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Le théâtre social à l’USJ : plus qu’un divertissement, une thérapie

FORMATION

Appelé également « théâtre-forum » ou « théâtre de l'opprimé », le théâtre social est fondé sur deux convictions : la première c'est que tout être humain possède le langage théâtral, et la seconde, c'est que le théâtre peut et doit être un outil pour changer le monde.

23/12/2017

Lancé à l'USJ en 1996 pour les formateurs et les assistantes sociales de l'École libanaise de formation sociale (ELFS), le théâtre était utilisé comme un outil dans le travail social. Mais aujourd'hui, c'est devenu un cours facultatif ouvert à tous les étudiants de l'université, mais obligatoire pour ceux de l'ELFS. « Le théâtre n'est plus considéré comme un passe-temps ou un divertissement, mais bien plus comme une thérapie qui va permettre à tous ceux qui suivent le cours de s'extérioriser et de s'éveiller à leurs propres problèmes et sur les causes qui les entourent », explique Claudine Nasr, professeure de théâtre à l'USJ. Réparti en trois crédits de 12 séances d'un mois et demi, ces ateliers n'ont pas vraiment « un but de production théâtrale finale, et ne forment pas de vrais acteurs à proprement parler », tient encore à préciser Claudine Nasr. « Pour cela, pour s'inscrire au cours, les étudiants ne doivent pas être nécessairement doués pour le théâtre. »

 

Une thérapie, un moyen d'expression
Qui peut y accéder ? Tous les jeunes dans les écoles ou les universités qui aiment jouer, se donner, créer, sans nécessairement vouloir être des acteurs. « Ces jeunes ont énormément de choses à dire et à régler. Ils sont souvent fatigués et lassés. Ils sont les témoins de questions dont ils ne peuvent discuter. Ils trouvent alors dans ces cours l'environnement propice pour se décharger et se libérer de leurs problèmes ».

Le cours, divisé en deux parties, commence par des échauffements, des exercices physiques corporels « qui font ressortir beaucoup de choses dans la personne, créent des liens entre les étudiants qui souvent ne se connaissent pas et surtout cassent les barrières sociales pour dépasser les frontières et les limites du corps », explique encore Claudine Nasr. La seconde partie du cours laisse place à l'improvisation, où les étudiants lancent des thèmes généraux qui les concernent et qu'ils voient autour d'eux, sans pouvoir en parler : drogue, laïcité, tolérance, discrimination, racisme. Ils devront improviser alors des scènes à partir de ces thèmes, où chacun joue ce qu'il vit indirectement avec les différentes techniques d'improvisation apprises, pour créer un « théâtre-forum » qui est le but de ce cours.

« Et lorsque les étudiants ressortent déstressés et rechargés à la fin des ateliers, avec tous, l'envie de continuer, de se lâcher encore, de se défouler et de s'extérioriser, ils comprennent alors l'intérêt de ce théâtre social, qui est beaucoup plus une thérapie et un moyen d'expression, qu'un léger passe-temps facultatif ».

 

Faire émerger la parole et la réflexion

Créé par le dramaturge et metteur en scène brésilien Augusto Boal, le théâtre-forum est un spectacle de théâtre interactif qui permet par le biais du jeu théâtral de faire émerger la parole et la réflexion autour d'un thème choisi. Avec sa troupe théâtrale, la Compagnie du théâtre de l'opprimé, Augusto Boal allait dans les milieux les plus défavorisés, tâtait le terrain, vivait les problèmes des gens, et au bout de quelques jours avec ses acteurs et les gens du quartier, il créait un spectacle interactif d'une trentaine de minutes, basé sur leurs problèmes. Dans un premier temps, les comédiens jouaient plusieurs courtes scènes évoquant des situations quotidiennes pouvant être vécues comme conflictuelles ou bloquées. Le public pouvait alors arrêter la pièce à n'importe quel moment. Les acteurs se figeaient à ce moment-là, et un joker apparaissait, entrait en scène et se postait entre les acteurs et le public. Il demandait à la personne qui avait arrêté la pièce de monter sur scène et de prendre le rôle qu'elle voulait pour changer les choses et essayer de parvenir à une issue plus satisfaisante. Le but n'étant pas d'apporter un message ou de trouver la bonne réponse, mais d'expérimenter avec le spectateur des solutions possibles, car Augusto Boal était convaincu que le théâtre peut et doit être un outil pour changer le monde.

 

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