Liban

Lorsque l’histoire se répète

Tribune
11/11/2017

« Si j'avais su... » C'est ce qu'avait dit Hassan Nasrallah au terme de la guerre de 2006 qui avait causé d'importantes destructions au Liban, que le Qatar et l'Iran s'étaient empressés de réparer, suivis dans une moindre mesure par les pays du Golfe. Mais si Hassan Nasrallah savait ce que cette guerre allait engendrer comme résultats, pourquoi l'a-t-il commencée ?

S'il savait d'avance que Saad Hariri démissionnerait, pourquoi a-t-il raté l'occasion d'un bon arrangement ? Celui conclu n'ayant pas abouti à une entente mais à l'émergence d'un vainqueur et d'un vaincu !
Le vainqueur ne voulait plus s'arrêter en si bon chemin et le vaincu ne savait plus où cacher sa honte. Le ministre Gebran Bassil brandissait tous les jours les étendards de la victoire et Saad Hariri n'en finissait pas de ruminer sa défaite. Mais quel était donc cet arrangement ?
Peut-on encore revenir à ce qui avait précédé cet arrangement pendant que Michel Aoun est encore au palais présidentiel ?

L'ancien Premier ministre Nagib Miqati s'est dépêché de prescrire une solution, celle de la constitution d'un gouvernement de technocrates dont il serait le président et qui mettrait fin au problème ! Mais le gouvernement dont le chef a démissionné n'est-il pas un gouvernement de technocrates ? Le pays n'était pas dirigé par le gouvernement. Le pouvoir était situé à l'extérieur. Il était aux mains des forces politiques qui avaient conclu l'arrangement en adoptant la solution du juste milieu par rapport aux positions des deux parties. Le pouvoir « fort » qui a fait échec à l'élection d'un président de la République pendant deux ans est celui des gouvernants effectifs actuels. Les ministres n'ont été que les technocrates du pouvoir tout au long d'une année où il était en fait exercé par Michel Aoun (et Gebran Bassil), Nabih Berry et Hassan Nasrallah.

 

(Lire aussi : Nasrallah : Saad Hariri est "détenu en Arabie saoudite et ne peut pas rentrer")

 

 

L'histoire se répète. Le problème avant Taëf était celui du désarmement des Palestiniens ! Le président Jacques Chirac était venu affirmer devant le Parlement libanais que ce désarmement interviendrait lors de la résolution du problème de la Palestine ! L'histoire s'est encore répétée lorsque Michel Aoun a été interrogé sur le moment du désarmement du Hezbollah. Il avait répondu : lors de la résolution du problème de la Palestine !

L'histoire qui se répète prend la forme d'un évènement important et grave la première fois. Il prend la forme d'une mascarade la seconde fois.
Et puis, pourquoi Saad Hariri affaiblirait-il les souverainistes par sa démission en Arabie saoudite ? Le conflit oppose-t-il les souverainistes aux suivistes, ou l'Arabie saoudite à l'Iran ?
S'est rangée, cette fois-ci, aux côtés de l'Arabie saoudite l'Amérique avec fermeté et détermination. Quid d'Israël dans ce programme ? Si Israël et avec lui l'Amérique lancent, comme il dit, une guerre contre le Liban, cette guerre visera à anéantir le Liban et non le Hezbollah.
Elle sera une guerre américano-israélienne contre l'Iran sur le territoire libanais.
La solution est-elle aux mains du général Aoun ou l'a-t-elle dépassé ?
Le général Aoun a dit aux milliers de chrétiens qui s'étaient rassemblés au palais de la présidence en 1990 : « Je vous ai compris. » Ces chrétiens étaient lassés de la capitulation de leurs chefs face à la tutelle syrienne !

