Liban

La communauté internationale met à l’épreuve Hariri et le Hezbollah

Retour sur la genèse et l'action du Groupe international de soutien au Liban.

09/12/2017

C'est en 2013 qu'est né le Groupe international de soutien au Liban (GISL). Conscient du lourd fardeau qui pesait sur le pays du Cèdre du fait de la présence massive de réfugiés syriens sur son sol, Michel Sleiman, alors président de la République, tirait la sonnette d'alarme.

C'est ainsi qu'il s'est entretenu avec les ambassadeurs des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, sollicitant l'aide de la communauté internationale. Des contacts sont également établis avec l'Italie, l'Allemagne et la Ligue arabe. Sans oublier l'Union européenne, la Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le groupe tient sa première réunion le 25 septembre 2013 au siège de l'ONU à New York, en marge des réunions de l'Assemblée générale de l'organisation.

Dans son premier communiqué, le GISL avait affirmé l'engagement des pays membres à « aider le Liban touché directement par la crise syrienne, à renforcer la capacité de ses forces armées et à porter assistance aux réfugiés syriens ainsi qu'aux communautés d'accueil les plus vulnérables ». Il a salué « la générosité du Liban, qui accueille 800 000 réfugiés », soulignant « le besoin urgent d'accroître l'aide tant aux réfugiés qu'aux communautés vulnérables affectées par la crise humanitaire, et ce, par le biais d'une réponse coordonnée ».
Au fil des années, le groupe a accompagné les péripéties politiques au Liban. Lors des réunions tenues peu avant l'expiration du mandat de Michel Sleiman, les pays membres ont appelé les Libanais à « œuvrer pour le respect de l'échéance présidentielle », comme on peut le lire dans le communiqué final de la réunion du 5 mars 2014, qui avait insisté sur « l'importance pour le Liban de se maintenir à l'écart » de la crise syrienne, « conformément à la déclaration de Baabda du 12 juin 2012 ». Le GISL n'a jamais manqué de soutenir la stabilité du Liban, qui est « au cœur de la résolution 1701 (2006) et d'autres résolutions pertinentes ».

Durant la longue vacance au niveau de la première magistrature de l'État (entre mai 2014 et octobre 2016), Tammam Salam, alors Premier ministre, présidait la délégation libanaise aux réunions du groupe. L'occasion pour les participants de réitérer leur soutien indéfectible au pays du Cèdre, exprimant leur crainte quant à une longue vacance présidentielle et ses retombées sur le bon fonctionnement des institutions. Ils ont, à plusieurs reprises, renouvelé leurs appels à la communauté internationale afin d'aider le Liban à répondre aux besoins des réfugiés syriens.

 

(Lire aussi : Un vaste soutien international au Liban, mais sous condition)

 

Rupture
Si l'écrasante majorité des réunions du groupe se sont soldées par des rappels habituels au maintien de la stabilité du Liban, et par l'insistance sur l'importance de l'application de la résolution 1701, et l'engagement à aider le pays à résoudre la crise des réfugiés, celle tenue hier à Paris revêt une importance certaine. Tenue à l'initiative du président français, Emmanuel Macron, cette rencontre intervient trois jours après l'adoption par le gouvernement Hariri d'un communiqué dans lequel l'État libanais affirme son adhésion à la politique de distanciation par rapport aux conflits régionaux, dont le Premier ministre n'a pas tardé à assurer être le garant. D'autant que le Hezbollah a déjà violé ses engagements sur ce plan, lorsqu'il est revenu sur son adhésion à la déclaration de Baabda, en prenant part à la guerre syrienne.

Mais outre son timing, la réunion du GISL est importante dans la mesure où le communiqué final qui l'a suivie constitue une nette rupture avec ceux des rencontres précédentes. Hier, le groupe a clairement souligné « la nécessité de respecter pleinement toutes les résolutions du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 1559 (2004, qui stipule le désarmement des "milices") et 1701 (2006) ». Exprimant sa satisfaction quant au compromis gouvernemental atteint mardi dernier, le groupe a fait savoir qu'il suivra de près la mise en application par toutes les parties libanaises, et rappelle que cela est énoncé dans la déclaration de Baabda. Il a en outre appelé à « reprendre les discussions pour atteindre un consensus sur une stratégie nationale de défense », plaidant par la même occasion pour la mise en œuvre de certaines réformes économiques.
Ce sont surtout le Hezbollah et Saad Hariri que la communauté internationale a ainsi mis à l'épreuve hier.
Joint par L'Orient-Le Jour, Farès Souhaid, président du Rassemblement de Saydet el-Jabal, souligne que « désormais, la question des armes du Hezbollah est sur le tapis international, comme elle l'était lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères arabes ». « Saad Hariri est aujourd'hui mis à l'épreuve, s'il échoue, il pourrait bien perdre son poste », ajoute-t-il.

 

(Lire aussi : Les États-Unis et le Royaume-Uni insistent sur la mention de la 1559 dans le communiqué final)

 

De même, l'analyste politique Sami Nader fait savoir à L'OLJ que la communauté internationale suit de près le gouvernement, dans la mesure où les aides attendues sont tributaires de l'action de l'équipe ministérielle, soulignant qu'il est vraiment temps de plancher sur les questions polémiques, dont l'arsenal du Hezbollah.

 

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