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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

Le psychanalyste, le symptôme et la guérison (suite)

« Le symptôme, grave, chronique, anodin ou fugace est écrit dans la langue d'un Autre qui reste à rencontrer. » Cet Autre, père, mère, grands-parents, ami, médecin de famille, prof, psy... est supposé déchiffrer le message, le patient étant incapable de le faire lui-même. Il devient cet Autre (avec un grand A) lorsqu'il aura déchiffré le symptôme.

Cette phrase est de François Perrier (1922-1990), l'un des principaux élèves de Lacan. Pour mieux comprendre cela, revenons à cette séquence clinique légendaire mais néanmoins vraie du film de John Huston, Freud, Passions secrètes (L'OLJ du 26/10/2017). Le médecin traitant de Cécilie était Joseph Breuer (1842-1925), l'ami, le collègue et le mentor de Freud. Breuer était dans l'impasse avec elle et avait demandé la présence de Freud. Malgré plusieurs séances d'hypnose avec sa patiente, malgré les souvenirs traumatiques qu'elle retrouvait à chaque fois, elle restait aveugle et paralysée.

Pour rappel : sous hypnose, elle fait toujours le récit suivant : « Elle est à Naples, elle est réveillée en pleine nuit par deux médecins qui viennent l'emmener à l'hôpital pour identifier le corps de son père. » À l'hôpital, les infirmières sont gentilles mais outrageusement maquillées. Une musique résonne. Arrivée dans la chambre où est mort le père, il est couvert d'un drap. À côté de lui, une infirmière également très maquillée. Au moment où le médecin découvre le corps, elle tombe par terre. Paralysée, elle ne peut plus se relever et aveugle elle ne peut plus voir.

Désespéré, Breuer regarde Freud qui demande alors de l'hypnotiser lui-même.

 

« Le symptôme est écrit dans la langue d'un autre qui reste à rencontrer »
Il commence par lui demander qui étaient les deux hommes venus la réveiller en pleine nuit ? Par cette simple question, Freud montre à la patiente qu'il ne la croyait pas. Non pas qu'elle mentait, mais que c'était illogique qu'en pleine nuit, deux médecins quittassent l'hôpital pour venir la chercher, et pour une raison nullement urgente : identifier le cadavre de son père. Freud lui montre ainsi qu'il y a une énigme dans son souvenir, et que cette énigme, il ne la comprenait pas.

À cet instant précis, Cécilie saisit que c'était Freud qui allait déchiffrer ses symptômes, et non plus Breuer. Il devient Autre pour cela. Le premier transfert de l'histoire de la psychanalyse venait d'avoir lieu. La patiente et Freud allaient cheminer plus loin que Breuer, sans même savoir où ils allaient. Cécilie le savait, mais elle refusait ce savoir, ce savoir inconscient et elle refoulait ce savoir avec acharnement. Elle commence par résister à Freud. Elle insiste, elle crie : « C'était des médecins, des médecins. » Freud n'est pas dupe : « Des médecins, deux médecins ne quittent pas un hôpital en pleine nuit, tous les hôpitaux souffrent de pénurie de médecins, surtout la nuit. »

Cécilie craque : « C'était des policiers, des policiers. »
Cécilie savait que c'était des policiers, mais elle refoulait ce savoir pour ne pas connaître la vérité. Quant à Freud, il ne savait rien, mais sa question pousse la patiente à supposer qu'il le savait. « Le sujet supposé savoir », voilà comment Lacan définit, moins de cent ans plus tard, la position du psychanalyste. Quant à Freud, il ne savait rien, mais comme il voulait en savoir plus, son insistance laisse supposer à la patiente qu'il savait et qu'il s'agissait d'un savoir sexuel, ce savoir sexuel qu'elle voulait maintenir refoulé. Le désir de savoir de Freud, disions-nous la dernière fois, fut le moteur de la cure. C'est comme cela que commence toute cure psychanalytique.

En supposant qu'il savait, la patiente opposa moins de résistance : l'hôpital était un bordel et les infirmières des prostituées. À la fin de la séance d'hypnose menée par Freud, elle est guérie. Elle voyait et elle bougeait les jambes. Mais le plus étrange, au lieu d'être reconnaissante à l'égard de Freud qui venait de la guérir, réalisant qu'il l'avait amenée à reconnaître que son père était mort dans un bordel, elle l'insulta et le chassa.

 

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