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« Revival », une exposition salvatrice de Tom Young en l’honneur du patrimoine beyrouthin

Événement

Abritant depuis peu la Délégation de l'Union européenne, la demeure rénovée a accueilli le vernissage de l'exposition de l'artiste britannique sous le patronage de l'ambassadrice Christina Lassen.

08/11/2017

« Capturer l'âme des monuments avant qu'elle ne s'en aille. » Tel est le leitmotiv de l'artiste britannique Tom Young, établi à Beyrouth depuis 2006. La soirée de vernissage de sa nouvelle exposition « Revival » a été organisée la semaine dernière par Christina Lassen, la chef de la Délégation de l'Union européenne au Liban. Connu pour ses précédents travaux comme The Rose à Manara et al-Zaher à Zarif, l'artiste a cette fois décidé de ranimer l'âme de la demeure de Mardiros Baloumian, située à Gemmayzé. Acquise par ce Libanais d'origine arménienne, elle fut habitée jusqu'au début des années 1970. M. Baloumian, dont la famille avait dû fuir le génocide arménien, avait lui-même dû fuir le Liban, en guerre civile, pour s'établir aux États-Unis.
Rachetée il y a treize ans par la famille Féghali, la demeure commençait tout juste à être déblayée quand Tom Young l'a découverte en déambulant dans les rues de Gemmayzé. S'entichant de l'édifice, il avait alors agi comme un catalyseur de sa restauration en se liant d'amitié avec le nouveau propriétaire. Repérée en 2013 par la Délégation de l'Union européenne, alors que la demeure abritait une exposition, la bâtisse est devenue récemment la résidence officielle de l'ambassadrice Christina Lassen.
« Grâce aux objets trouvés dans la maison, j'ai pu retracer l'histoire des propriétaires en exil et les rencontrer à New York », explique l'artiste, qui a rappelé que son père était étudiant en langue arménienne.  « J'ai découvert quelques trésors laissés par la famille Baloumian. Par exemple, le magasin de Mardiros s'appelait "Carrousel", j'ai repris ce nom pour l'intitulé d'une de mes expositions. » Allant jusqu'au bout du processus, Tom Young a décidé de rencontrer la famille Baloumian à New York et d'en faire revenir des membres dans leur quartier d'origine.

Un message porté par l'UE
« Nous entrons maintenant dans un processus d'éveil qui permettra de préserver plus de demeures comme celle-ci », a déclaré l'ambassadrice Christina Lassen, lors du vernissage de l'exposition de Tom Young. « Avec ce qui s'est passé en Europe, nous percevons l'importance de conserver les traits culturels d'une ville. Nous pensons que l'âme unique de Beyrouth et ses trésors cachés se doivent d'être préservés », a-t-elle ajouté, notant au passage que l'explosion du montant des loyers, à Beyrouth, incite malheureusement les propriétaires d'anciennes maisons à les détruire pour construire, à la place, un immeuble de plusieurs étages.

La question du patrimoine abordée
Dans une démarche de préservation de l'âme de l'identité libanaise, le peintre a souhaité « mettre en lumière les dangers qui planent sur les bâtiments en péril » lors de la soirée qui s'est poursuivie par un débat autour de ce thème. L'architecte spécialiste du patrimoine Mazen Haïdar (ALBA) a souligné l'importance de « parler du patrimoine beyrouthin en péril dans les médias, en ne laissant aucun pan de l'architecture sur le carreau, à l'instar des bâtiments modernistes de l'avant-guerre ». Il a également plaidé pour une étude scrupuleuse de l'histoire des bâtiments avant toute restauration. « Dans l'optique d'une restauration, les édifices doivent avant tout être documentés scrupuleusement. Chacun a sa propre démarche artistique lors d'une restauration, mais le plus important est de comprendre la construction dans son ensemble, en prenant en compte son évolution historique, sans la dénaturer », a-t-il souligné.
Placée sous les meilleurs auspices, la restauration de la résidence désormais occupée par l'ambassadrice s'inscrit dans un contexte favorable aux édifices architecturaux libanais. Le projet de loi de sauvegarde du patrimoine a en effet été approuvé récemment par le Conseil des ministres, le texte devant encore être ratifié définitivement afin de concrétiser les attentes des défenseurs de l'architecture libanaise.
« Mon art fait partie d'un processus de cicatrisation de l'identité. En ce sens, j'espère pouvoir sauver d'autres endroits authentiques comme celui-ci », a déclaré le peintre au terme de la soirée.

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