectif réel de la présence illégale des forces américaines en Syrie n’est pas vraiment de lutter contre Daech mais plutôt de prendre des actifs économiques appartenant à la République arabe syrienne ». De nombreuses installations gazières sont situées à l’est de l’Euphrate dont l’une des plus importantes se trouve dans la région de Kasham. Selon l’OSDH, l’opération des amis de Damas visait donc à récupérer une installation gazière et un champ pétrolier, sans succès. Le ministère russe a également affirmé que les combattants prorégime menaient une opération de reconnaissance, à propos de laquelle il n’avait pas été averti. Un responsable américain a notamment confié à Reuters sous le couvert de l’anonymat que les Russes et les Américains étaient en contact « avant, pendant et après » l’attaque des combattants prorégime.


(Lire aussi : La guerre de Manbij aura-t-elle lieu ?)



Ligne rouge ?
L’objectif de Damas semble être de tester Washington en tentant d’étendre son emprise sur le terrain vers l’est du pays. La réponse américaine contre les forces prorégime envoie ainsi un message clair au régime de Bachar el-Assad et ses alliés, quant à sa volonté de rester aux côtés des Kurdes. Washington paraît vouloir renforcer son assise en traçant une ligne rouge au régime syrien sur la question des attaques contre ses alliés. Elle s’inscrit aussi dans la lignée de l’annonce de la stratégie américaine en Syrie par le secrétaire d’État Rex Tillerson le 17 janvier, selon laquelle les États-Unis comptent garder une présence pour une durée indéterminée en Syrie, afin d’assurer le départ de M. Assad et de constituer un rempart à l’expansion iranienne dans la région.

Washington paraît affirmer également son intention de rester présent dans le nord-est syrien alors que la bataille turque contre les Kurdes à Afrine, à l’ouest de l’Euphrate, persiste depuis son lancement le 20 janvier suite au feu vert de Moscou. Ankara a déjà fait savoir à maintes reprises que l’étape suivante de l’opération baptisée « Rameau d’olivier » est de s’étendre à l’ouest de l’Euphrate vers la ville de Manbij contrôlée par les Kurdes, avec l’appui américain. Un point d’autant plus important que le régime turc coopère étroitement avec le Kremlin. Suite à une conversation téléphonique hier entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue Vladimir Poutine, Ankara doit organiser le deuxième sommet de négociations de paix qu’il parraine avec Moscou et Téhéran à Istanbul, succédant ainsi à celui de Sotchi de fin janvier. Aucune date n’a été fixée pour le moment, mais « il a été question d’une rencontre entre les trois présidents », a précisé le porte-parole du Kremlin à l’agence RIA-Novosti. Les deux dirigeants sont également convenus « d’accélérer » l’installation de nouveaux postes d’observation dans le Nord-Ouest syrien.


(Lire aussi : Déluge de feu sur la Ghouta orientale : plus de 220 morts en quatre jours)


L’opération américaine s’inscrit, en outre, dans la suite des bombardements incessants du régime syrien dans la Ghouta orientale, l’une des dernières régions rebelles. Des bombardements qui ont fait plus de 210 tués et des centaines de blessés depuis lundi, selon l’OSDH. Damas est soupçonné d’y avoir lancé des attaques chimiques en recourant au chlore, notamment dans les villes de Saraqeb, dans la province d’Idleb, et de Douma, dans la Ghouta orientale. Les États-Unis « alarmés » par ces attaques ont accusé le régime syrien, qui nie en bloc.
Les États-Unis et la Russie se sont affrontés lundi lors de la réunion du Conseil de sécurité sur la question de l’utilisation des armes chimiques. Washington a reproché à Moscou de ne pas respecter l’accord sur le plan d’élimination des armes chimiques qu’ils ont passé en 2013 alors que ce dernier a refusé de faire adopter le texte condamnant les attaques chimiques de Damas. Hier encore, le département américain a demandé l’arrêt « immédiat » des attaques aériennes et chimiques. « Les États-Unis soutiennent l’appel des Nations unies en faveur d’un cessez-le-feu d’un mois pour permettre l’acheminement d’aide humanitaire et l’évacuation sanitaire d’urgence de plus de 700 civils de la Ghouta orientale », a déclaré dans un communiqué le porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert. Moscou a répliqué hier soir en estimant que la demande de cessez-le-feu était « irréaliste ».


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AIGLEPERçANT

On "défend" les kurdes d'un côté de la syrie et on permet de tuer ces memes kurdes de lautre côté.

Telle est la politique , malheureusement acceptée par certains, de l'hypocrisie américaine.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RUSSES ET TURCS JOUENT AVEC LE FEU EN CROYANT QU,ILS PEUVENT A EUX SEULS DECIDER DE LA DONNE EN SYRIE ! DES ESCALADES SONT A VENIR...

George Khoury

treize a la douzaine...je pense que c'est encore beaucoup plus que 100 qui ont ete abattu mais ils ne veulent pas les humilier et les forcer a une reaction "d'honneur"...

Saliba Nouhad

Allez, on continue de s’insulter comme des enfants gâtés, et, entre-temps, les pauvres syriens, surtout femmes, enfants et vieillards demeurent de la chair à canon bon marché qui n’émeuvent plus personne!
Pauvre humanité: plus ça change plus c’est la même farce...
Il s’agit de se trouver du bon côté de la barrière!

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