Moyen Orient et Monde

L’EI retranché dans son dernier réduit à la frontière syro-irakienne

Éclairage

Damas a repris la totalité de Deir ez-Zor, tandis que Bagdad a chassé l'organisation de la localité d'al-Qaïm.

04/11/2017

C'était la dernière sur la liste. Le dernier bastion urbain du groupe État islamique en Syrie est tombé hier. Suivant les plans de sa course à la reconquête de l'Est syrien, Damas est parvenu à s'emparer de la totalité de Deir ez-Zor. Les forces de Bachar el-Assad et de leurs parrains russe et iranien ont réussi à déloger complètement les jihadistes de leur dernier grand fief. Située sur les bords de l'Euphrate, la cité « était le siège principal des dirigeants de l'organisation », a rappelé hier le haut commandement de l'armée syrienne. « En perdant son contrôle, ils perdent leur capacité à diriger des opérations terroristes menées par leurs hommes », s'est-il félicité dans un communiqué. C'est un succès de prestige pour les forces loyalistes, alors que la reprise de Raqqa, capitale autoproclamée de l'EI, avait été assurée par une coalition concurrente (les Forces démocratiques syriennes) soutenue par Washington.

Après s'être emparé de la quasi-totalité de Deir ez-Zor en 2014, le groupe jihadiste a assiégé, un an plus tard, les forces gouvernementales et les civils dans le centre de la ville, ainsi qu'un aéroport militaire stratégique à sa périphérie. Les estimations de la population, qui comptait 300 000 habitants avant la guerre, varient, mais les sources s'accordent pour dire qu'elle a sensiblement diminué. À la suite de multiples combats, les forces syriennes avaient réussi à conserver des quartiers dans deux enclaves de la cité, dans l'ouest et dans le sud. Selon l'ONU, plus de 90 000 personnes étaient assiégées par les jihadistes dans les zones contrôlées par Damas. Ce siège a provoqué d'importantes pénuries alimentaires, une flambée des prix et limité l'accès aux soins.

 

(Pour mémoire : Combats entre le régime et l'EI à Deir Ez-Zor, plus de 70 morts)

 

Course contre la montre
L'offensive d'envergure enclenchée par le régime en septembre dernier a permis de briser le siège imposé par les jihadistes. Pour ce faire, Damas a profité d'une brèche : la baisse relative des violences dans l'ouest du pays, obtenue après la signature d'un accord de « désescalade » signé début mai entre la Russie, l'Iran et la Turquie. C'est ainsi que le régime a pu réunir plus de forces pour la bataille finale de Deir ez-Zor. Une course contre la montre a ensuite eu lieu afin de reprendre la ville avant les FDS, engagées de leur côté dans une offensive sur la rive est de l'Euphrate. Une procédure de « déconfliction » avait d'ailleurs été mise en place par Washington et Moscou, afin d'éviter un incident entre eux. Le 15 octobre dernier, les forces loyalistes se sont emparées de Mayadine (au sud de Deir ez-Zor), importante base arrière de l'organisation jihadiste, notamment depuis qu'une grande partie de ses structures de commandement et de propagande, auparavant établies à Raqqa, y avaient été transférées.

Pour le camp loyaliste, le contrôle de la province est très important puisqu'elle est essentielle à la survie du régime d'un point de vue économique. Il s'agit en effet d'une région riche en ressources, notamment pétrolières, qui permettra a priori de renflouer les caisses de l'État asséchées depuis le début du conflit en 2011. Mais ce gain territorial espéré relève également d'une importance stratégique pour l'Iran, puisqu'il permettrait de sécuriser le fameux « corridor chiite » tant espéré par Téhéran, c'est-à-dire la présence de troupes pro-iraniennes de l'Iran jusqu'à la Méditerranée, en passant par l'Irak, la Syrie et le Liban. Un scénario cauchemar pour Washington qui a promis de contrer l'influence iranienne dans la région, mais qui ne semble néanmoins pas vouloir s'engager à long terme en Syrie.

 

Acculé en Irak
Ainsi encerclé de toutes parts, par le régime d'un côté, et par les FDS de l'autre, l'EI n'avait que peu de chances de pouvoir conserver son dernier bastion urbain. Face à ces offensives, l'organisation jihadiste ne tient plus aujourd'hui qu'un peu plus de 35 % de la province de Deir ez-Zor, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les jihadistes sont en effet retranchés dans une ville de moindre importance, Boukamal, à la frontière irakienne. Les forces du régime syrien, qui contrôlent 32 % de la province, sont désormais à 40 km de Boukamal. L'EI contrôle encore des villages et localités et au moins un champ pétrolier en Syrie, selon l'OSDH. L'étau est on ne peut plus serré autour de l'organisation jihadiste qui se retrouve ainsi acculée dans un réduit entre la Syrie et l'Irak.

D'autant plus que, dans le même temps, les forces irakiennes ont repris hier le contrôle d'al-Qaïm, gros bourg du désert occidental proche de la Syrie, progressant un peu plus dans le dernier bastion de l'EI en Irak, a annoncé le Premier ministre Haider al-Abadi. Dans un communiqué, M. Abadi a salué « la libération d'al-Qaïm en un temps record », alors que les troupes gouvernementales et paramilitaires irakiennes étaient entrées le matin même dans cette localité où vivaient avant les combats 50 000 personnes. Il ne reste plus désormais aux forces irakiennes qu'à s'emparer de la localité voisine de Rawa et des environs désertiques de ces deux bourgs de l'immense province d'al-Anbar pour reprendre à l'EI la totalité des territoires qu'il avait conquis en 2014 dans le pays. Si cette double perte est un nouveau coup de massue pour l'EI, elle ne signale en rien sa défaite totale selon de nombreux experts, puisque l'organisation va retourner dans la clandestinité.

 

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