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Moyen Orient et Monde

Bagdad lance son ultime bataille contre l’État islamique à al-Qaïm

Irak

« Les combattants de l'EI n'ont d'autre choix que de mourir ou de se rendre », a prévenu hier le Premier ministre irakien, Haider al-Abadi.

27/10/2017

La dernière grande offensive contre l'organisation État islamique en Irak a débuté hier. Les forces armées irakiennes ont repris des bases militaires et des villages alors sous le contrôle de l'État islamique (EI) dans son dernier bastion en Irak, près de la Syrie, lors d'une offensive visant à éradiquer l'organisation jihadiste de leur pays.

Cette attaque est menée alors que de l'autre côté de la frontière, les troupes du régime syrien et leurs supplétifs font mouvement pour prendre en étau les combattants du groupe ultraradical. La bataille vise à étrangler l'organisation jihadiste dans son dernier carré, dans la moyenne vallée de l'Euphrate qui court de la province de Deir ez-Zor dans l'est de la Syrie jusqu'à al-Qaïm dans l'ouest de l'Irak. C'est sur la localité d'al-Qaïm, dans l'immense province désertique d'al-Anbar, où la frontière est poreuse, que les forces irakiennes ont lancé l'assaut. Elle est « le dernier grand combat contre l'EI », disaient récemment des généraux américains de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les États-Unis.

Le Premier ministre Haider al-Abadi, commandant en chef des armées, a annoncé dans un communiqué « le lancement de la bataille pour libérer al-Qaïm, Rawa et les environs » où se trouvent environ 1 500 jihadistes, selon Bagdad et la coalition. « Les combattants de l'EI n'ont d'autre choix que de mourir ou de se rendre », a-t-il prévenu. M. Abadi était en visite en Iran hier, grand allié et poids lourd régional qui a réaffirmé son soutien à l'Irak, tant face à l'EI qu'aux Kurdes.

Le général irakien Qassem el-Mohammedi, qui dirige les opérations, a affirmé à l'AFP que les forces gouvernementales et paramilitaires du Hachd el-Chaabi, une coalition dominée par les milices chiites soutenues par l'Iran, avançaient « sur quatre fronts : à l'est, au sud et au sud-est d'al-Qaïm, et depuis la province de Ninive, plus au nord ». Dans l'après-midi, elles avaient repris plusieurs bases, dont la principale de l'armée dans la région et une autre de l'aviation, selon des sources militaires. Elles avaient été désertées par les jihadistes, a précisé à l'AFP un officier.

Pour cette bataille dans la province sunnite d'al-Anbar, plusieurs unités tribales sunnites du Hachd ont été mobilisées. La coalition, qui a salué le début de l'offensive, a indiqué avoir mené une quinzaine de raids contre des cibles jihadistes dans la région d'al-Qaïm et celle de Bou Kamal dans la province syrienne de Deir ez-Zor.

 

(Lire aussi : Leur califat est mort, pas encore enterré)

 

Fonte du « califat »
Cette ultime offensive marque en principe le point final d'une lutte acharnée contre l'EI par les forces irakiennes et la coalition internationale depuis deux ans. En 2014, les jihadistes s'emparaient de près d'un tiers de l'Irak lors d'une percée fulgurante dans la région. Mossoul, la deuxième ville du pays, et sa province au Nord, Ninive, tombent alors aux mains des jihadistes. S'ensuivent Kirkouk et Salaheddine peu de temps après, provinces au nord de Bagdad. Cette année-là est cependant surtout marquée par la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi depuis la célèbre mosquée al-Nouri à Mossoul, où le leader de l'organisation fait sa première apparition publique. À partir de 2015, le territoire de l'EI s'étend de la Syrie à l'Irak sur près de 90 800 kilomètres carrés, soit légèrement plus que la taille de la Jordanie.

Mais le « califat » fond désormais à vue d'œil. Les troupes irakiennes ont réussi ces deux dernières années à les chasser de 95 % des régions conquises. Le territoire de l'EI entre la Syrie et l'Irak ne s'étend plus que sur 20 000 kilomètres carrés aujourd'hui.

L'armée irakienne s'impose dans les bastions de l'EI dès 2015 avec la reprise de la ville de Tikrit, dans la province de Salaheddine. Les offensives victorieuses de Bagdad, appuyées par la coalition internationale, s'enchaînent. L'armée irakienne conquiert notamment Fallouja en 2016, première ville prise par l'EI en 2014 à 50 km de Bagdad. Les voies d'approvisionnement de l'EI entre l'Irak et la Syrie sont coupées et l'organisation peine à retrouver ses capacités de 2014.

 

(Lire aussi : Premier ministre d'Irak, de « plus dur métier du monde » à « héros » populaire)

 

L'année 2017 donne une impulsion sans précédent aux offensives des forces irakiennes. Après neuf mois de combats, Bagdad reprend enfin Mossoul avec la libération symbolique de la mosquée al-Nouri en juillet. Seules quelques poches de résistance subsistent. Daech perd Tal Afar le mois suivant, ville stratégique pour l'EI sur la route vers la Syrie, ainsi que la totalité de la province de Ninive.

Les jihadistes lancent tout de même une offensive éclair fin septembre dans des villages autour de la ville de Ramadi, reprise par l'armée irakienne en 2015. Mais la bataille est rapidement avortée par les forces de Bagdad. L'organisation est affaiblie tant sur le sol qu'au niveau de ses moyens. La ville de Hawija, l'avant-dernier fief de l'EI en Irak, est libérée au début du mois d'octobre.

La chute de la localité d'al-Qaïm marquerait ainsi la perte de la totalité des territoires des jihadistes en Irak, mettant fin à trois ans de combats acharnés face aux forces irakiennes et de la coalition. « Daech perd du terrain (...). Bientôt il n'aura plus de sanctuaire en Irak », prédisait le mois dernier le porte-parole de la coalition, le colonel Ryan Dillion, lors d'une conférence de presse à Bagdad.

 

 

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