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Liban

Quand le pouvoir décide de mettre les médias au pas

Polémique Jreissati-Ghanem

Interrogé par « L'Orient-Le Jour », Melhem Riachi se dit prêt à accompagner tout journaliste qui serait poursuivi en justice.

Yara ABI AKL | OLJ
18/11/2017

C'est une nouvelle bataille entre les médias et le pouvoir politique et judiciaire qui s'est ouverte jeudi soir. Et pour cause: le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a demandé que notre confrère Marcel Ghanem, animateur de la plus vieille émission politique au Liban encore à l'antenne, Kalam el-Nass, soit entendu par la justice. Les plaintes de M. Jreissati ont englobé deux journalistes saoudiens qui ont participé à une séquence animée par M. Ghanem (et diffusée en direct) pour commenter la crise survenue entre Beyrouth et Riyad après la démission du Premier ministre, Saad Hariri, il y a deux semaines.

 

Les faits
Tout a commencé lorsque l'un des deux journalistes saoudiens s'en est pris au président de la République Michel Aoun, au président de la Chambre Nabih Berry, et au ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, les accusant de « participer aux attaques du Hezbollah contre l'Arabie saoudite ». Il a même accusé le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, de « terrorisme ».
Déclarant vouloir protéger ce qu'il qualifie de « prestige et dignité de l'État », M. Jreissati a eu recours au pouvoir judiciaire. De son côté, Marcel Ghanem a réagi en adressant une lettre ouverte au peuple libanais au début de son émission de jeudi dernier. Il en a également profité pour tirer à boulets rouges sur le ministre de la Justice.

« Au lendemain de l'émission de jeudi dernier, j'ai reçu un appel téléphonique sur mon portable personnel de la part de la procureure générale du Mont-Liban, Ghada Aoun, qui voulait s'informer du contenu de cet épisode dont elle a demandé copie (...) », a expliqué Marcel Ghanem en direct devant les téléspectateurs. Il est également revenu sur les poursuites engagées par le ministre de la Justice. « Quelques heures plus tard, je reçois un appel du standard de la LBCI. Un détective est à l'autre bout du fil (...). Lundi, ce détective transmet à la LBCI une demande de la part de la juge Aoun qui réclame mon identité complète, celle de mon collègue, Jean Feghali, responsable au sein de la LBCI, ainsi que l'identité de mes deux invités saoudiens », a poursuivi M. Ghanem.
Il a affirmé ensuite qu'il avait été convoqué pour une audience devant le parquet à Baabda. Le journaliste a souligné qu'il a refusé de se rendre à cette convocation car, selon lui, elle n'a pas été faite via les canaux officiels. « Toutes les mesures prises montraient d'avance dans quelle direction cette affaire se dirigeait », a déploré Marcel Ghanem. Il a révélé par la suite que des détectives se sont déployés à l'intérieur du siège de la LBCI mercredi, à la grande surprise des employés de la chaîne. Il explique également avoir été à nouveau convoqué jeudi pour être entendu par la justice.

 

« Je ne suis pas un criminel »
S'adressant à M. Jreissati, Marcel Ghanem a lancé: « Je ne suis pas un criminel, un trafiquant de drogue ou un terroriste du groupe État islamique pour que la juge Aoun me demande de décliner mon identité complète. Pourquoi n'avez-vous pas pris les actions convenables dans les dossiers de Ersal, du "quitus impossible" (les accusations de corruption lancées par les aounistes contre le camp Hariri, il y a quelques années) », a-t-il encore dit à l'adresse du ministre de la Justice, avant de poursuivre: « Le ministre a négligé les plaintes déposées contre un quotidien qui a publié un entretien avec Habib Chartouni (assassin de l'ancien président de la République Bachir Gemayel). »

Marcel Ghanem a insisté ensuite sur le fait que les journalistes saoudiens s'exprimaient en direct, et qu'en tant que journaliste, il n'avait pas pris la défense de ses confrères, ni adopté leurs propos, faisant savoir que « l'une des filles d'un haut responsable a contacté la LBCI pour s'informer de la date d'arrêt de l'émission Kalam el-Nass ». Selon lui, « cette menace rappelle l'ère syrienne ».
La réponse du ministre de la Justice n'a pas tardé. Le bureau de presse de ce dernier a publié hier un communiqué comportant des termes violents à l'encontre de Marcel Ghanem: « L'allocution de Marcel Ghanem, hier lors de son émission (...), prouve que l'hystérie médiatique s'accapare de certains talk-shows politiques, alors que l'ère de la prostitution journalistique qui échappe à l'éthique professionnelle et morale est révolue. Personne au Liban n'est au-dessus des lois, et celui qui doit être auditionné par la justice ne jouit d'aucune immunité (...). Les accusations mensongères et la calomnie en direct sont condamnables. La liberté de presse ne permet pas de se dérober à ses responsabilités à l'égard de la loi, sous prétexte d'être une personnalité connue (...) »
Et le communiqué de conclure: « L'émission de Marcel Ghanem est entre les mains de la justice et des juges respectables qui, seuls, vont déterminer les responsabilités de chacun. »

