Des soldats israéliens montent la garde lors d'une visite hebdomadaire de colons à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 9 mai 2026. REUTERS/Mussa Qawasma
L'Union européenne est parvenue lundi à se mettre d'accord pour sanctionner des colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie mais sans aller plus loin à l'égard d'Israël, en dépit de la pression de plusieurs Etats membres.
« C'est fait ! L'Union européenne sanctionne aujourd'hui les principales organisations israéliennes coupables de soutenir la colonisation extrémiste et violente de la Cisjordanie, ainsi que leurs dirigeants », a annoncé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur X. « Ces actes gravissimes et intolérables doivent cesser sans délai », a ajouté le ministre.
Israël a dénoncé de son côté une décision « arbitraire ». « Israël a soutenu, soutient et continuera de soutenir le droit des Juifs à s'installer au coeur de notre patrie », a réagi sur X le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar, jugeant ces sanctions « sans aucun fondement ».
Le ministre des Finances du gouvernement de Benjamin Netanyahu, Bezalel Smotrich, a appelé pour sa part à annexer des zones stratégiques de la Cisjordanie occupée en représailles, selon des propos rapportés par le Haaretz.« L’hypocrisie européenne atteint de nouveaux sommets. Personne ne forcera Israël à adopter une politique de suicide national », a aussi déclaré le haut responsable issu de l’extrême droite israélienne.
Les sanctions étaient bloquées depuis des mois par un veto de la Hongrie de Viktor Orban. Mais la victoire dans ce pays de Peter Magyar aux élections législatives du 12 avril a permis d'obtenir un accord politique sur ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs dans l'Union européenne et une interdiction d'entrer dans l'UE. Une décision officielle des 27 doit encore être prise pour qu'elles entrent en vigueur.
Des sanctions contre des responsables du mouvement islamiste palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, ont également été l'objet de cet accord politique. Sept colons extrémistes ou leurs organisations sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas.
Territoire palestinien miné par des violences quotidiennes, la Cisjordanie est occupée par Israël depuis 1967. Au moins 1.069 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants mais aussi beaucoup de civils, y ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, selon un comptage de l'AFP établi début mai à partir de données de l'Autorité palestinienne.
Aller plus loin
Et certains Etats membres, comme l'Espagne, ont appelé les Européens à aller plus loin, faute de quoi, l'UE perdait toute crédibilité. « La politique étrangère de tout pays, y compris de l’Union européenne, repose sur la crédibilité », a rappelé son chef de la diplomatie Jose-Manuel Albares.
Plusieurs pays, comme la France et la Suède, réclament de leur côté des mesures pour limiter voire interdire totalement les exportations vers l'Union de produits en provenance des colonies israéliennes, jugées illégales au regard du droit international.
« Nous estimons que l’Union européenne doit d’urgence accroître la pression sur Israël afin de mettre un terme à sa politique et à ses pratiques de colonisation », écrivent les deux pays dans une lettre commune.
Le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani a dit de son côté attendre de la Commission qu'elle fasse une proposition en ce sens ; mais celle-ci traîne les pieds. Elle veut d'abord s'assurer qu'une majorité existe sur ce point, ce qui reste à prouver, a-t-on expliqué à Bruxelles.
La cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas a reconnu lundi que cette proposition n'était toujours pas sur la table des 27. Au cours d'une réunion de la Commission européenne en avril, « je l'ai demandé mais la proposition n'est pas là et je ne peux pas la rédiger, je suis désolée », a-t-elle déclaré devant la presse, à l'issue de la réunion des chefs de la diplomatie des Etats membres de l'UE.
La Commission européenne a en revanche proposé de suspendre le volet commercial de l'accord d'association conclu entre l'Union européenne et Israël, pour non respect des droits humains par la partie israélienne. Mais là encore, faute de majorité au sein des 27, cette proposition n'a toujours pas été adoptée. L'Union européenne est le premier partenaire commercial d'Israël.

