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Moyen Orient et Monde

Macron manie la carotte et le bâton avec l’Iran

Décryptage

La position de Paris sur le programme balistique iranien a provoqué des réponses vives de Téhéran, mais sans remettre en question le réchauffement des relations entre les deux pays.

25/11/2017

Tendre la main à l'Iran et en même temps lui taper sur les doigts. Souhaitant jouer un rôle de médiateur sur la scène moyen-orientale, Paris multiplie ces derniers jours les messages à l'intention de Téhéran, lui signifiant à la fois sa volonté de rapprochement et ses inquiétudes à l'égard de sa politique régionale.

Le président français Emmanuel Macron avait résumé les demandes de Paris le 17 novembre : « Notre souhait est que l'Iran ait une stratégie régionale moins agressive et que nous puissions clarifier sa politique balistique qui apparaît comme non maîtrisée. » Depuis Riyad, son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait exprimé la veille ses inquiétudes vis-à-vis « des tentations hégémoniques de l'Iran dans la région ».

Des déclarations qui ne sont pas restées sans réponse. « Il n'est pas dans l'intérêt de M. Macron et de la France de s'ingérer dans des dossiers sensibles pour l'Iran, à savoir sa stratégie balistique et sa stratégie régionale. De telles ingérences terniront l'image de la France auprès des Iraniens (...) M. Macron ne devrait pas s'ingérer dans cette affaire s'il souhaite voir les relations Téhéran-Paris aller croissant », a averti Ali Akbar Velayati, haut conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei, le 18 novembre. Ali Jaafari, commandant du corps des gardiens de la révolution (pasdaran), a quant à lui qualifié le président français de « jeune et inexpérimenté ».

Soucieux de préserver ses bonnes relations avec la France, où il a effectué une visite diplomatique le 28 janvier 2016, le président iranien Hassan Rohani a calmé le jeu. Dans une communication téléphonique avec son homologue français, il s'est dit prêt à un rapprochement entre les deux pays sur la base du respect mutuel et des intérêts communs dans les dossiers bilatéraux, mais aussi régionaux et internationaux.

 

(Lire aussi : Macron : Nous souhaitons dialoguer avec Téhéran)

 

Tirer les fils sans les casser
Les critiques des durs du régime montrent néanmoins la difficulté de l'entreprise diplomatique engagée par Paris. Alliée de l'Arabie saoudite, la France essaye de jouer les équilibristes pour satisfaire les deux parties, à un moment de grandes tensions entre les deux grands rivaux du Golfe. « Emmanuel Macron veut se rapprocher de l'Iran sans s'éloigner ni des États-Unis ni de l'Arabie saoudite. Il joue dans une sorte de triangle. Il essaye de tirer les fils de tout le monde sans les casser », confie à L'OLJ François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran. « La stratégie consiste à se rapprocher de tout le monde sans rompre avec personne. C'est un jeu diplomatique assez fin auquel Emmanuel Macron joue plutôt bien », poursuit le diplomate.

La France est attachée à la préservation de l'accord nucléaire signé en juillet 2015 entre l'Iran et les 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Allemagne), alors que sa survie est actuellement remise en question par l'administration Trump. « Le président Macron semble croire que la meilleure façon de convaincre le président Trump de préserver l'accord nucléaire est de s'engager à répondre aux préoccupations concernant le programme iranien de missiles balistiques », décrypte pour L'OLJ Ali Vaez, directeur du pôle Iran à l'International Crisis Group. « Les Iraniens ont de leur côté besoin que les Européens affrontent les États-Unis et préservent l'accord nucléaire », poursuit-il.

 

(Lire aussi : Le Quai d’Orsay condamne les activités militaires du Hezbollah, pas le parti)

 

Mais la marge de manœuvre de Paris dans ce dossier semble assez étroite. Les inquiétudes françaises concernent la question des missiles balistiques, celle de la politique étrangère de l'Iran dans la région et celle enfin de l'après-accord nucléaire alors que celui-ci « expire » dans huit ans. Autant de lignes rouges pour Téhéran, qui considère qu'il s'agit là d'une façon détournée de renégocier l'accord nucléaire. « En tant que seule arme iranienne à pouvoir atteindre ses adversaires sur leur sol, les missiles balistiques sont considérés comme un atout existentiel par Téhéran, qui poursuivra leur développement quelles que soient les sanctions imposées », estime Ali Vaez. « L'Iran ne dispose pas de moyens de défense aériens très importants, contrairement à l'Arabie saoudite qui a des moyens fort avancés fournis par les Américains », confirme à L'OLJ Mohammad Reza Djalili, docteur en sciences politiques et diplomatiques.

Paris semble vouloir agir en deux temps, en annonçant ses positions avant d'essayer de trouver un compromis quand le timing sera le plus adéquat. Pour ce faire, il mise clairement sur le réchauffement des relations avec Téhéran, alors qu'Emmanuel Macron a annoncé qu'il pourrait s'y rendre dans les mois prochains. « Téhéran a besoin de Paris, et Paris a besoin de Téhéran pour s'inscrire dans le jeu politico-diplomatique du Moyen-Orient et dans le jeu économique de l'Iran qui est un pays avec une position stratégique essentielle », précise Mohammad Reza Djalili. La visite d'Emmanuel Macron devrait permettre à Paris de renforcer les positions du président Rohani, plus modéré, pas rapport aux durs du régime. « Hassan Rohani tient beaucoup à la visite d'Emmanuel Macron, et je pense que ce dernier a envie d'effectuer cette visite en Iran parce qu'il pense que cela peut faire bouger les choses », conclut François Nicoullaud.

 

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