Le billet de Gaby NASR

Clapotis visqueux

Billet
Gaby NASR | OLJ
22/12/2017

Partout ailleurs dans les sociétés normales, la gestion des ordures ménagères se fait dans l'indifférence du public et le ronron rassurant des recycleuses. Y a que chez nous où trouver un dépotoir relève de la chasse au trésor, où les embruns marins sont saturés de staphylocoques dorés, où les tarifs des sociétés retenues par les appels d'offres sont de véritables attaques à main armée et où le tri des déchets a été remplacé par la ségrégation des excréments selon les communautés.

Dernier avatar de ce gouvernement bancal : la nouvelle inscription au Guinness Book des Reports de la décision de savoir si les décharges de Costa Brava et de Bourj Hammoud seront agrandies ou s'il y a lieu de construire des usines d'incinération de déchets. Deux hypothèses aussi malodorantes l'une que l'autre, destinées à laisser macérer cette République de peu dans la fange nauséeuse, les remugles et les clapotis visqueux du cloaque où baignent en vrac : gabegie, corruption, déchets alimentaires et médiocrité de la classe politique. Et ce n'est même pas un changement de sujet, le passage des ordures ménagères à la ménagerie politique se faisant en douceur et pratiquement dans le même parfum.
Une idée aussi lumineuse qu'originale a ainsi surgi des limbes des neurones ministériels assoupis : refiler le tas d'ordures fumantes à une commission fumeuse où les querelles de clochers et de minarets pourront exulter au milieu des relents et des miasmes aromatisés.

En définitive, nous sommes en possession des armes chimiques les moins sophistiquées, mais les plus redoutables. Elles sont comme qui dirait une émanation naturelle de nous-mêmes et de notre mode de pensée. D'ailleurs, le problème est parfaitement ancré dans le patrimoine culturel libanais. À chaque fois qu'un dossier épineux se présente, le premier réflexe des gens est de se demander lequel parmi les protagonistes est la canaille. Jusqu'au moment où, au vu du compromis bidon qui aura mijoté, on se rend compte que la crapulerie était équitablement partagée. À qui donner raison aujourd'hui ? Aux pollueurs atmosphériques et leurs décharges apocalyptiques ou aux pollueurs politiques et leur paresse stratosphérique ?

Patience, les mesquins ! On finira bien par le savoir. En attendant, que les asphyxiés d'aujourd'hui crèvent, pour laisser la place aux asphyxiés de demain...

gabynasr@lorientlejour.com

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stambouli robert

Cela fait des annees que l'on critique le gouvernement a ce sujet mais POURQUOI personne ne repond a la question de base: POURQUOI ON A PAS DEJA CONSTRUIT LES USINES DE RECYCLAGE?????
Les memes critiques sont faites au gouvernement sur l'electricite mais la aussi personne ne pose la question de savoir POURQUOI ON A PAS DEJA CONSTRUIT PARALELEMENT DES CENTRALES DE PRODUCTION D'ELECTRICITE????
Messieurs les journalisteS , svp posez ces questions TOUS LES JOURS a nos responsables chacun dans ses domainEs POUR FINALEMENT AVOIR UNE REPONSE ET EN PRATIQUE LA CONSTRUCTION DE CES USINES ET CENTRALES CE QUI RESOUDRAIT TOUS LES PROBLEMES
MAIS PEUT ETRE NOS JOURNALISTES N'AURONT PLUS RIEN A ECRIRE QUAND TOUT IRA BIEN :))

Soeur Yvette

Merci pour cet article cible...clair et net...

yves kerlidou

“La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l’esprit humain” Voltaire

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CHETIF CALIBRE QUE VOTRE CANON D,AUJOURD,HUI ! FALLAIT UTILISER CONTRE L,ABRUTISSEMENT INNE DU NUCLEAIRE HABITUEL DE GABY NASR... SHED LE3YAAR !!!

Saliba Nouhad

Vous êtes cinglant, cynique et impitoyable aujourd’hui et moins humoristique que d’habitude, mais on ne peut qu’être d’acord avec vous: une cacophonie nationale inimaginable, tragique et sans fin!
Tout le monde dénonce à l’infini cette catastrophe écologique nationale, mais la devise nationale est devenue: « après moi, le déluge » et que les générations futures se démerdent avec ce problème!

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