Liban

Liban-Arabie : derrière la normalisation de façade, l’enjeu électoral

Décryptage
12/01/2018

L'accréditation du nouvel ambassadeur saoudien au Liban, Walid al-Yaacoub, la semaine dernière, a été perçue par les milieux politiques comme le début de la normalisation des relations libano-saoudiennes. Ces relations avaient en effet subi une secousse lors de la crise dite de la démission du Premier ministre Saad Hariri à partir de Riyad. D'autant que des responsables saoudiens avaient déclaré publiquement que le Premier ministre libanais pourrait difficilement continuer à assumer ses fonctions à la tête d'un gouvernement soumis pratiquement à l'influence du Hezbollah. Sans parler des critiques violentes adressées par la presse saoudienne aux dirigeants libanais, le président de la République en tête. De son côté, le Liban officiel n'a pas voulu se laisser entraîner dans une confrontation politique et médiatique, se contentant d'affirmer qu'il tient à conserver ses bonnes relations avec le royaume wahhabite.

La page de « la crise de la démission » ayant été tournée, les deux pays ont décidé de commencer par « normaliser » les relations diplomatiques en complétant le processus d'échange des ambassadeurs, suspendu pendant plusieurs mois par l'Arabie. Ce qui avait poussé le Liban à agir de même. Cette question est désormais réglée et le nouvel ambassadeur saoudien à Beyrouth a entamé ses rencontres politiques protocolaires, sans s'écarter du schéma habituel. Après le palais Bustros, il s'est rendu au palais de Baabda, puis à Aïn el-Tiné et au Sérail, avant d'effectuer des visites à la plupart des leaders du pays, religieux et politiques, dont les principales figures du 14 Mars.

 

(Lire aussi : Farès Souhaid : Le Hezbollah risque de rafler les prochaines législatives)

 

Mais derrière cette activité « normale », les observateurs politiques relèvent des indices significatifs. C'est ainsi que l'ambassadeur saoudien a eu une rencontre très rapide avec le Premier ministre Saad Hariri qui a donné l'impression aux journalistes présents qu'il s'agissait réellement d'une visite uniquement protocolaire. D'ailleurs, il s'est abstenu de faire la moindre déclaration, ne s'exprimant qu'à partir de Meerab, après sa rencontre avec le chef des Forces libanaises, et chez l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, après son entretien avec lui. Selon les observateurs politiques, il ne s'agit nullement d'une coïncidence, mais de messages adressés à la classe politique libanaise. Selon cette lecture, l'ambassadeur saoudien aurait voulu confirmer par cette attitude le fait que le chef des Forces libanaises est actuellement une des personnalités politiques libanaises les plus proches du royaume wahhabite et un pilier de sa politique au Liban.

En même temps, la visite à l'ancien Premier ministre Nagib Mikati et les propos tenus par l'ambassadeur à l'issue de cet entretien montrent aussi que ce dernier a désormais l'appui des dirigeants du royaume après avoir subi une période de disgrâce lorsqu'il avait accepté en 2011 de former le gouvernement après la chute du cabinet présidé par Saad Hariri. M. Mikati, qui avait été alors la cible d'une campagne de dénigrement sans précédent de la part du courant du Futur, ne cache pas aujourd'hui sa satisfaction devant le retournement de situation et, selon ses proches, il ne compte pas faire de cadeaux à son rival pendant la période à venir.

 

(Lire aussi : L’ambassadeur saoudien tente de rétablir l’unité entre les forces souverainistes)

 

Des milieux diplomatiques libanais affirment ainsi que même si la classe politique est actuellement concentrée sur les prochaines législatives, ceux qui croient qu'il s'agira d'une échéance purement interne se trompent lourdement. Non seulement la communauté internationale suivra de près le déroulement et les résultats des législatives prévues le 6 mai, mais de plus, l'Arabie compte peser pour empêcher une victoire du Hezbollah et de ses alliés dans le cadre de ces élections.

