Au septième jour, les signaux se sont multipliés pour faire croire que le Premier ministre est libre de ses mouvements et de ses déclarations à Riyad. Depuis jeudi soir, la contre-offensive saoudienne a commencé : participation agressive à des talk-shows libanais de la part de personnalités médiatiques saoudiennes et distribution massive d'informations attribuées à des sources françaises ou autres, pour confirmer la théorie développée dans le texte de démission lu par Saad Hariri, selon lequel il serait en Arabie pour sa propre sécurité. Mais cette riposte saoudienne médiatique dans plusieurs directions montre que le Liban a bien réussi à retourner la situation et placer les dirigeants saoudiens en position de défense, dans ce qu'on appelle désormais « l'affaire Hariri ». Hier, au cours de ses rencontres avec les diplomates occidentaux, arabes et internationaux en poste au Liban, le chef de l'État a expliqué que les circonstances de la démission du Premier ministre sont inacceptables pour le Liban et qu'il faut donc que Saad Hariri vienne à Beyrouth et déclare à partir du Liban qu'il renonce à ses fonctions, d'autant que, selon la Constitution libanaise, le siège du gouvernement et celui du Parlement libanais sont en territoire libanais. Le président de la République n'a pas lancé d'accusations, ni émis de doutes. Il s'est contenté d'expliquer que, du point de vue constitutionnel, cette façon de faire est inacceptable.
Le Liban ne peut certes pas obliger les autorités saoudiennes à pousser le Premier ministre à revenir au pays et il ne veut pas entrer dans un conflit ouvert avec ce pays frère avec lequel il a toujours entretenu de bonnes relations. Mais il essaie simplement d'avoir des informations sur les conditions de son séjour à Riyad, tout en essayant de mobiliser la communauté internationale sur le sujet.
C'est dans ce contexte que le directeur de la Sûreté générale Abbas Ibrahim s'est rendu à Amman, en tant qu'émissaire présidentiel, pour une rencontre avec le président palestinien Mahmoud Abbas, qui venait de rentrer d'une visite à Riyad au cours de laquelle il a eu un entretien téléphonique avec Saad Hariri. Selon des sources diplomatiques arabes, ce seraient les autorités égyptiennes (Saad Hariri devait être reçu dimanche dernier par le président Sissi) qui auraient demandé au président Abbas de se rendre à Riyad et de sonder les autorités saoudiennes au sujet de Saad Hariri. Les mêmes sources laissent entendre que, pour les autorités saoudiennes, il y a deux volets distincts dans « l'affaire Hariri ». Le premier concerne les menaces de mort qu'il aurait reçues et qui justifient sa présence à Riyad et la réduction de ses déplacements. Quant au second, il porte sur une éventuelle implication du citoyen saoudien Saad Hariri dans des affaires de corruption et la nécessité de sa présence sur place pour les besoins de l'enquête. Pour ces deux raisons, les sources diplomatiques précitées expliquent que les autorités saoudiennes n'envisagent pas, pour l'instant, le départ du Premier ministre libanais de Riyad. Par contre, elles pourraient organiser des rencontres avec lui, notamment pour le patriarche maronite, qui effectue, à partir de lundi, une visite qualifiée d'« historique » à Riyad. De même, le chargé d'affaires saoudien Walid Boukhari aurait proposé au chef de l'État, au cours de l'entretien d'hier dans le cadre des concertations diplomatiques de Baabda, d'envoyer le ministre des Affaires étrangères à Riyad pour qu'il puisse rencontrer Saad Hariri. Le palais présidentiel et le ministre Bassil ont refusé de commenter cette information. Ce qui peut être interprété comme une confirmation tacite ou comme une possibilité pas encore tranchée.
Dans ce même contexte, le général Abbas Ibrahim s'est aussi rendu en France, après Amman, à la demande des autorités françaises pour échanger des informations sur ce dossier épineux, après la visite-éclair du président Emmanuel Macron à Riyad.
En résumé, le Liban officiel continue de réclamer le retour du Premier ministre à Beyrouth avant de statuer sur la démission. Après avoir mené pendant trois jours des concertations avec toutes les parties politiques sur le sujet, il a mené hier des concertations diplomatiques sur le même sujet dans une tentative d'obtenir une unanimité interne sur cette réclamation, doublée d'une mobilisation internationale. Jusqu'à présent, toutefois, le Liban officiel ne parle pas d'une détention, ni même d'une assignation à résidence de la part des autorités saoudiennes à l'égard du Premier ministre, préférant éviter toute escalade entre Beyrouth et Riyad.
Mais, sur le plan populaire, la rue sunnite commence à se poser de plus en plus de questions. Le premier choc passé, le courant du Futur et le bloc parlementaire du même nom ont resserré les rangs autour de leur chef Saad Hariri, sous la houlette du mufti de la République avec lequel Mme Bahia Hariri s'est entretenue jeudi matin loin des médias. Selon certaines informations, des manifestations et des sit-in pourraient être organisés la semaine prochaine devant le Sérail pour réclamer le retour du Premier ministre au Liban, s'il n'y a pas entre-temps des nouvelles crédibles qui justifient sa présence à Riyad. La balle est donc désormais dans le camp saoudien, alors que le Liban continue à être très prudent dans l'approche de ce dossier, estimant que jusqu'à présent de nombreux pièges ont été évités puisque l'unité nationale a été renforcée et la dignité de l'État préservée.
Lire aussi
Problèmes de plomberie, l'éditorial de Issa GORAIEB
Après le renforcement de l’unité interne, la mobilisation diplomatique, le décryptage de Scarlett Haddad
Lorsque l’histoire se répète, par Abdel Hamid EL-AHDAB
Tillerson : Saad Hariri, un « partenaire solide des États-Unis »
La démission de Hariri exacerbe les divisions au sein du courant du Futur
Souhaid à « L’OLJ » : Plus de cohabitation possible entre le Hezbollah et la République libanaise


C’est inconstitutionnel cette démission de HarirI faite de l’étranger? Ah bon, qu’est-ce qui respectait encore la constitution dans notre république bananière? Un état dans l’état, pas de budget, pas d’élections partielles, une présidentielle bloquée 2ans, un parlement prorogé à deux reprises, un Ministre des Affaires Étrangères qui en fait à sa tête etc... Non, mais le ridicule ne tue pas au pays du Cèdre.
00 h 46, le 12 novembre 2017