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Liban

Beyrouth, au fil des destructions et relookings

Patrimoine

Comme un acte militant, l'exposition Métamorphoses d'une ville : Beyrouth 1870-2052 a choisi de se poser au cœur d'un magnifique bâtiment du début du XXe siècle : Beyt Amir, rue d'Amérique, à Clemenceau.

May MAKAREM | OLJ
17/01/2018

Des panoramiques font le parallèle entre hier et aujourd'hui, retracent les moments forts de l'histoire urbanistique de Beyrouth, et huit photographes, peintres, illustrateurs, urbanistes, architectes, vidéaste et sculpteur livrent leurs regards sur les mutations vécues par la ville. « Provisoire-Métamorphoses d'une ville : Beyrouth 1870-2052 » est une exposition à voir absolument.

Un magnifique panorama de Beyrouth, saisi en 1870 par Félix Bonfils, montre une ville bordée par la mer, où « les quartiers de Gemmayzé et de Mar Mikhael avaient les pieds dans l'eau », comme le souligne dans le catalogue l'architecte-urbaniste et membre de Save Beirut Heritage Antoine Atallah. À cette époque, les murailles de la ville arabe n'existaient plus, mais les deux citadelles édifiées par les croisés étaient encore debout, et la ville intra-muros affichait toujours ses souks et habitations aux toits plats, couronnés de créneaux.

Sur le panoramique d'André Terzis et fils, daté de 1910, la destruction des citadelles témoigne à elle seule des changements qui marquent le paysage. Le port est déjà doté d'une jetée et de grands quais. Les tuiles importées de Marseille s'introduisent dans le vieux Beyrouth, de plus en plus en plus peuplé, et coiffent les maisons qui grignotent les collines agricoles et boisées d'Achrafieh et de Ras Beyrouth, où de nouveaux quartiers voient le jour. Dans la ville, on décèle de nouveaux bâtiments, dont le petit sérail, siège de la vilayet, qui bordent la place des Canons. Cette dernière sera rebaptisée, sous le mandat français, place des Martyrs pour commémorer l'exécution des nationalistes libanais, le 6 mai 1916, sur ordre du gouverneur ottoman Jamal pacha. Des lieux de culte apparaissent également : on voit la cathédrale Saint-Georges des maronites, l'église Saint-Louis des capucins, et, dominant le paysage, le Collège de Nazareth.

 

(Pour mémoire : Non, le patrimoine historique n'est pas à vendre !)

 

 

Allenby, Foch et Weygand
Saisi quarante-deux ans plus tard par Alphonse Garabédian, le même panoramique atteste de l'évolution urbaine de la capitale. Nous sommes en 1952. En raison de la saleté des ruelles tortueuses, de l'insécurité qui y règne et des problèmes d'hygiène, le mandat français a fait le ménage dans la partie méridionale de la ville intra-muros. Souk el-Nouriyeh est le seul rescapé de ce remodelage. En effet, le mandat français a inauguré une nouvelle période. Le petit sérail est démoli. Une partie du vieux noyau arabo-ottoman a déjà disparu au profit de la place de l'Étoile, où se dressent l'horloge et le bâtiment du Parlement, symbole de la souveraineté de la jeune nation. Un peu plus loin, face à la mosquée al-Omari, s'est installée la municipalité. Les artères portent désormais le nom des généraux ou maréchaux vainqueurs, Allenby, Foch et Weygand. Des commerces, des cinémas essaiment dans la ville, et les hôtels se dressent tout au long de la côte. La beauté de Beyrouth réside, à cette période, dans ses architectures et ses formes urbaines variées ; un ensemble où se côtoient des immeubles « de rapport », au style « moderne », « Art déco », ou composites, mais aussi maisons et palais d'époque ottomane.

L'ampleur des grands bouleversements est visible par une comparaison des panoramiques de 1870, 1910, 1952,1995, 2017. Cette année-là, le cœur historique de Beyrouth est immortalisé par Jean-Pierre Watchi. Après les ravages de la guerre libanaise, la ville est marquée par l'hécatombe du patrimoine architectural.

On repère, sur la photo, les terrains vagues sur lesquels seront greffées les idées urbanistiques de la société Solidere, qui a fait table rase de certains espaces du centre-ville, alors que « plus de 80 % des dégâts subis par la guerre libanaise pouvaient être restaurés », selon Antoine Atallah.

Parce que patrimoine et innovation sont les outils d'une ville, les Libanais auraient souhaité une ville offrant un paysage urbain riche en contrastes. Une ville vivante, moderne, dynamique sur le plan économique, fière de ses édifices d'époque, de toutes les époques. Mais, au Liban, la préservation du patrimoine a toujours eu des allures de bataille façon David et Goliath. Et c'est le béton qui l'emporte finalement !

À l'instar des photographes qui ont immortalisé la ville, l'architecte Maha Nasrallah contribue elle aussi à la perpétuité de la mémoire de Aïn el-Mreissé, en dressant, à travers une quarantaine d'aquarelles, l'inventaire des maisons traditionnelles du secteur. Le vidéaste Nadim Asfar plante, quant à lui, son récit au palais Heneiné (1860), objet de convoitise des promoteurs immobiliers. Au menu également, Claude Moufarrege, Abdallah Hatoum et Alex Baladi, lauréat du prix Töpffer 2015.

 

Le samedi 10 février, à 17 heures, l'exposition sera l'objet d'une table ronde organisée par les architectes et artistes exposants. L'exposition est accessible de 11h à 20h, tous les jours sauf le dimanche.

 

Pour mémoire

Le World Monument Watch à la rescousse de Dalieh et du palais Hneiné, à Beyrouth

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Stes David

Une grande différence entre les gratte-ciel affreux laid qu'on construit maintenant et la belle architecture du dernier siècle qui a encore survecu; et qui n'a pas encore été transformé en parking pour voitures. Dommage que c'est une exposition temporaire qui termine le 10 février, si j'ai bien compris.

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