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Liban

Les violations de la politique de distanciation et de la 1701 s’invitent au Conseil des ministres

Gouvernement

Le cabinet alloue un crédit de 50 milliards de livres au ministère de l'Intérieur pour organiser les législatives.

Yara ABI AKL | OLJ
05/01/2018

Les violations à la politique de distanciation du Liban à l'égard des axes régionaux et aux résolutions onusiennes, notamment la 1701, se sont invitées hier à la séance du Conseil des ministres tenue à Baabda sous l'égide du président Michel Aoun. Il s'agissait essentiellement des tournées effectuées dans la zone frontalière par le chef de la milice irakienne Asaëb ahl-el Haq, Qaïs el-Khazaali, et par Aboul Abbas, dirigeant de l'une des milices syriennes proches du Hezbollah. Il a aussi été question des propos tenus mercredi soir par le secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah.

Dans un entretien accordé à la chaîne al-Mayadine, le dignitaire chiite a déclaré sans détour mercredi soir que le Liban, au même titre que l'Iran, la Palestine, la Syrie et le Yémen, faisait partie de l'axe de la résistance. « J'ai des messages venus du Yémen disant qu'ils étaient prêts à envoyer des dizaines de milliers de combattants (...) prêts à affronter l'ennemi israélien », a-t-il dit.

Si ces questions, qualifiées par d'aucuns comme « dangereuses », dans la mesure où elles portent atteinte au prestige de l'État et constituent une violation à la résolution 1701 du Conseil de sécurité (2006), ne figuraient pas à l'ordre du jour de la séance, les ministres des Forces libanaises Ghassan Hasbani (Santé) et Pierre Bou Assi (Affaires sociales) les ont soulevées. M. Bou Assi a même été jusqu'à stigmatiser les « tentatives de contourner l'État ».

 

(Lire aussi : Le discours de Nasrallah revu à la loupe du 8 Mars)

 

« Un cabinet de technocrates »
Joint par L'OLJ, M. Hasbani explique qu'à l'heure où le pouvoir en place dit déployer de grands efforts pour attirer les investisseurs et relancer la croissance économique, il devrait prendre des mesures à même de faire barrage aux violations dangereuses qui pourraient freiner les flux d'investissements espérés. « Nous avons posé la question de savoir où en est l'enquête menée par le ministère de la Justice au sujet de la tournée de M. Khazaali », souligne le ministre de la Santé, avant de faire savoir que son collègue de la Justice, Salim Jreissati, a affirmé qu'aucune personne nommée « Qaïs Khazaali » n'est entrée au Liban via les frontières et que le dossier était clos.

Commentant l'attitude gouvernementale dans ce domaine, Ghassan Hasbani va plus loin : « Si les affaires (politiques) litigieuses ne sont pas discutées en Conseil des ministres, pourquoi ne pas avoir formé un cabinet de technocrates, qui ne plancherait pas sur les questions essentielles ? »
Ce désaccord entre le parti de Samir Geagea et le gouvernement n'est pas le premier, mais les milieux FL assurent que le parti ne se retirera pas du cabinet tant que son opposition est efficace et porte ses fruits. On en veut pour preuve le forcing effectué par les FL pour freiner l'application du plan de production de l'électricité du ministre César Abi Khalil. Mais dans les milieux gouvernementaux, on se veut pragmatique.

 

(Lire aussi : Quand Hassan Nasrallah se pose en guide de la République libanaise)

 

Le compromis politique
À la faveur de cette logique, un ministre contacté par L'OLJ fait valoir que le pouvoir en place est soucieux de la pérennité du compromis politique élargi qui a donné le coup d'envoi au sexennat de Michel Aoun, d'où la décision de garder les séances gouvernementales à l'abri des questions litigieuses.
Sauf qu'en dépit de la polémique suscitée lors de la séance gouvernementale, le Hezbollah et ses alliés semblent camper sur leurs positions traditionnelles. Les ministres Mohammad Fneich (Jeunesse et Sports, Hezbollah) et Ali Kanso (PSNS, ministre d'État pour les Affaires du Parlement), ont répondu à leurs collègues FL, en soulignant que Hassan Nasrallah a déclaré que des combattants étrangers ne seraient appelés qu'en cas d'attaque israélienne contre le Liban.

