A Deir Zahrani où les frappes israéliennes ont tué 4 personnes, les secours transportent les corps des victimes, le 15 août 2026. Photo Mohammad Yassine/ L'Orient-Le Jour
Les trois pôles du pouvoir ont vivement condamné les raids meurtriers perpétrés par l’armée israélienne dans la nuit de vendredi et samedi à Ansar et Deir Zahrani au Liban-Sud, faisant 11 morts au moins et plusieurs blessés, alors que les négociations patinent entre Israël et le Liban et qu’aucune date n’a été fixée pour la prochaine réunion.
Pour Aoun, un « message clair » pour les négociations et les efforts américains
Le chef de l’État, le président Joseph Aoun, a dénoncé « les attaques israéliennes qui persistent au Liban-Sud, notamment dans la zone de Nabatiyé et ses environs ». Dans un message publié sur X par la présidence libanaise, il a déploré « les violations répétées de l’accord-cadre, du travail du groupe de coordination militaire et des lois internationales censées protéger les civils », évoquant « la mort tragique d’une famille entière dans le village d’Ansar ».
Pour le président Aoun, « ces violations sont un message clair à l’encontre du processus de négociations et des efforts américains visant à faire appliquer l’accord ».
Les négociations directes libano-israéliennes sont en cours depuis avril, sous parrainage américain, et l’accord-cadre pour un retrait israélien progressif du Liban-Sud et le déploiement de l’armée libanaise a été signé en juin.
L’escalade israélienne intervient au lendemain d’un discours du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, qui s’en était pris une nouvelle fois à l’accord-cadre, signé entre Beyrouth et Tel-Aviv le 26 juin, sous médiation américaine. Le dirigeant chiite avait aussi critiqué les « zones pilotes », qui devraient permettre un retrait progressif de l’armée israélienne en échange d’un désarmement du Hezbollah dans des régions déterminées. Il avait aussi menacé une nouvelle fois l'État de la 'colère' populaire chiite. Le parti-milice pro-iranien refuse d'être désarmé et multiplie les mises en gardes contre le pouvoir.
Pour Berry, il s'agit d’une « guerre d’extermination » contre le Sud
Le président du Parlement, Nabih Berry, a affirmé pour sa part que « les deux massacres perpétrés par l’aviation israélienne dans les villages d’Ansar et de Deir Zahrani, et qui ont provoqué la mort de toute une famille avec femmes et enfants, s’inscrivent dans le cadre d’une guerre d’extermination que la machine de mort et de destruction israélienne continue de mener » au Liban-Sud.
Pour le chef du Parlement, allié du Hezbollah, « ces attaques sont la preuve qu’Israël, aux niveaux politique et militaire, n’accorde aucune importance aux accords, ni aux lois ni aux efforts de mettre un terme à la guerre et aux tensions au Liban et dans la région ».
Dans un communiqué publié par l'Agence nationale d’information (Ani, officielle), M. Berry a appelé à une nouvelle réaction à l’escalade israélienne, « fondée sur l’unité nationale, loin de toutes considérations régionales, communautaires ou partisanes ». Il s’est adressé « aux parrains des négociations et des accords » qui devraient « assumer leurs responsabilités en vue de mettre fin à la guerre », dans une claire référence aux Américains qui parrainent les négociations libano-israéliennes, et l’accord-cadre signé entre les deux parties en juin.
M. Berry, président du mouvement chiite Amal, rejette les négociations directes depuis leur lancement en avril à l’initiative du président de la République Joseph Aoun.
L'armée israélienne a revendiqué ces frappes samedi matin, assurant avoir attaqué des infrastructures appartenant au Hezbollah à Nabatiyé et Ansar en réponse à une activité contre ses forces dans la zone dite de sécurité. « Tsahal a attaqué, au cours de la nuit dernière (vendredi à samedi), des infrastructures appartenant à l'organisation terroriste Hezbollah dans les régions de Nabatiyé et Ansar, dans le sud du Liban », a souligné sur X le lieutenant-Colonel Ella Waweya, porte-parole arabophone de l'armée israélienne. « Les frappes ont été menées à la suite d'une activité de l'organisation terroriste Hezbollah contre nos forces dans la région des hauteurs de Ali Taher, située à l'intérieur de la zone de sécurité où opèrent les forces de Tsahal », a-t-elle précisé.
Israël doit arrêter cette escalade, martèle Salam
Réagissant à son tour, le Premier ministre Nawaf Salam a écrit sur son compte X, estimant que les attaques « sur la ville de Nabatiyé, les villages d’Ansar, de Deir Zahrani et d’autres (…) sont d’une extrême gravité et freinent les efforts en vue de stabiliser la situation au Sud ».
« Les sept tués du raid israélien sur le village d’Ansar ne sont pas ‘une infrastructure militaire’, les enfants et les femmes qui sont tombés ne sont pas des cibles militaires », a-t-il martelé.
M. Salam a poursuivi : « La responsabilité de gérer toute infrastructure militaire, si elle se trouve sur le territoire libanais, incombe exclusivement à l'État libanais, par l'intermédiaire de l'armée libanaise et de ses institutions légitimes, et la présence (de ces infrastructures) ne confère pas à Israël le droit de violer le territoire libanais ou de mettre en danger la population civile ».
« Israël doit arrêter cette escalade, la sécurité de notre peuple et son droit à la vie sur sa terre ne sont ni négociables ni sujets à compromis », a conclu le chef du gouvernement.
Les présidents Aoun et Salam dénoncent régulièrement les démolitions israéliennes au Liban-Sud, et plus largement l'occupation de près de 700 km2 dans la région. Vendredi, M. Salam a insisté sur ce point devant le lieutenant-général Joseph Clearfield, qui dirige le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu piloté par les États-Unis.

