Même si les campagnes médiatiques régionales ont baissé d’intensité depuis les protestations populaires en Iran, le conflit ouvert entre Téhéran et Riyad continue de peser sur la scène régionale. Aussi bien les Iraniens que les Saoudiens ne laissent passer aucune occasion sans se lancer des accusations réciproques de vouloir allumer le feu dans la région et étendre leur influence sur d’autres pays. Le représentant permanent du royaume saoudien à l’ONU Abdallah el-Mouallami a ainsi sommé le Conseil de sécurité de prendre une position ferme à l’égard de l’Iran et de ses instruments, dont le Hezbollah. Selon lui, il est temps de dévoiler et de condamner les actions terroristes de cette organisation au Liban et en Syrie, ainsi que dans d’autres pays. Il a aussi affirmé que l’Iran est le principal soutien du Hezbollah qui continue de prendre le Liban en otage... Les dirigeants iraniens ne ménagent pas non plus les autorités saoudiennes les accusant d’affamer et de massacrer les Yéménites, tout en encourageant les attaques terroristes un peu partout dans la région.
Les propos peu diplomatiques du représentant saoudien à l’ONU contre l’Iran, dans lesquels il a clairement nommé le Hezbollah, montrent que le Liban est plus que jamais tiraillé entre les deux puissances régionales, qui ont chacune son poids, son influence et ses alliés dans ce pays. Si, selon la presse étrangère, et en particulier américaine et britannique, l’Arabie saoudite a perdu une manche avec la crise dite de la démission depuis Riyad du Premier ministre Saad Hariri, elle n’a pas pour autant dit son dernier mot au Liban.
Selon des sources proches du 14 Mars, elle serait même plus décidée que jamais à chercher à renverser la situation en sa faveur en redynamisant son réseau d’alliances au Liban. Le nouvel ambassadeur de Riyad à Beyrouth, Walid el-Yaacoub, serait chargé spécifiquement de cette mission.
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Le bras de fer qui se poursuit entre Riyad et Téhéran aura donc forcément un impact sur la scène intérieure libanaise déjà perturbée par les prochaines élections législatives prévues le 6 mai. L’enjeu est désormais connu : il s’agit pour chaque puissance de permettre à ses alliés locaux de remporter la majorité parlementaire ou en tout cas d’empêcher l’autre de le faire. C’est dans ce contexte que, dans chaque camp libanais, les tractations et les études vont bon train pour trouver le meilleur moyen d’optimiser les potentialités dans le cadre des élections, en nouant les alliances les plus utiles et en empêchant celles qui pourraient être utiles au camp adverse. Dans ce contexte, il apparaît clairement que l’un des objectifs du Hezbollah, dans le cadre des prochaines législatives, est de remporter, avec son allié Amal, les 27 sièges chiites du Parlement. Il lui faudra ensuite remporter encore 16 sièges, avec des alliés appartenant à d’autres communautés (sunnites et chrétiens, en particulier) pour obtenir le tiers des sièges parlementaires. De la sorte, il se donne la garantie de rendre impossible un éventuel amendement constitutionnel ou toute autre initiative exigeant pour être adoptée les deux tiers des voix du Parlement. Le Hezbollah espère remporter les 43 sièges sans compter ceux du CPL et du bloc du Changement et de la Réforme. Si ce dernier obtient 22 sièges, l’alliance chiite-CPL aura ainsi la majorité des sièges parlementaires.
Dans le camp adverse, c’est justement ce que les alliés de l’Arabie saoudite souhaitent éviter, par tous les moyens.
Dans ces élections qui s’annoncent donc serrées, et entourées d’un certain flou dû au fait qu’elles se déroulent selon une nouvelle loi électorale, tous les coups semblent permis. Sauf un : mettre en danger la stabilité et la sécurité internes. Le président allemand Frank Walter Steinmeier, qui a entamé une visite officielle au Liban, compte délivrer un message clair aux Libanais au nom de l’Union européenne, concernant son attachement à la stabilité de ce pays. Selon un diplomate européen, l’UE est particulièrement concernée par la stabilité du Liban et par la relance des institutions. Sa position se distingue d’ailleurs de celle des États-Unis, qui placent parmi leurs priorités la volonté de lutter contre le Hezbollah et de l’empêcher de recevoir des fonds, qu’ils proviennent de l’Iran ou de certains trafics de drogue dans le monde. Le secrétaire général du Hezbollah a démenti dans son dernier discours l’implication de son parti dans tout trafic de drogue, mais les États-Unis ne sont pas convaincus et comptent traquer toutes les sources de financement de cette formation, dans le cadre de ce qu’ils considèrent comme leur lutte contre le terrorisme et ses financements occultes.
C’est dire que, jusqu’à l’échéance électorale, le Liban connaîtra une période troublée. Toutefois, ce qui n’était pas prévu, c’est le soudain embrasement populaire et politique entre le ministre des Affaires étrangères et chef du CPL et le président de la Chambre. Même si les deux parties peuvent estimer que ce développement peut servir leurs popularités respectives dans les rues chrétienne et chiite, il n’en reste pas moins déplorable pour le Liban tout entier dans la mesure où il tombe au mauvais moment pour le régime et surtout pour le Hezbollah.
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Cette phrase sybilline de Scarlett qui dit que chacun des rivaux renforce son autorite sur la rue chiite et chretienne est d'une intelligence sans égal. En fait c'est Bassil qui En profitera le plus étant donné qu'il a tenu tête au plus " batalgie" des chiites . Il va de ce fait siphonner les voix maronites qui iraient vers geagix .
10 h 45, le 30 janvier 2018