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Liban

Les enseignants contractuels de l’UL et de l’école publique revendiquent ; Hamadé temporise

Éducation publique

L'école publique compte 15 000 enseignants contractuels et 12 000 autres embauchés pour l'éducation des réfugiés syriens, payés par les organisations internationales. L'Université libanaise compte, elle, près de 3 000 contractuels.

28/12/2017

Des salaires payés un an plus tard, des droits sociaux spoliés... Les enseignants contractuels de l'école publique et de l'Université libanaise font aujourd'hui entendre leur voix. Ils refusent d'être les laissés-pour-compte de la grille des salaires, publiée en août dernier dans le Journal officiel sous le nom de loi 46. Une loi qui améliore sensiblement les conditions salariales non seulement de l'ensemble de la fonction publique, mais aussi des enseignants des deux secteurs public et privé.

 

(Pour mémoire : Hamadé répond à Aoun : L'État n'a pas le sou)

 

Un coût de 26 milliards de LL

C'est donc pour réclamer le respect de leurs droits, autrement dit l'amélioration de leur salaire horaire, le paiement régulier de leur traitement et leur intégration dans le cadre, que les enseignants contractuels de l'école publique et les instituteurs embauchés pour la scolarisation des réfugiés syriens ont observé un sit-in, hier matin, devant le ministère de l'Éducation. À l'invitation du syndicat des contractuels, ils ont dénoncé « l'injustice dont ils sont victimes » et ont invité les autorités à se pencher sur leur cause.

Toujours devant le ministère de l'Éducation, hier matin, les enseignants contractuels de l'Université libanaise ont, eux aussi, observé un sit-in, dénonçant avec force « le manque d'équité » dont ils se disent victimes, réclamant aussi « d'être cadrés » ou pour le moins d'obtenir le statut de « vacataires ». « Les contrats ne respectent pas les droits des citoyens », ont-ils déploré. Interpellant le chef de l'État Michel Aoun, le président du Parlement Nabih Berry, le Premier ministre Saad Hariri et le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur Marwan Hamadé, ils ont regretté que la loi qui protège les enseignants universitaires cadrés ne soit pas appliquée aux contractuels.

Après avoir reçu des représentants des manifestants, Marwan Hamadé a écouté leurs revendications et s'est même voulu rassurant. Il a certes évoqué une hausse possible du salaire horaire des contractuels de l'école publique, qui pourrait être adoptée en collaboration avec le ministère des Finances. Mais en même temps, il a précisé que le coût de « ce réajustement salarial devrait s'élever à 26 milliards de LL », sachant que l'école publique emploie 15 000 enseignants contractuels, mais aussi 12 000 enseignants embauchés pour l'éducation des élèves syriens, rétribués par les organisations internationales. « Tout ce monde réclame des réajustements de salaire liés à la vie chère », indique M. Hamadé à L'Orient-Le Jour.

 

(Pour mémoire : Les instituteurs contractuels du public lancent un appel à Aoun)

 

 

Un système de recrutement bancal
Si la loi 46 sur la grille des salaires inclut les contractuels de l'éducation publique, le flou demeure quant au statut des 12 000 enseignants employés pour les petits réfugiés. Il n'en reste pas moins que l'Éducation nationale se trouve aujourd'hui face à un problème de taille, constate M. Hamadé. « Depuis l'adoption de la nouvelle loi, elle perd progressivement ses enseignants cadrés, dont le nombre s'élève à 10 000 environ.

Chaque année, non seulement près de 500 cadrés ayant atteint l'âge limite prennent leur retraite et une centaine d'autres décèdent, mais plusieurs centaines d'enseignants font valoir leur droit à la retraite anticipée. Car depuis la nouvelle loi, leurs indemnités sont particulièrement importantes », explique le ministre, précisant que cette année, « près de mille postes sont libérés, alors que le recrutement est freiné, aussi bien au niveau des enseignants contractuels que cadrés ». C'est en zones rurales que se pose le problème. « Comment remplacer un professeur de physique dans les villages les plus reculés du Akkar ? » s'interroge M. Hamadé.

Sur les revendications des contractuels de l'UL, le ministre rappelle les séries de nominations et d'intégrations abusives au cadre qui ont entaché l'histoire de l'université publique. « Nombre de contractuels ont également été embauchés suite aux pressions exercées par les partis politiques, souligne-t-il. Ils réclament aujourd'hui d'être cadrés pour bénéficier notamment d'indemnités de fin de service », précise M. Hamadé, faisant part de ses réserves quant à la possibilité de satisfaire leurs revendications. À quatre mois des législatives, il estime que « le moment est peu judicieux pour procéder à des cadrages et des mutations » et qu'il vaut mieux « geler les choses afin d'empêcher la surenchère ».

Également contacté par L'OLJ, l'historien et professeur à la retraite de l'UL, Issam Khalifé, invite les autorités à respecter la loi de l'université publique (décret 9084) concernant les normes d'embauche des enseignants. Il dénonce le recours actuel au « piston » et au « clientélisme politique » dans les processus de recrutement et d'intégration ou non au cadre. Il montre aussi du doigt les retards de paiement des salaires des contractuels, d'un an et plus, parfois. « Dans ces conditions, ne restent que les enseignants qui n'ont rien de mieux », observe-t-il. Et d'affirmer à ce propos, sur base de chiffres précis, que l'UL compte 1 086 enseignants cadrés, 1 153 vacataires sous contrat annuel, 2 400 contractuels de fait accompli rémunérés à l'heure et 526 contractuels rémunérés aussi à l'heure. S'il reconnaît « l'injustice envers les contractuels », qui ne bénéficient pas de la CNSS ni d'indemnités de fin de service, et qui sont payés de manière irrégulière, il tient à rappeler que « la majorité de ces enseignants ont été embauchés à l'UL grâce à un piston politique et non pas pour leurs compétences ». Chose qui est de notoriété publique.

 

 

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