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Culture - Événement

« Ilik ya Baalbak », ambassadeur de la diversité libanaise à Paris

« Liban, Libans », un week-end de festivités musicales organisé à l'IMA.

La fine fleur des artistes libanais à l'IMA pour Ilik ya Baalbeck. Photo Joumana Hobeika

Après avoir été accueilli par le festival d'Aix-en-Provence puis présenté sur les marches du temple de Bacchus en version orchestrale en 2015, le spectacle Ilik ya Baalbak (À toi Baalbeck) a été donné à l'Institut du monde arabe à Paris.

Cet événement, soutenu par la Fondation RAM, la société informatique Infocubed et la banque BEMO, ouvrait « Liban, Libans », un week-end de festivités musicales organisé à l'IMA en coproduction avec le Théâtre de la Ville, avec à l'affiche, Who Killed Bruce Lee ?, The Great Departed et Kinematic.

À Paris, la fine fleur de la musique savante libanaise et de la poésie dans les deux langues, arabe et français, a répondu à l'appel du Festival de Baalbeck. Le spectacle, conduit avec sobriété par le metteur en scène Nabil el-Azan, assisté de Marie-Noëlle Bordeaux, se présente comme un récital de musique et de poésie dans une alternance de textes dits ou chantés, de pièces interprétées au piano, au buzuqi ou aux percussions.

L'ouverture est constituée par un film émouvant, réalisé par Ali Cherri, qui revient sur les heures glorieuses du Festival de Baalbeck, pendant que retentit et carillonne un enregistrement de l'inimitable orgue de Naji Hakim dans une pièce intitulée Alaykissalam.

La dernière image de la projection montre les mythiques frères Rahbani dont les opérettes ont fait les beaux jours du festival, et la première pièce chantée en direct sur la scène du théâtre est justement de Ghadi Rahbani. Fadia Tomb el-Hage, telle une prêtresse habillée d'or et de pourpre, en est l'interprète avec le jeune pianiste franco-mexico-libanais Simon Ghraichy. Ce duo reviendra pour la pièce de Gabriel Yared sur un poème de Nadia Tuéni, lied impressionniste composé précisément pour la voix de la chanteuse et mettant en valeur ses graves si sonores. Cette voix profonde retentira encore, dans « Lé tézoulih », extrait de Zarani el-Mahboub de Zad Moultaka, accompagnée par une bande-son. Génial « déconstructeur » de la tradition, Moultaka, dès le début de sa carrière, avait compris que Fadia Tomb el- Hage était l'une des rares artistes en mesure de mélanger l'outil occidental de la technique vocale à la sensibilité de l'âme orientale
qui est son moi profond.

 

Joie et perplexité
Les pièces musicales, dans leur ensemble, créent la surprise, la joie, et parfois même la perplexité, tant les musiques libanaises sont variées, souvent inattendues, parfois déroutantes, mais toujours bouleversantes. La Sonate n° 2 de Bechara el-Khoury, tour à tour méditative puis démoniaque, le tango extrait du Prophète de Gabriel Yared, alors que les images du film défilent, les improvisations au buzuqi d'Élie Maalouf, musicien qui incarne parfaitement le dialogue musical Orient-Occident, et du percussionniste Youssef Zayed, tout cela constitue une trame musicale hors du temps et de l'espace, comme seule la diversité libanaise peut en offrir.

Les textes s'enchaînent, dits avec tendresse, humour, truculence ou émotion. Pour les poèmes en arabe, Nabil el-Azan a choisi Gabriel Yammine, dont la voix de basse noble, aux harmoniques graves et percutantes, porte les mots de Talal Haidar, Wajdi Mouawad, Issa Makhlouf et Adonis. Pour le français, Coraly Zahonero et Bruno Raffaelli, tous deux sociétaires de la Comédie-Française, se partagent et s'approprient des textes écrits dans leur langue mais venant d'ailleurs, ceux d'Etel Adnan, Salah Stétié et Nadia Tuéni. Coraly dans une retenue tout en sensibilité, Bruno, solaire et omniprésent. Toutes les œuvres magnifient Baalbeck, la ville, les dieux, le mythe, chaque poète, avec son style, sa vision, son vécu, son imagination, ses déchirures, ses souvenirs.

Pour clore le récital, Simon Ghraichy, convoquant ses racines sud-américaines, offre deux extraits de son dernier disque, Asturias d'Isaac Albeniz et Danzon n° 2 d'Arturo Marquez. Au moment des rappels, Fadia Tomb el-Hage revient avec Élie Maalouf au piano dans une interprétation de Baalbeck ana Zahra des frères Rahbani. La boucle est ainsi bouclée.
Par ce spectacle, le Festival de Baalbeck a repris avec panache son rôle de commanditaire de musique et de poésie, démontrant ainsi le foisonnement, la multiplicité et l'universalité de la création artistique libanaise.

 

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