Liban

Pour le Hezbollah, le régime iranien est sorti renforcé de la dernière crise

Décryptage
11/01/2018

Le guide suprême de la révolution iranienne a attendu le retour au calme dans son pays pour s'adresser au peuple iranien et donner sa version des événements des « cinq jours qui ont failli ébranler le régime ». Des sources proches du Hezbollah, qui suivent de près le dossier iranien, révèlent à cet égard que l'ayatollah Khamenei a sciemment choisi de s'exprimer publiquement à partir de Qom, ville symbolique s'il en est, le 9 janvier, car c'est en ce même jour, il y a quarante ans, que la révolution islamique s'est déclenchée dans cette même ville.

Les sources proches du Hezbollah précisent qu'à aucun moment, au cours des troubles, et en dépit des allégations des responsables iraniens, le régime ne s'est senti réellement menacé, ayant tout de suite remarqué le manque d'organisation des manifestants et l'absence d'un plan cohérent, en dépit des tentatives de récupération de la part de parties externes et internes. Mais c'est le parti lui-même qui cherche aujourd'hui à amplifier les événements, d'une part pour se donner le beau rôle auprès des Iraniens, et, d'autre part, pour marquer des points et adresser des messages à ses adversaires à l'intérieur comme à l'extérieur.

 

(Lire aussi : De Dahyé à Téhéran, l’infaillibilité contestée)

 

Les sources précitées expliquent que deux facteurs économiques ont provoqué le mouvement de protestation qui a commencé dans la ville de Machhad. D'abord, la faillite de plusieurs sociétés financières qui avaient dupé de nombreux citoyens en prétendant investir leurs économies tout en leur donnant des taux d'intérêt élevés, avant de se déclarer en faillite pour ne pas avoir à rembourser les fonds reçus.

Ensuite, il y a eu le plan du gouvernement de mettre un terme au trafic de drogue en provenance d'Afghanistan, qui est très florissant dans certaines régions iraniennes, sachant que, depuis la défaite des talibans (une défaite qui n'a toutefois pas mis un terme aux troubles ni aux attentats), ce pays est redevenu un important producteur de drogue, avec des réseaux spécifiques dont certains passent en Iran. La décision du gouvernement iranien de détruire les filières de la drogue, sans avoir mis au point un plan de rechange pour l'économie, a donc suscité une vague de protestations dans le pays.

Il y avait donc des raisons objectives à la grogne populaire, et les dirigeants iraniens l'ont très vite compris, puisqu'ils ont immédiatement commencé à tenir un langage d'apaisement en prenant des mesures économiques rapides pour rassurer la population. En même temps, par souci de prudence et pour éviter d'éventuelles récupérations externes, les autorités iraniennes ont suspendu les principales plateformes des réseaux sociaux pour empêcher les contacts entre les protestataires et des parties installées à l'extérieur de l'Iran. Cette décision leur a permis de découvrir rapidement les installations parallèles qui permettaient à certains groupes à l'intérieur d'entrer en contact avec les groupes de l'extérieur. Les autorités iraniennes ont ainsi découvert près de cent satellites américains dans le ciel iranien, destinés à relayer les protestations de l'intérieur. Un peu comme cela s'est fait dans les pays qui ont vécu ce que l'on a appelé « le printemps arabe », et en particulier en Syrie, où certains groupes de manifestants étaient directement reliés aux satellites américains pour communiquer des photos et des informations. De la sorte, il a donc été plus facile pour les autorités iraniennes de les localiser et de tuer dans l'œuf toute possibilité d'extension des protestations.

 

(Lire aussi : Nasrallah : La contestation en Iran est terminée)

 

Les parties extérieures qui aidaient les manifestants ont été rapidement dénoncées. Il s'agit en particulier de l'organisation des « Moujahidine du peuple » (Khalq), basée actuellement en France, et des partisans de l'ancien président de la République Abolhassan Banisadr, devenu depuis son éviction par l'ayatollah Khomeyni un des plus féroces ennemis du régime iranien. Il est lui aussi réfugié en France. Selon les sources précitées, le fils du chah Reza Pahlavi n'avait pas un grand rôle dans les manifestations, mais il a cherché à les récupérer en sa faveur en se présentant comme le « sauveur de l'Iran ».

Les sources proches du Hezbollah confient que, pour les autorités iraniennes, les protestations de janvier 2018 n'étaient en rien comparables à celles de 2009 qui étaient bien mieux organisées et qui avaient attiré beaucoup plus de monde. Au cours des derniers jours, le mouvement est resté limité et la réaction rapide des autorités a permis de dégonfler rapidement la grogne des citoyens. Mais cela n'empêche pas les dirigeants iraniens de chercher à exploiter politiquement ce qui s'est passé. D'abord, en resserrant les rangs internes, en mettant en avant les menaces externes et ensuite en déclarant l'échec des tentatives « américano-sionistes » financées par « un pays du Golfe très riche », selon les propres termes de l'ayatollah Khamenei, de déstabiliser l'Iran. En dénonçant les plans extérieurs pour semer le chaos en Iran, le régime veut provoquer un sursaut nationaliste chez la population et se pose en pilier solide de la protection du pays, imperméable aux plans externes, aussi puissants soient-ils. En même temps, les sources proches du Hezbollah précisent que la voix des citoyens a été entendue et que les dirigeants s'emploient à trouver des solutions à la crise économique et sociale qui sévit dans le pays. Les mêmes sources estiment que le régime sort donc renforcé de cette secousse...

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RENFORCÉ POUR REPRESSION CONTRE SON PEUPLE ! QUE D,INEPTIES N,ENTENDRONT-NOUS ENCORE ?

Wlek Sanferlou

Aafehoun et que Allah les accompagne. L'important c'est notre crise ou plutôt nos crises... où en est-on? c'est ce qui nous importe.

gaby sioufi

lecon a saisir a la lecture de ce ""decryptage"" - au fait l'OLJ devrait utiliser une autre appellation - :

l'abime n'a pas de fond, ET en tout cas on ne l'a pas encore atteint.


Tabet Ibrahim

Encore un panégyrique touchant de ces braves mollahs a qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession

HABIBI FRANCAIS

Rien de tel qu une guerre contre l arabie saoudite pour souder le peuple iranien autour de son regime corrompu.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PARTOUT ET EN TOUT ILS VOIENT DES VICTOIRES DIVINES ... MEME CONTRE LEUR PEUPLE !

Bery tus

Le pire dans tout ça c’est que vous y croyez ..

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