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Liban

Le syndicat des enseignants hausse le ton, mais l’espoir renaît

Grille des salaires

L'État pourrait subventionner une partie ou la totalité des six échelons exceptionnels. L'échelonnement des effets de la loi est aussi envisagé.

03/01/2018

Les vacances de fin d'année à peine terminées, le syndicat des enseignants de l'école privée a annoncé hier l'intention de nombreux enseignants lésés de recourir à la justice contre les établissements privés qui n'ont toujours pas appliqué la loi 46 liée à l'échelle des salaires, ou qui ont reporté son application. Lors d'une conférence de presse donnée depuis le siège du syndicat, son président, Rodolphe Abboud, a martelé que la loi est en vigueur depuis le 21 août dernier (plus de trois mois et demi). Il a regretté que la grande majorité des établissements privés ne l'ait toujours pas appliquée, et que plusieurs centaines d'enseignants sur le point de partir à la retraite sont désormais sans ressources, car ils n'ont pas reçu leurs indemnités de fin de service ou leur retraite mensuelle.

 

Revendications syndicales
Le conseil exécutif du syndicat a donc invité les autorités à convoquer les représentants des institutions privées et toute personne ou instance identifiée par l'enquête judiciaire, comme responsable de la non-application de la loi ou du report de son application. M. Abboud a de plus dénoncé la paralysie de la caisse des indemnités de fin de service et de retraite, précisant que ces indemnités sont toujours retenues, alors que les enseignants cadrés ont respecté l'obligation d'y adhérer.

Il faut rappeler que le secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, membre du Conseil de la caisse, s'est abstenu de signer les chèques des enseignants en partance à la retraite susceptibles de bénéficier des six échelons exceptionnels. Sa signature, de même que celle du directeur général de l'Éducation, Fady Yarak, est indispensable pour tout paiement prélevé de la caisse des indemnités, à l'instar d'un troisième membre du Conseil de cette caisse. Il est aussi important de préciser que nombre d'établissements privés s'abstiennent de payer leurs cotisations à la caisse (6 % du salaire de chaque enseignant), alors qu'ils prélèvent systématiquement les cotisations mensuelles des enseignants, qui s'élèvent à 6 % du salaire. Ce qui avait dernièrement poussé les écoles catholiques à hausser le ton, car elles estiment qu'elles assument la grande partie des dépenses de la caisse.

 

(Lire aussi : L’école privée face à une crise existentielle)

 

 

Dans ce cadre, Rodolphe Abboud a invité le ministre de l'Éducation, Marwan Hamadé, à mettre à l'ordre du jour du Conseil des ministres le projet de quitus financier, réclamé maintes fois par le Conseil de la caisse des indemnités des enseignants du privé. Et ce dans l'objectif de pousser les institutions récalcitrantes à payer leur dû à la caisse.

La réponse du ministre n'a pas tardé. Marwan Hamadé a rappelé dans un communiqué que « la seule solution possible à la crise de l'enseignement privé reste l'application de la loi 46, l'échelonnement des effets de cette loi sur trois ans et la préservation des droits des enseignants auprès de la caisse des indemnités et de retraite ». Une solution qu'il avait déjà annoncée dans les colonnes de L'Orient-Le Jour, le 2 novembre dernier. Il a de plus invité les institutions privées à « communiquer leurs budgets au ministère le plus tôt possible et d'ici au 31 janvier 2018 au plus tard, sur base de cette proposition ». M. Hamadé a par ailleurs souligné que son ministère « n'approuvera aucune augmentation de frais d'écolage sans avoir pris connaissance des budgets des établissements et sans s'être assuré au préalable que ces budgets sont conformes aux dispositions de la loi 515 ». Il a enfin fait remarquer qu'il ne serait « pas contre une subvention de l'État aux écoles privées, afin de leur permettre d'accorder à leurs enseignants l'échelle des salaires dans son intégralité. Mais ces propositions nécessitent des décisions du Conseil des ministres et du Parlement, et doivent prendre en considération la situation financière du Trésor public et le budget 2018 », a-t-il conclu.

 

Une sérieuse lueur d'espoir
Silence radio du côté des écoles privées, représentées par le père Azar. Il semble toutefois que malgré la montée au créneau de Rodolphe Abboud, malgré l'exacerbation en décembre dernier de la crise entre le secrétariat général des écoles catholiques et le syndicat des enseignants du privé, une lueur d'espoir se profile à l'horizon. En ce début d'année, la situation serait donc moins dramatique qu'elle ne le paraît. Comme l'indique à L'Orient-Le Jour une source informée, « des pourparlers se déroulent entre le syndicat des enseignants du privé, les écoles privées et le ministère de l'Éducation, initiés par des médiateurs proches de ces parties ». Seuls absents de ce dialogue, « les parents d'élèves qui n'ont pas réussi à proposer d'alternatives positives et dont les propos ont été perçus comme très négatifs par toutes les parties ». Selon cette même source, la solution serait donc palpable. Aujourd'hui, les écoles privées reconnaissent le droit des enseignants à une augmentation de salaires. « Le problème réside uniquement dans les six échelons exceptionnels. D'autant que l'article 13 de l'échelle des salaires stipule clairement que les dispositions de la loi 46 s'appliquent aux enseignants de l'école privée. Le dialogue consiste donc à « faire accepter aux établissements privés le principe de l'octroi des six échelons », et à laisser de côté, pour l'instant, la question des modalités de paiement. Mais des propositions de paiement sont déjà envisagées. Elles privilégient l'échelonnement, comme le prône le ministre Hamadé, mais aussi la subvention étatique, pour au moins une partie des six échelons, sinon leur totalité, comme le réclament les établissements privés. Il ne resterait plus qu'à peaufiner le tout.

 

 

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