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Comment s’est déroulée la première messe de Noël à Mossoul après l’EI...

Irak

Ce premier office était placé sous la solidarité islamo-chrétienne, et était régi par deux mots-clés : unité et paix.

25/12/2017

Dans le bus de chrétiens parti d'Erbil, pour se rendre à la première messe depuis la libération de Mossoul pour célébrer Noël, une femme porte ses mains au visage, émue. Et murmure d'une voix tremblante d'émotion : « C'est ma maison ! » C'est la première fois que Habiba et sa petite fille, réfugiées à Ankawa (Erbil), regagnent Mossoul. À l'arrivée à l'église Saint-Paul de tous les prélats, les cloches, que personne n'a utilisé durant trois ans, ont enfin résonné. Le lieu de culte chaldéen conserve encore les stigmates des combats. La messe se déroule dans des conditions de haute sécurité, avec la présence de l'armée irakienne et des NSS (Service de renseignement). Wassim, jeune chrétien officier NSS, témoigne : « Je suis heureux de pouvoir assister à une messe dans ma ville natale, où mon meilleur ami est musulman ».
L'église a dernièrement été nettoyée par un groupe d'étudiants volontaires musulmans et chrétiens de l'université de Mossoul. Ils sont d'ailleurs à l'initiative de cette messe de Noël fédératrice. « Le message transmis par cet événement reste l'unité et la paix. On souhaite montrer que Mossoul est aussi la ville des chrétiens », explique Taha. Jeune musulman étudiant en médecine, il est un des bénévoles intégré au projet intitulé Mossoul pour tous et visant à favoriser le retour des chrétiens.

Remerciement aux musulmans

Une soixantaine de familles chrétiennes serait rentrée à Mossoul, mais beaucoup demeurent dans un camp d'Erbil, craignant pour leur sécurité. « J'ai perdu mes deux fils à Mossoul, je suis très émue d'être à cette messe, c'est comme un pèlerinage. Mais pour l'instant je préfère séjourner à Erbil. Je crains que certains habitants conservent l'idéologie de Daech (acronyme arabe du groupe État islamique) », confie Habiba, en prenant la photo de son unique fille devant la crèche.
Monseigneur Louis Raphaël Sako, patriarche de l'Église catholique chaldéenne, commence à officier en langue arabe : « On a accueilli des musulmans dans nos églises au moment de la fuite des habitants de la plaine de Ninive à l'arrivée de Daech. Aujourd'hui, il faut reconstruire les églises, mais aussi les mosquées, pour refonder l'Irak ». Puis il poursuit en saluant le travail des jeunes volontaires musulmans : « Daech a voulu détruire les relations entre les différentes confessions, ces jeunes resserrent ces liens ». Des chants religieux araméens suivent, l'intensité est palpable au sein de la nef, où chrétiens et musulmans sont assis côte à côte.
A la sortie, le premier chrétien à être rentré à Mossoul ne cache pas son bonheur : « Cette messe me remplit de joie et ma vie ici est confortable. Et j'aimerais que tous les chrétiens reviennent. Daech m'a contacté pour me menacer lors de mon retour. Mais je n'ai pas peur, et le vent de solidarité avec les musulmans m'aide à la dépasser ». Le général al-Jibouri grand meneur de la bataille de Mossoul, est aussi présent : « Je suis fier de voir mes amis chrétiens revenir. Le message est : la vie est redevenue normale, ils sont ici chez eux, et Daech n'a pas réussi à diviser musulmans et chrétiens ».

Espoir de retour

Après la messe, les prélats partent, encadrés d'une escorte de trois voitures surplombées de DSHK, avec des kalachnikovs placées en évidence au travers des vitres, et au son de sirènes. Monseigneur Yohanna Petros Mouche, évêque syriaque-catholique de Mossoul, et les autres dignitaires religieux se sont recueillis, seuls, dans d'autres églises de Mossoul-Est. Des églises au symbole lourd, comme celle de Saint-Ephrem, dominicaine. Ils forment des rondes devant des autels dévastés pour de simples prières, laconiques en raison de questions de sécurité encore prégnantes.
Pour Mgr Mouche, « cette messe était un moment de joie, d'espoir pour toutes les communautés. Et un signe d'encouragement pour que les chrétiens rentrent à Mossoul. »
À la fin d'une communion, dans la cour de Notre-Dame de l'Annonciation, où professait à l'époque le père Emmanuel, présent hier, Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque-orthodoxe, cueille des oranges pour les donner à ses pairs, sous le regard débonnaire de jeunes réfugiés sunnites qui ont trouvé refuge dans l'église. Le ton est donné, celui d'une unité à l'écart de toute médiatisation.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAUVRES CHRETIENS IRAQUIENS... ET NON EUX SEULEMENT ... VICTIMES DE L,INTOLERANCE ET LA HAINE ANTI CHRETIENNES QUI NOIRCISSENT LES COEURS MAHOMETANS QU,ILS S,APPELAIENT OTTOMANS HIER ET DAESCH ET AUTRES AUJOURD,HUI...

Wlek Sanferlou

Pour Mgr Mouche, « cette messe était un moment de joie, d'espoir pour toutes les communautés. Et un signe d'encouragement pour que les chrétiens rentrent à Mossoul. »
Joyeux Noël... Et Paix sur la terre!

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