Réagissant à ces propos, le ministre d'État à la Planification, Michel Pharaon, a placé la querelle dans un contexte plus large. Lors de son intervention, M. Pharaon a insisté sur la nécessité d'élaborer une stratégie nationale de défense, en vue de préserver la stabilité.
Par ailleurs, le gouvernement est parvenu à approuver l'intégralité de son ordre du jour formé de 43 points. Il a par ailleurs alloué un crédit de 50 milliards de livres au ministère de l'Intérieur pour organiser les élections législatives prévues le 6 mai prochain.

 

Les propos du chef de l'État
En ouverture du Conseil des ministres, le président de la République, Michel Aoun, a fait de l'organisation des législatives l'une des priorités du gouvernement pour l'année 2018, au même titre que l'examen du budget 2018 et la poursuite des nominations administratives, appelant également le gouvernement à régler définitivement la question des déchets.Le chef de l'État a également évoqué la question des frais de scolarité. « Plusieurs propositions ont été formulées, dont celle que les écoles privées, les parents d'élèves, les professeurs et l'État prennent en charge l'augmentation prévue des salaires », a-t-il déclaré.
Concernant le dossier des loyers anciens, M. Aoun a appelé à la formation de commissions dans les mohafazats du pays chargées d'étudier les dossiers, notant qu'en 2017, le gouvernement a traité plusieurs dossiers qui étaient bloqués pendant longtemps.

Michel Aoun a, par ailleurs, incité les ministères de l'Intérieur et de la Défense à préparer la conférence de Rome pour le soutien à l'armée et les appareils de sécurité, prévue en mars prochain, ainsi que la conférence de Paris pour le soutien au Liban prévue au printemps.
De son côté, M. Hariri s'est efforcé de vanter les réalisations du gouvernement qu'il dirige. « Le Conseil des ministres est une équipe de travail chargée de la protection du pays et d'assurer une stabilité sécuritaire, politique et économique. Nous avons accompli de grandes réalisations sur ces plans l'année dernière, mais nous avons un gros agenda cette année qui sera marqué par les législatives », a-t-il dit. « Nous pouvons avoir différents points de vue, mais ce qui nous rassemble est plus fort que n'importe quel désaccord. L'intérêt et la stabilité du pays sont nos objectifs communs. La solidarité gouvernementale existe et se poursuit », a-t-il affirmé.

Après être revenu sur le passage sans encombre des célébrations du Nouvel An à Beyrouth et sur l'ensemble du territoire libanais, le Premier ministre a salué la décision prise mercredi par le président du Parlement, Nabih Berry, de démanteler les barbelés et blocs de béton isolant le périmètre du Parlement, place de l'Étoile.

À l'issue du Conseil des ministres, MM. Aoun et Hariri se sont à nouveau entretenus après un premier entretien avant la réunion du gouvernement. Les deux hommes ont notamment évoqué la polémique autour de la signature du décret accordant une année d'avancement aux officiers de la promotion 1994. « Des efforts sont déployés sur ce dossier », a déclaré M. Hariri à l'issue de cet entretien.

 

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gaby sioufi

ben oui fallait le comprendre, nasrallah ne l'ayant jamais cache .
nasrallah / wali fakih donc savent tres bien faire les choses, suivez mon raisonnement :

antagonisme sunnito/chiite bien evident.

les 2 comparses -CHIITES, annoncent a tous vents leur appui a qui ? aux resistants palestiniens , SUNNITES.
resultat attendu /espere par les 2 : les nations arabes- SUNNITES- en prennent acte ET contrecarrent les actions de ces memes resistants sunnites car appuyes par les chiites.

CONSEQUENCE CLAIRE: resistance palestinienne exploitee comme tjrs, rendue presque inefficace .
RESULTAT FINAL : ISRAEL quietude pour encore longtemps.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DISTANCIATION AAL ! SEUL HARIRI LA PRATIQUE ! TOUS LES AUTRES LA VIOLE 3ALA 3AYNAK YIA TAJER...

Yves Prevost

"aucune personne nommée « Qaïs Khazaali » n'est entrée au Liban via les frontières et que le dossier était clos".
Comme le nommé Khazali a pourtant bien été vu - et même filmé - au Liban, c'est qu'il y est entré sous un faux nom ou sans passer par les postes frontaliers, ce qui aggrave la faute. Comment peut-on alors clore l'enquête? C'est vraiment se moquer du monde!

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