 

« Le combat de tous les journalistes »
Mais, bien au-delà des questions de politiques politiciennes qui auraient motivé l'action de M. Jreissati, il reste que, selon d'aucuns, ce dernier a porté atteinte à un droit fondamental, celui de la liberté d'expression incarnée par la presse et des médias au Liban, un pays qui se veut « une oasis de liberté dans le monde arabe ».
Nombre d'observateurs rappellent à cet égard que ces nouvelles poursuites de M. Jreissati interviennent quelques mois après des plaintes présentées contre 400 personnes (dont des journalistes et des députés) qui se sont opposées au plan de production de l'électricité élaboré par le ministre César Abi Khalil. C'est d'ailleurs dans ce cadre que Marcel Ghanem place cette bataille qui l'oppose au pouvoir judiciaire. Interrogé par L'Orient-Le Jour, il déclare sans détour: « Ce que j'ai dit jeudi soir est le combat de chaque journaliste qui pourrait être poursuivi en justice. » Selon lui, « les tentatives de dompter la liberté de la presse se poursuivent et proviennent d'un pouvoir politique qui n'a pas confiance en lui-même ». Rappelant que « même durant les périodes les plus obscures de la tutelle syrienne, le Liban n'a pas vécu ce vent de folie contre les médias », M. Ghanem s'est félicité de « l'attachement des Libanais aux batailles liées à leurs libertés les plus fondamentales ».

Le ministre de l'Information, Melhem Riachi, s'est dit pour sa part solidaire de Marcel Ghanem, mais aussi de tous les journalistes du pays. « M. Ghanem n'a commis aucune diffamation », indique M. Riachi dans une déclaration à L'OLJ. « La liberté de la presse est sacro-sainte. Et je suis prêt à accompagner devant la justice tout journaliste qui serait poursuivi », ajoute-t-il, soulignant que la mesure prise par son collègue de la Justice « ne fait pas l'unanimité parmi les autorités ».

 

« Sonnette d'alarme »
Concernant la polémique autour d'une atteinte au droit à la liberté d'expression, Waël Kheir, président de la Fondation des droits de l'homme et du droit humanitaire, est catégorique. « La liberté d'expression est sacro-sainte et garantie par la Constitution libanaise, mais aussi par la Déclaration universelle des droits de l'homme (article 19) », rappelle-t-il via L'OLJ. « M. Jreissati devrait se désister des actions entreprises à l'encontre de Marcel Ghanem. D'autant qu'il s'agit d'une sonnette d'alarme concernant les libertés publiques au Liban », note-t-il.

Pour ce qui est du corps journalistique, et à l'heure où l'ordre des journalistes affichait hier un silence radio, Hussein el-Wajeh, directeur de l'information à la Future TV, estime que le climat des libertés publiques est malsain. « Mais je n'ai pas peur pour les libertés au Liban, dans la mesure où les journalistes sont prêts à mener toutes les batailles portant sur leur droit à l'expression », confie-t-il à L'OLJ.

 

Pour mémoire

Jreissati intente un procès à deux invités saoudiens de l’émission « Kalam el-Nass »

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Yves Prevost

Si quelqu'un., ministre, député,général ou président de la république s'estime insulté ou calomnié, il n'a qu'à déposer une plainte en diffamation, mais ce n'est pas au ministre de la justice d'intervenir.

gaby sioufi

triste situation, triste etat de faits l'un plus deprimant que l'autre.
et voila que le CSM se met de la partie.
avec ou ss DROIT je l'ignore.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES GAFFES DE TOUTES SORTES SE POURSUIVENT A UN RYTHME ACCELERE !

Bery tus

VOUS EN VOULIEZ, VOUS EN VOILÀ LOOOL ... maintenant en espérant qu’une partie du peuple libanais se réveille !!!

