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Michel Aoun dresse en direct le bilan de sa première année à la Magistrature suprême

Liban

"Une résolution des conflits au Proche-Orient mènera à une solution au problème des armes du Hezbollah", estime le chef de l'Etat.

Rita SASSINE | OLJ
30/10/2017

A l'occasion de la première année de son mandat, le président de la République libanaise, Michel Aoun, a accordé une interview diffusée en direct sur huit chaînes locales, au cours de laquelle il a voulu dresser un bilan de sa première année à la Magistrature suprême

Ouvrant le débat par une brève allocution, le chef de l'Etat s'est adressé aux Libanais, leur promettant de répondre aux questions "en toute honnêteté, loin des rumeurs et des surenchères".

"Il y a un an, je vous ai promis la stabilité politique, sécuritaire et sociale, a déclaré M. Aoun. Aujourd'hui, dix mois après la formation du gouvernement de rétablissement de la confiance, nous devons dresser un bilan afin que vous puissiez évaluer la situation".

"Le chantier de reconstruction n'est pas une chose facile après toutes les années de destruction. Ce chantier, pour qu'il aboutisse, requiert la participation de tous les Libanais, leur solidarité et leur confiance en eux-mêmes et en leurs concitoyens", a poursuivi M. Aoun.

Et d'ajouter : "Nous ne voulons pas un gouvernement sans opposition, ni des médias sans liberté. Mais l'opposition et la liberté doivent reposer sur des principes, dont notamment le respect de la vérité". 

"Bassil ne dirige pas le pays"
Michel Aoun a par la suite répondu aux questions des journalistes réunis autour d'une table ronde au palais de Baabda. A une journaliste qui lui a lancé une pique concernant son gendre et chef du Courant patriotique libre, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, M. Aoun a répondu : "J'ai assuré la relève avant que je ne sois élu président de la République. M. Bassil dirige le parti, qui est représenté au pouvoir par ses ministres, et ne dirige pas le pays".

A une question concernant la lutte contre la corruption, le président a affirmé que le ministre en charge de ce dossier a présenté son rapport et nous œuvrons à régler la situation. "Nous n'avons pas encore entre nos mains tous les moyens pour lutter contre la corruption, a-t-il reconnu. Mais nous allons remédier à cela".

Pour Michel Aoun, le dossier de la sécurité était prioritaire. "Et nous avons réussi à nommer les responsables sécuritaires et à rétablir la paix et la sécurité", s'est-il félicité. Et de poursuivre : "Les nominations judiciaires devaient suivre pour compléter le dossier sécuritaire".

Le chef de l'Etat a par la suite rapidement rappelé les réalisations de son mandat : l'adoption du budget ; l'adoption d'une loi électorale qui va nous permettre de tenir des élections capables de garantir l'équilibre entre toutes les composantes du pays ; les nominations diplomatiques ; la stabilité sécuritaire et le démantèlement des cellules terroristes, étant donné qu'aucun attentat n'a été perpétré depuis son élection à la tête de l'Etat.

"Certes, nous avons encore beaucoup de crises à gérer, dont notamment celle des déchets, a reconnu M. Aoun. Le problème c'est que tout Libanais veut jeter ses déchets chez les autres.  Et le gouvernement détient le droit de confisquer un terrain pour l'intérêt général et pour résoudre cette crise".  Le président fait référence à la décision prise la semaine dernière par le gouvernement de demander au Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) d'étudier, dans un délai de quinze jours, la perspective d'élargir les décharges côtières de Bourj Hammoud et de Costa Brava, qui devront servir jusqu'à la mise en place des incinérateurs.

 

Les armes du Hezbollah
En réponse à une question sur les armes du Hezbollah, Michel Aoun a indiqué qu'il y des raisons internes et externes qui empêchent l'armée libanaise de détenir seule le monopole des armes. "La raison interne est le problème d'armement. Certes, l'armée américaine a aidé notre troupe en lui livrant des armes de qualité qu'elle a utilisées dans sa guerre contre le terrorisme. Mais il existe un problème de déficit budgétaire qui nous rend incapables de renforcer l'armée", a expliqué M. Aoun.

Néanmoins, il existe trois documents qui garantissent la stabilité interne même en présence d'armes en dehors de l'Eat, selon M. Aoun : la résolution onusienne 1701 "à laquelle le Hezbollah et l'Etat libanais sont attachés", la déclaration ministérielle et le document d'entente signé en 2006 entre le CPL (alors présidé par Michel Aoun, ndlr) et le parti chiite.

