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Moyen Orient et Monde

Mike Pence, les sionistes chrétiens et les contradictions de la politique étrangère US

Commentaire

Est-il possible qu’un État de droit comme les États-Unis accepte qu’un territoire qu’il considère officiellement comme occupé soit désigné comme la capitale de l’occupant ?

Fady NOUN | OLJ
26/01/2018

« Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite se dessèche, que ma langue s’attache à mon palais, si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie », chante le psaume 138. Il faut garder les paroles de cette hymne à l’esprit pour mesurer le retentissement dans la conscience juive de la décision des États-Unis de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, ainsi reconnue officiellement comme capitale d’Israël.

La décision du président Donald Trump ne vient pas de nulle part, même si elle a créé la surprise. Deux déclarations officielles solennelles sur Jérusalem précèdent cette reconnaissance. La première est une loi adoptée le 30 juillet 1980 par la Knesset (le Parlement israélien), qui annexe Jérusalem-Est et proclame Jérusalem « une et indivisible » comme la capitale de l’État d’Israël ; la seconde est une loi adoptée par le Congrès US en 1995 déclarant officiellement Jérusalem comme capitale « indivisible » d’Israël et appelant au déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.


(Lire aussi : Soutien américain à Israël : le fossé s’élargit entre républicains et démocrates)


La tournée moyen-orientale que vient d’effectuer le vice-président américain, Mike Pence, en Égypte, en Jordanie et en Israël s’inscrit donc dans une logique. Si elle révèle un peu plus le désarroi des dirigeants palestiniens devant la décision américaine et le recul du processus de paix, elle révèle aussi une grave contradiction dans la politique de l’administration américaine.
En effet, la décision du 6 décembre 2017 du président américain a été largement interprétée comme une concession à l’électorat évangéliste américain. Mais la question que tout le monde se pose désormais est la suivante : cette décision de transfert contient-elle, implicitement, une décision de reconnaître l’annexion de Jérusalem-Est, conquise avec la Cisjordanie, le Golan et le Sinaï, au cours de la guerre-éclair de 1967, par Israël ? Car enfin, est-il possible qu’un État de droit comme les États-Unis se laisse aller à pareille contradiction et accepte qu’un territoire qu’il considère officiellement comme occupé soit désigné comme la capitale de l’occupant ? Ce faisant, en effet, ce n’est pas seulement contre le monde entier ou contre les résolutions internationales que les États-Unis vont, mais aussi et surtout contre eux-mêmes !

Si, implicitement, en décidant le transfert de l’ambassade, ils reconnaissent la décision israélienne d’annexion de Jérusalem-Est, les États-Unis auraient rompu avec « le » dogme fondamental de leur diplomatie pour ce qui a trait au conflit israélo-palestinien qui s’énonçait ainsi : « En cas de conflit, les États-Unis ne se permettent aucune décision pouvant anticiper sur un accord entre les deux parties impliquées dans le conflit. »


(Lire aussi : Pourquoi la question de Jérusalem est-elle cruciale pour les évangélistes américains ?)


Qu’est-ce donc qui a poussé le président américain à rompre avec cette tradition de façon aussi brusque et à créer une telle zone d’ombre, sachant que les États-Unis, ainsi d’ailleurs que toute la communauté internationale, considèrent toujours les territoires conquis par Israël en 1967 comme des « territoires occupés » ?
La réponse à cette question réside dans les motivations religieuses de l’électorat évangélique du président Trump, dont le vice-président Mike Pense partage les convictions, au point, dit-on, d’avoir exercé une influence prépondérante sur la décision initiale du président.
Effectivement, selon l’ancien ministre libanais de la Culture Tarek Mitri, qui a également été responsable au bureau des relations œcuméniques du Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève, « le vice-président américain, né catholique, est un converti au protestantisme évangélique et appartient à cette mouvance du Parti républicain qui se dit engagée dans une croisade pour la préservation de l’identité et des valeurs chrétiennes de l’Amérique ». « Très influente au sein du Parti républicain, cette droite chrétienne soutient généralement Israël, poursuit M. Mitri. Au cœur de cette mouvance se trouvent les sionistes chrétiens et dispensationalistes qui croient que la création d’Israël en 1948 a été “le signe de tous les signes” et “le plus grand événement d’un point de vue prophétique, depuis la destruction du Temple de Salomon, en l’an 70 de l’ère chrétienne” (in “Au nom de Dieu, au nom de l’Amérique” de Tarek Mitri, Labor et Fides, page 172). » « Cette mouvance, précise M. Mitri, a une vue apocalyptique de l’histoire et croit sincèrement que la restauration d’Israël est un prélude à la seconde venue du Christ. »


(Lire aussi : "Ils nous ont manqué de respect" : à Davos, Trump s'en prend aux Palestiniens)


M. Mitri précise que la décision de Donald Trump honore une promesse faite à cet électorat – entre 30 et 40 % des votants – formé de chrétiens de droite, de conservateurs et autres évangélistes.
Mohammad Sammak, coprésident du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien, va même jusqu’à affirmer que la décision de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, qui pourrait être le prélude à une reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem-Est occupée, marque le centenaire de la déclaration Balfour, du nom du lord anglais qui a promis au mouvement sioniste la création d’un « foyer national juif » en Palestine, et qui était, lui de même, selon M. Mitri, un sioniste chrétien…


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Pierre Hadjigeorgiou

Au moins Trump, contrairement a ses prédécesseurs ou autres politiciens, respecte ses promesses, les unes après les autres. Nous pouvons être d'accord ou pas, ce n'est plus important, il change la pratique et renverse l'establishment qui préconise de raconter tout et n'importe quoi pour être élu, et ne jamais réaliser ce qui a été présenté au programme. D'un autre cote, les Palestiniens ont eu leur chance et Arafat l'a foutu en l'air. Quand il y a des véreux en face, ont prend ses précautions surtout si nous n'avons pas les moyens de sa politique. Aoun suit la même politique et conduit le pays vers une nouvelle guerre.

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