Les mêmes milieux diplomatiques ajoutent que dans le cadre de ses entretiens protocolaires avec les personnalités politiques libanaises, l'ambassadeur Walid al-Yaacoub serait en train de donner des conseils et d'encourager des alliances pour mettre en difficulté les listes appuyées par le Hezbollah et celles du CPL. Selon ces mêmes milieux, les dirigeants saoudiens souhaiteraient remettre en selle la fameuse alliance du 14 Mars pour faire face au camp adverse, considéré comme étant sous la coupe du Hezbollah. Mais ils savent que dans le contexte actuel, c'est assez difficile. Ils cherchent donc à pousser vers des alliances dans toutes les circonscriptions qui pourraient mettre en échec les listes appuyées par le Hezbollah.

 

(Lire aussi : Geagea loue « l’entente historique » entre le Liban et l’Arabie saoudite)

 

C'est dans ce contexte que les milieux diplomatiques placent les propos du Premier ministre Saad Hariri sur l'impossibilité d'une alliance électorale élargie entre le courant du Futur, le CPL, le Hezbollah et le PSP de Walid Joumblatt. En même temps, les dirigeants saoudiens ne cachent pas leur souci de régler le différend entre les Forces libanaises et le courant du Futur, pour permettre une alliance électorale entre ces deux formations dans certaines circonscriptions, où le second reste le parti le plus fort sur le plan populaire. C'est le cas notamment à Zahlé et dans la circonscription du Nord (Koura-Zghorta-Batroun-Bécharré). Même chose pour le chef du PSP dans la circonscription du Chouf, où il faut maintenir le siège des Forces libanaises occupé actuellement par Georges Adwan.

En même temps, les dirigeants saoudiens souhaiteraient élargir l'éventail de leurs relations au sein de la communauté sunnite pour rétablir leur influence écornée par la crise dite de « la démission de Riyad ». Selon les milieux diplomatiques précités, l'enjeu est important, les dirigeants saoudiens ne voulant pas laisser la scène libanaise ouverte à ceux qu'ils considèrent comme « les instruments de l'Iran ». Derrière la normalisation de façade, la lutte sourde entre l'Iran et l'Arabie saoudite se poursuit donc au Liban.

 

 

Lire aussi

Relations libano-saoudiennes : en voie de normalisation..., le décryptage de Scarlett HADDAD

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Wlek Sanferlou

Quand on est embourbé dans du sable mouvant meurtrier on s'accroche à la moindre tige qui pourrait nous en sortir.l'Arabie nous tend la tige qu'elle possède et c'est au Liban d'en profiter sinon on s'engouffre encore plus dans la logique de la guerre à tout azimut, de la pauvreté par manque de touristes qu'on effraie de pays arabes qu'on insulte et de jeunes éduqués qu'on envoie vers d'autres horizons pour ne jamais retourner. Ainsi on aura satisfait le hezb, la Syrie , l'Iran mais surtout Israël qui sera alors le seul pays démocratique développer et éduquer de la région...
Yallah, kellou meché...

ACE-AN-NAS

Un régal d'article , du pur Scarlett , pour ceux qui arrivent à comprendre le fond de sa pensée .

Sur le fond , on dira c'est peine perdue pour les bensaouds , discrédités de plus en plus au Liban , si leur refuge en la personne de geagix est leur nouvelle stratégie , ils ne sont pas au bout de leur peine , pour dire mieux , s'ils pensent faire de l'ombre au hezb résistant libanais , ils perdront du temps ou plutôt, surtout de l'argent , beaucoup d'argent , mais ça on s'en fait pas pour eux ils en ont l'habitude étant donné qu'ils n'ont que ça à offrir , l'intelligence étant la matière 1ère qu'ils possèdent le moins .

Khlat Zaki

Bel exemple de distanciation que nous expose Mme Haddad!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

J,OSERAI DIRE QUE LA PLUME DE MADAME SCARLETT HADDAD A ROMPU DEFINITIVEMENT AVEC LE PASSE ET QUE SES ARTICLES SONT DORENAVANT DES ANALYSES D,ECLAIRAGE... LOIN DES SOURCES POLLUEES... ET QUE LE CHOIX DE LA DISTINCTION EST LAISSE AU LECTEUR !

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