"Les raisons externes sont les conflits du Proche-Orient qui ont des répercussions sur notre pays, a poursuivi M. Aoun. Le Liban a toujours été en position d'agressé par Israël et non d'agreseur. Le pays n'a toujours pas libéré toutes ses terres et n'a pas résolu le dossier des réfugiés palestiniens". Selon le président, "une résolution des conflits au Proche-Orient mènera à une solution au problème des armes du Hezbollah".

Evoquant dans ce contexte les nouvelles sanctions adoptées par l'administration américaine contre le parti chiite, Michel Aoun a estimé qu'elles "n'auront pas de répercussions et ne changeront rien par rapport aux  précédentes".

La Chambre des représentants US a adopté mercredi dernier trois amendements visant le Hezbollah, notamment la proposition de loi intitulée Hezbollah International Financing Prevention Amendments Act of 2017 (Hifpa 2017) qui a pour but de resserrer le nœud autour des sources de financement du parti chiite libanais. Ce dernier n'a pas tardé à réagir, dénonçant des "agressions continues contre le Liban".

Michel Aoun a par ailleurs affirmé que l'Etat libanais n'a pas coupé ses liens avec la Syrie et que la coopération entre les deux pays se poursuit par le biais des ambassadeurs des deux pays. "Nous travaillons à tous les niveaux pour résoudre la crise des réfugiés syriens, a-t-il ajouté. Certains dossiers doivent être gérés dans le secret pour qu'on aboutisse à une solution".

 

"L'Iran, une puissance régionale que nul ne peut négliger"
Sur les relations stratégiques du Liban avec les pays de la région, Michel Aoun a affirmé que le "Liban ne peut pas prendre partie dans le conflit entre les pays arabes". "Les Arabes sont des frères, et nous ne pouvons soutenir un frère contre un autre", a-t-il ajouté.

A une question concernant la crise entre l'Arabie saoudite et le Hezbollah et les menaces saoudiennes de suspendre les investissements dans le pays, M. Aoun a répondu : "L'important pour nous c'est notre union nationale. Comme nous les comprenons, ils doivent nous comprendre".

Appelé à commenter les récentes déclarations du président iranien Hassan Rohani, le chef de l'Etat a dit "ne pas sentir qu'une pression se dégageait de ces propos". Le président iranien avait déclaré lundi dans un discours à Téhéran que "l'importance de la nation iranienne dans la région est plus forte qu'à toute autre période". "En Irak, en Syrie, au Liban, en Afrique du Nord, dans la région du golfe Persique, où peut-on mener une action décisive sans tenir compte du point de vue iranien?", avait ajouté le président iranien. Ces propos avait suscité une vive indignation dans les milieux libanais hostiles à la politique du Hezbollah et de Téhéran.

Selon Michel Aoun, "l'Iran est une puissance régionale que nul ne peut négliger".  "L'Iran n'est-il pas présent dans toutes les solutions qu'on cherche à trouver aux conflits de la région? N'a-t-il pas une influence sur les discussions entre les protagonistes du conflit syrien à Astana et à Genève?", a-t-il demandé.

A la question de savoir s'il était prêt à se positionner contre les Arabes pour s'aligner avec l'Iran, Michel Aoun a répondu : "Tous les Arabes sont-ils contre l'Iran?"

 

 

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Saliba Nouhad

"L'opposition et la liberté des médias doivent reposer sur le respect de la vérité"...
Ne vous rappelle -t-il pas quelqu'un d'outre mer, populiste et arrogant, qui fait la guerre à la presse libre, en les accusant de "fake news", et qu'il possède la vérité absolue, en faisant des déclarations sur ses relations avec le Hezbollah des plus boiteuses, ainsi que de minimiser leur présence armée à l'ombre de l'armée Nationale, comme si c'était tout à fait normal...
"Une résolution des conflits du Moyen-Orient mènera à la solution du problème des armes du Hezbollah "...
Que de cynisme, lorsqu'il sait pertinemment bien que ces conflits entre influences chiite et sunnite peut durer encore des décennies, justifiant donc la présence indéfinie des armes du Hezbollah...
Non, Mr le Président, quand vous voyez une pomme rouge et que vous la décrivez, en modifiant certains détails , elle demeure une pomme rouge et ne devient pas une banane!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LE DISCOURS D,INVESTITURE... QU,EN AVEZ-VOUS FAIT POUR L,ETAT FORT ET L,ARMEE UNIQUE FORCE SUR LE SOL NATIONAL ?

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