Liban

Relations libano-saoudiennes : en voie de normalisation...

Décryptage
30/12/2017

L'année 2017 se termine diplomatiquement sur une note positive. L'Arabie saoudite a finalement donné son accord à l'accréditation du nouvel ambassadeur du Liban à Riyad, Fouad Kabbara (proche du courant du Futur), après avoir laissé passer les trois mois protocolaires pour ce genre de démarche.
Il faut rappeler que face au silence des autorités saoudiennes, le Liban avait riposté à sa manière en refusant à son tour de fixer un rendez-vous officiel à la présentation des lettres de créance du nouvel ambassadeur saoudien à Beyrouth, Walid ben Mohammad al-Yaacoub. Ce dernier était pourtant arrivé à Beyrouth pour prendre ses nouvelles fonctions le 20 novembre, alors que le chargé d'affaires Walid al-Boukhari était rentré à Riyad où il a été promu au rang de ministre. Avec ces atermoiements réciproques, les deux pays ont pratiquement frisé la crise diplomatique, dans le sillage de la crise politique interne provoquée par la démission du Premier ministre Saad Hariri à partir de Riyad.

Il faut rappeler aussi que pendant la période floue au cours de laquelle le Premier ministre Saad Hariri se trouvait à Riyad dans des circonstances obscures et que les autorités saoudiennes étaient accusées par certaines parties de le retenir contre son gré, il y a eu des tentatives d'organiser des manifestations d'appui à la politique saoudienne devant le siège de l'ambassade à Beyrouth. Il n'y avait d'ailleurs pas vraiment eu affluence et le chargé d'affaires Walid Boukhari avait bien précisé que ces manifestations n'avaient pas été organisées à la demande de l'ambassade. Ce qu'on appelle la « crise Hariri » n'a donc pas joué en faveur du royaume saoudien au Liban.

Aujourd'hui, avec la dernière décision de Riyad d'accepter les lettres de créance du nouvel ambassadeur du Liban, cette page conflictuelle semble sur le point d'être tournée. Il faut dire que le Liban officiel a fait de son mieux pour ne pas provoquer une crise diplomatique et politique avec Riyad, et le Premier ministre Saad Hariri a insisté, depuis son retour à Beyrouth, sur sa volonté de maintenir les meilleures relations possibles avec le royaume wahhabite. Même son de cloche chez le chef de l'État et le ministre des Affaires étrangères qui ont toujours pris soin de ne pas provoquer les autorités saoudiennes, dans le sillage d'une politique traditionnelle du Liban depuis son indépendance.

En effet, depuis 1943, l'Arabie saoudite a toujours entretenu d'excellentes relations avec le Liban, dans toutes ses composantes politiques et confessionnelles. C'est d'ailleurs à cause de l'attitude du royaume à l'égard du Liban pendant les différentes guerres israéliennes et même pendant la guerre qui a déchiré les Libanais qu'est née la fameuse expression arabe « le royaume du bien » en parlant de l'Arabie. De même, l'accord qui a mis fin à la guerre libanaise interne porte le nom de la ville de Taëf, en Arabie, où il a été conclu. C'est dire à quel point l'influence du royaume wahhabite est importante au Liban.

C'est d'ailleurs parce qu'il avait conscience de ce rôle et de l'importance de donner au royaume une place à part que le président de la République Michel Aoun a tenu à se rendre à Riyad dans sa première visite à l'étranger.
Les relations auraient pu continuer à s'améliorer s'il n'y avait pas eu un faisceau de facteurs qui ont poussé les dirigeants saoudiens à vouloir pousser leurs alliés libanais à déclarer la guerre (au moins politique) au Hezbollah dans le cadre de la lutte contre l'hégémonie de l'Iran dans la région. Que cette idée ait germé à la suite de plaintes et d'incitations libanaises ou grâce à une perception différente de la part des autorités saoudiennes suite à l'élection du président américain Donald Trump, toujours est-il que le résultat n'a pas été à la hauteur du plan conçu. La plupart des composantes politiques libanaises ont choisi la stabilité et le dialogue, selon les propres termes du Premier ministre Saad Hariri. Mais en même temps, nul ne veut perturber les relations avec le royaume. C'est dans ce climat compliqué que les deux ambassadeurs Kabbara et Yaacoub vont entamer leur mission, sachant que la France, qui entretient d'excellentes relations avec les deux pays, pousse dans le sens du rapprochement et de l'assainissement des rapports libano-saoudiens. Selon un diplomate arabe en poste à Beyrouth, la dernière crise politique au Liban a montré que l'influence de l'Arabie s'est considérablement réduite dans ce pays. Même la rue sunnite, dans sa grande majorité, a resserré les rangs autour de Saad Hariri pendant cette crise. Désormais, c'est au royaume de chercher à reconquérir les Libanais, estime le diplomate précité. Surtout à la veille des élections législatives fixées au 6 mai. Et en cinq mois, beaucoup de choses peuvent se passer...

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Le Faucon Pèlerin

Au prochain remaniement ministériel, je souhaiterais que l'on applique une politique de "dégagement" qui consisterait à ne pas nommer des ministres tous ceux qui qui ne respectent pas les résolutions prises par l'ONU 1701 et 1559 en sus de la Déclaration de Baabda.
La distanciation n'a pas été votée pour les marchands de radis, mais pour tous les partis politiques qui exercent dans la République. Autrement, il n'y aura plus ni Etat ni République ni peuple libanais.

Ma Fi Metlo

Dans la droite ligne du pur SCARLETT. Pour ceux qui comprennent ce que vous ecriviez et ce que vous continuez à nous instruire .

MERCI chère Madame et bonne année 2018 .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CA FAIT PLAISIR DE LIRE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD VOTRE PLUME QUI S,EST AFFRANCHIE CES DERNIERS JOURS DU PARTI PRIS ET DE LA DESINFORMATION POUR SE CONCENTRER SUR LA PURE ANALYSE... CERTES COMME VUE PAR VOUS... ET QUE LE LECTEUR EVALUERA A SA JUSTE APPRECIATION !

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