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Culture

« Le théâtre est le dernier art pour dire et faire du bien aux autres »

Entretien

« On ne voyait que le bonheur », adapté, mis en scène et interprété par Grégori Baquet, se joue au théâtre al-Bustan les 3, 4 et 5 novembre. Une bouleversante plongée dans notre humanité.

01/11/2017

Pour la première fois, la fonction de Persona (Joëlle Zraick) ne se restreint pas à la simple distribution, mais à la coproduction et au financement d'une pièce de théâtre. Produite par ATA et la compagnie Vive, la pièce On ne voyait que le bonheur, adaptée par l'acteur Grégori Baquet du roman de Grégoire Delacourt, est mise en scène et interprétée par le comédien lui-même, ainsi que par Murielle Huet des Aunay. Pour L'Orient-Le Jour, l'homme-orchestre a bien voulu partager sa vision du travail... et de l'existence.

Vous êtes multicasquettes, comment arrivez-vous à cumuler tout ce travail ?
C'est un miracle. Je suis acteur, pianiste, auteur-compositeur, et je viens de créer ma propre compagnie de production, Vive, fondée avec une amie, une metteuse en scène, Victoire Berger-Perrin, qui a la même vision que moi. J'ai même fait un enfant qui aura bientôt 20 ans et qui est ma plus grande création. En plus, il est comédien. Alors, comment je fais cela ? Je fais simplement confiance...

Vous avez fait du théâtre par passion ou parce que vous avez grandi dans une famille d'artistes ?
Je n'aime pas beaucoup ce mot, car la passion est souvent destructrice. Je me dépassionne pour ne pas m'emballer. Par contre, j'aime ce que je fais. Je fais donc mon métier avec passion. J'aime me calmer. Étant donné que j'ai des origines russes, je crains d'avoir leurs hauts et leurs bas. En ce qui concerne la compagnie Vive, nous aspirons à défendre des auteurs vivants. Nous avons donc deux spectacles en cours. Celui-là et En attendant Bojangles, que mon amie a monté elle-même.

 

(Lire aussi : « Ilik ya Baalbak », ambassadeur de la diversité libanaise à Paris)

 

Comment s'est faite la rencontre avec le livre de Grégoire Delacourt ?
J'ai eu la chance d'enregistrer cet ouvrage pour les audio-livres, pour les aveugles, car je suis engagé dans ce mouvement. C'est exaltant de s'asseoir durant quatre jours pour lire un livre. En le lisant, les mots m'ont interpellé pour créer une pièce de théâtre. Mais c'est surtout la dernière partie qui est la plus incroyable. L'adaptation porte donc sur la troisième partie du livre qui parle de reconstruction. L'histoire d'Antoine (NDLR : le personnage principal du livre) peut nous arriver à nous tous. Nous sommes tous capables de déraper un jour.

Quand vous l'avez adaptée, avez-vous pris l'avis et le consentement du romancier ?
Nous nous sommes retrouvés à cinq ou six, notamment les producteurs et l'auteur. Murielle et moi avons alors lu le texte. Et à la fin de la lecture, nous nous sommes aperçus que Grégoire Delacourt était en larmes. Il m'a alors dit : « Je connais bien mon roman, mais tu as réussi à me faire pleurer. » J'étais donc parvenu à apporter quelque chose de nouveau à son texte.

Pourquoi avoir ajouté de la danse à la pièce de théâtre ? Et qu'avez-vous ajouté d'autre ?
Il est impossible de tout expliquer par les mots. J'ai eu la chance moi-même d'aller en thérapie et me suis ainsi aperçu que les mouvements physiques étaient parfois plus éloquents que les mots. Il existe donc une danse-thérapie que j'ai aimé faire partager au son de ma musique. À part cela, j'ai ajouté de la vidéo pour transposer l'action au Mexique, comme dans le livre. Sauf que le petit film est tourné en Nouvelle-Calédonie. Ce choix s'est fait à bon escient, puisqu'il y a eu dans cette région, dans les années 80, une histoire de pardon collectif au niveau des chefs de tribu (NDLR : contrairement au Liban).

Vous allez faire des représentations aux écoliers ? Le théâtre est-il pour vous en partie pédagogique ?
Je considère que le théâtre est, avant tout, un travail pédagogique. Tout comme la littérature, le théâtre est le dernier art pour dire et faire du bien aux autres. C'est une arme pour la paix.

Vous voulez dire une arme contre l'ignorance ?
Oui, car l'ignorance est mère de tous les fléaux, comme le racisme, l'intégrisme religieux ou encore la guerre. Pour manipuler les populations, les hommes politiques appauvrissent la pensée. Seul le théâtre, contrairement à la télé et au cinéma qui ont basculé dans une autre dimension, permet d'aller de ville en ville pour communiquer et parler aux gens.

 

(Lire aussi : Et si l'on avalait un antidote contre l'adultère...)

 

 

Le bonheur existe-t-il ?
Une anecdote peut résumer mon idée du bonheur. Mon père était un ami de Jacques Prévert. J'ai donc baigné dans cette ambiance de littérature toute ma vie. Il avait gardé un petit mot signé Prévert disant : « Maurice, si tu veux être heureux, sois-le. » Cela suffit donc de partager un bon moment avec l'autre, de le vivre pleinement pour être heureux. Dans tout ce que je défends, que ce soit au théâtre ou dans ma vie, je veux me recentrer sur les choses simples. Chacun devrait mettre sa petite part. Si, à la fin du spectacle, ne serait-ce qu'une seconde, le spectateur s'arrête et dit : « Peut-être que je pourrais moi aussi pardonner », alors j'aurai réussi.

Y a-t-il encore autre chose que vous aimeriez faire ?
J'aimerais écrire moi-même une pièce entière de théâtre. La prendre à bras-le-corps, du début jusqu'à la fin. Je joue maintenant trois autres spectacles et répète encore un quatrième, Hamlet, que je jouerai à Paris et en tournée. Avec Hamlet, le jeu me plaît en tant qu'amusement.

Le jeu signifie-t-il s'amuser à être plusieurs personnages ?
Un seul suffit. Tant qu'il n'est pas moi-même. Je l'explore, car je suis une personne très curieuse. J'aime accepter des projets qui m'ont été totalement étrangers jusqu'à présent.

Est-il important d'être curieux ?
J'aimerais garder ma curiosité d'enfant, vouloir encore découvrir des choses nouvelles et ressentir tous ces « ah » et ces « oh » que je faisais enfant, quand des personnes illustres comme Wolinski, Eugène Ionesco et Prévert rendaient visite à mes parents, artistes, et se penchaient pour nous demander ce que nous allions faire dans l'avenir. Notre problème, à nous les êtres humains, c'est qu'on nous force à devenir des adultes alors qu'on aimerait bien garder notre âme pure d'enfant.

 

 

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Marionet

Belle interview qui en dit long sur les qualités humaines de Grégori Baquet. Un grand acteur. Je l'ai vu sur scène dans son adaptation d'"un obus dans le cœur" de Wajdi Mouawad au théâtre des déchargeurs à Paris après que la pièce avait fait ses preuves en "off" à Avignon. Un acteur qui dégage charisme et émotion. Il joue avec son cœur !

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