Farouk al-Chareh (vice-président de Hafez el-Assad) avait écrit au sujet de cette période dans son ouvrage intitulé La vision perdue (p. 177) :
« Aoun a commencé à nous contacter pour obtenir notre soutien à son accès à la présidence de la République. J'ai transmis cette supplique au président Assad qui m'a dit : "J'admire les qualités militaires et personnelles de Aoun et les apprécie beaucoup. Aussi n'ai-je aucun veto à formuler contre son accession à la présidence de la République." »
Farouk al-Chareh ajoute dans son ouvrage : « Mais le général Aoun n'était pas prêt à attendre la prise de position de la Syrie alors que le président Assad ne l'écartait absolument pas de la liste des candidats à la présidence. Il s'est empressé ou, pour être plus précis, s'est laissé guider par ceux qui le pressaient de déclarer la guerre à la Syrie. Ce fut le rôle de Saddam et de Arafat qui ne cachaient pas leurs sentiments vis-à-vis de la Syrie. Le 14 mars 1989, Aoun a annoncé officiellement le début de ce qu'il a appelé "la guerre de libération". Il a commencé par bombarder la zone ouest de Beyrouth et a lancé des déclarations "guerrières", "extrémistes" et "irresponsables" contre la Syrie et le président Assad. »

À Paris, je rendais des visites au général Aoun continuellement. Il m'affirmait toujours qu'il m'avait compris lorsque je m'entretenais avec lui sur la souveraineté et l'indépendance. Mais j'ai su par la suite qu'après une de mes rencontres avec lui, il a reçu Karim Pakradouni et le fils du président Lahoud ainsi que trois officiers des renseignements syriens, ce que Pakradouni a répété plus tard au cours d'une conférence de presse publique. Le général Aoun leur avait dit alors : « Je vous ai compris. »

Revenons à ce jour, ce jour du soulagement, celui dont nous devons nous inspirer pour trouver la solution. Nous observons que le général Aoun était apparu le 6 novembre devant son public qui se pressait devant le palais présidentiel après son élection à la présidence de la République. Il a dit une chose qui constitue une clef pour la solution de toutes les crises, en s'inspirant pour cela des paroles de Michel Chiha qui avait répété que la domination d'une communauté est nuisible au Liban et aux autres communautés, et plus grave est la domination d'une communauté sur les autres. D'ici est née la crise et ainsi peut-elle prendre fin.
Faut-il attendre la résolution du problème palestinien pour le désarmement du Hezbollah ?
Les trains passent à proximité de nous, les civilisations nous survolent, les séismes écroulent le sol sous nos pas. Nous n'espérons plus rien.

 

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Eleni Caridopoulou

Moi je crois que le prisonnier est Michel Aoun par l'Iran , la Syrie et le Hezbollah ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE REPETE QUE SI ON NE CONNAIT PAS LA TENEUR DES DISCUSSIONS QUE HARIRI A EU A BEYROUTH AVEC L,IRANIEN WILAYATI DEUX JOURS AVANT SON DEPART ET SA DEMISSION AVEC LES ACCUSATIONS CONTRE L,IRAN ET LE HEZBOLLAH ON NE POURRAIT POINT TIRER DES CONCLUSIONS JUSTES...

gaby sioufi

j'adore le " si j'avais su ",
qui en soit est une repetition de l'histoire des arabes.
ils n,ont jamais rien su, rien compris !
NOUS libanais encore moins .

Pierre Hadjigeorgiou

Le compte a rebours avait commencer le 11/09, s'est relancer en 2005, puis avec les printemps arabes et a présent va se concrétiser avec la fin de l'islamisme impérialiste sunnite comme chiite. Un coup de balai sans précédent et inédit! Apres la pluie nous aurons enfin le beau temps...!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES FAMEUX - SI J,AVAIS SU- SE MULTIPLIENT ET SE MULTIPLIERONT... ET LE PAUVRE LIBAN EN PAYERA LES PRIX POUR QUE VIVE LA REPUBLIQUE ISLAMIQUE OBSCURE SERVIE AUX DEPENS DE SES INTERETS ET DE SA SURVIE PAR UNE PARTIE DE SES ENFANTS QUI ONT CHOISI DE S,INFEODER A L,ETRANGER CONTRE LEUR PATRIE !

Wlek Sanferlou

Les arabes du monde moderne (euphémisme)adorent les perdants: ont les attendu à l ouest ils sont venu de l'est avait dit Nasser après la débâcle 67, les gens l ont adorer.
Hassan à déclarer que s il avait su... après le désastre de 2006 , les gens l ont adorer.
Michel à déclarer la guerre au monde entier et surtout à la Syrie et on eu gratifier par le perte complète du pays, on l a ramener comme président...
Si on ne fait que miser sur des valeurs perdantes on fini par... Bof je ne veux plus y penser...

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