Henrik Yowakim

Rappelant que « même durant les périodes les plus obscures de la tutelle syrienne, le Liban n'a pas vécu ce vent de folie contre les médias », M. Ghanem s'est félicité de « l'attachement des Libanais aux batailles liées à leurs libertés les plus fondamentales »

PLUTOT QUE DE VENT DE FOLIE CONTRE LES MÉDIAS IL FAUDRAIT PARLER DE PROSTITUTION ET DU TERRORISME JUDICIAIRES DONT SONT FRIANDS LES RÉGIMES FASCISTES POLICIERS ET TOTALITAIRES OU RÊVENT DE L'ÊTRE

ET DONT LES JUGES VICHINSKY DURANT LA PÉRIODE STALINIENNE ET LES JUGES ET MINISTRES DE LA JUSTICE THIERACK ET FREISLER DURANT LA PÉRIODE NAZIE SONT OU ÉTAIENT DES MODELES PARFAITS

Henrik Yowakim

Selon lui, « cette menace rappelle l'ère syrienne »

C'ETAIT A PREVOIR AVEC LE RETOUR AU POUVOIR DES RÉSIDUS ET DES SYMBOLES DE L'ERE ET DE L'OCCUPATION BAASSYRIENNES

Saliba Nouhad

Ça ne vous rappelle pas un certain Trump qui, devenu président des E-U s'est attaqué aux plus grandes chaînes médiatiques, en les qualifiant de “fake news”, juste parcequ’ils questionnent ses positions politiques, son intégrité et honnêteté, en démontrant ses mensonges quotidiens, dénonçant son arrogance etc...
Sauf que, la liberté d’expression et de la presse est sacro-sainte, protégée par la constitution dans les pays démocratiques, et aucun juge ne peut les museler à cause d’une accusation de lèse-majesté...
Sauf dans les pays totalitaires, dictatoriaux, rétrogrades: sommes-nous arrivés à ce niveau au Liban?

Henrik Yowakim

Déclarant vouloir protéger ce qu'il qualifie de « prestige et dignité de l'État », M. Jreissati a eu recours au pouvoir judiciaire

LE CHEF DE L'ETAT C'EST LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF SUPREME,CELUI QUI EXERCE L'AUTORITÉ SUPRÊME ,ET AU LIBAN CE POUVOIR EXÉCUTIF EXERÇANT L'AUTORITÉ SUPRÊME EST UN POUVOIR COLLÉGIAL :EN L'OCCURRENCE LE GOUVERNEMENT TOUT ENTIER

C'EST POUR CETTE RAISON AUSSI QUE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE LIBANAISE NE PEUT DISSOUDRE LE PARLEMENT AU CONTRAIRE DES PRÉSIDENTS DIRECTEMENTS ÉLUS PAR LE PEUPLE DANS LES RÉGIMES PARLEMENTAIRES :CAR IL NE PEUT DISSOUDRE L'ORGANE QUI L'A ÉLU ,EN L'OCCURRENCE LE..... PARLEMENT ,TOUT COMME LE PRÉSIDENT ÉLU PAR LE PEUPLE NE PEUT DISSOUDRE L'ORGANE QUI L'A ÉLU,EN L'OCCURRENCE LE.....PEUPLE

AU LIBAN ,PAYS DE DÉMOCRATIE PARLEMENTAIRE ,LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE N'EST PAS DONC LE CHEF DE L'ETAT C'EST A DIRE L'ORGANE EXÉCUTIF SUPRÊME:ETAT ET RÉPUBLIQUE SONT 2 CHOSES DIFFÉRENTES

IL NE PEUT DONC INCARNER L'ETAT COMME LOUIS 14 OU LES PRÉSIDENTS AMÉRICAIN OU FRANCAIS ÉLUS DIRECTEMENT PAR LE PEUPLE

ET CRITIQUER LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE NE PEUT DONC SIGNIFIER PORTER ATTEINTE AU PRESTIGE ET A LA DIGNITÉ DE L'ETAT

SAUF SI LE MARQUIS DE JREISSATI CONSIDÉRÉ LE GÉNÉRAL AWOUN COMME LE NOUVEAU ROI SOLEIL DU DU LIBAN

ET PAR CONSÉQUENT TOUTE ATTEINTE A SA DIGNITÉ ET A SON PRESTIGE PERSONNELS COMME UN CRIME MÉDIÉVAL DE LÈSE MAJESTÉ

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